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Les Russes misent sur Zeebruges pour écouler leur gaz liquéfié vers l’Asie

                  

 

C’est ce qu’on appelle un mauvais timing. Début 2020, le navire Yenisei River amarrait dans le port de Zeebruges, après un très long périple. Le méthanier russe arrivait depuis la péninsule de Yamal, en Sibérie arctique. Il était le premier d’une longue série et marquait le début du contrat à long terme conclu en 2015 entre Fluxys et le géant Yamal Trade pour des services de transbordement.

Selon l’accord signé pour 20 ans avec les Russes, jusqu’à 8 millions de tonnes de GNL (gaz naturel liquéfié) pouvaient ainsi être transbordées au Terminal de Zeebruges chaque année, ce qui pouvait générer un trafic supplémentaire de 214 méthaniers par an dans le port flamand. "Dans les faits, nous en sommes actuellement à 2 ou 3 millions de tonnes de GNL provenant de Russie cette année", explique Rik Goetinck, le directeur stratégique et vice-président du port de Zeebruges. Malgré les sanctions occidentales, les navires russes continuent d’arriver dans le port de la côte belge. "Nous suivons les termes du contrat. Mais si les autorités belge ou européenne nous disent d’arrêter, nous arrêterons immédiatement. Nous ne voulons pas faire de politique." Et M. Goetinck de rapidement préciser que très peu de GNL russe ne reste sur le territoire belge, ni même européen. Zeebruges a ainsi été choisie comme base de transbordement pour la livraison de gaz russe aux pays de la zone Asie-Pacifique pendant la période de gel du passage dit du Nord-Est qui empêche tout bateau d’emprunter cette voie maritime.


Une route fermée plusieurs mois par an

Découvert en 1974, l’immense champ gazier du projet "Yamal" se situe ainsi à 600 km au nord du cercle polaire, en Sibérie occidentale. Les conditions climatiques sont extrêmes dans cette région nommée South Tambey qui est prise dans les glaces 7 à 9 mois par an. Il y fait nuit deux mois par an et les températures peuvent chuter jusqu’à - 50°C. "En hiver, aucun bateau ne peut utiliser la voie Nord-Est, en raison des glaces, pour se rendre de la Sibérie vers la région Asie-Pacifique", poursuit le responsable du port belge. Les navires russes prennent donc la direction opposée, celle de l’Ouest, pour se rendre en Extrême-Orient (voir infographie). "Cette route du Nord-Ouest nécessite l’utilisation de brise-glace, qui sont très chers. Une fois à Zeebruges, on transborde ainsi le GNL vers des méthaniers plus classiques et surtout économiques." Qui repartent vers l’Est. Une bonne partie de ce GNL part vers l’Extrême-Orient, le Japon, mais cela dépend aussi de la situation et des fluctuations mondiales : les méthaniers essaient d’aller vendre leur gaz là où les prix sont les plus chers du moment." Le GNL consommé en Belgique provient actuellement essentiellement du Qatar d’où il arrive via d’énormes méthaniers avant d’être transformé et redistribué sur le réseau de notre pays. Notons que ces bateaux sont souvent moins polluants que les navires traditionnels car ils utilisent du GNL pour leur propulsion et non du fuel classique. Zeebruges est aussi relié à un important réseau gazoduc provenant de Norvège.


"Le GNL va lentement disparaître"

Côté brugeois, on se prépare à se passer du gaz russe. "Formellement, on continue d’honorer nos contrats avec la Russie, mais en coulisses cela discute avec d’autres pays, comme les États-Unis ou d’autres grands producteurs de GNL." Le port, qui a une capacité de stockage de 9 milliards de m³ de gaz naturel liquéfié, n’exclut pas d’agrandir ces infrastructures si la Belgique devait en avoir besoin." Mais on y met des conditions, annonce le directeur. Il faut que ces infrastructures soient compatibles avec le futur stockage d’hydrogène vert et de ses dérivés. On doit prévoir le futur car le GNL va lentement disparaître dans les 20 prochaines années".

Zeebruges veut ainsi se positionner comme un des principaux ports européens où transitera l’hydrogène vert. "La technologie n’est pas encore mûre. Mais il faudra sans doute amener d’énormes quantités de molécules vertes provenant d’endroits où il y a beaucoup de vent ou de soleil, comme l’Afrique du Nord, l’Australie ou la Chine." L’hydrogène, en elle-même, est très difficilement transportable sur des navires. "Elle devra sans doute être modifiée en méthanol ou en ammoniac vert avant d’être importée en Europe où elle sera "craquée" de nouveau pour obtenir de l’hydrogène pur." Ce positionnement de pôle énergétique du port brugeois était l’une des "grandes motivations" ayant conclu à la fusion, effective depuis ce jeudi, avec le port d’Anvers. "Le secteur pétrochimique anversois aura besoin de beaucoup d’hydrogène. Dans l’autre sens, Anvers a une grande quantité de CO2 qu’elle pourra transporter vers Zeebruges." Reste à construire un réseau souterrain pour effectuer ces échanges entre les deux ports belges séparés de 80 kilomètres. "Un projet de tracé est à l’étude. Mais ce sont des discussions difficiles car aucune commune ne veut d’un tel réseau de tuyaux sous son territoire", conclut Rik Goetinck.Raphaël Meulders

 

 

 

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