HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

 

La marine de guerre Belge (1830 - 1840) VII & VIII

 

De Louis Lecomte

 

Regrets et vaines tentatives de reconstitution.

 

La crise franco-allemande et la mobilisation de nos troupes démontrèrent à nouveau la nécessité d'une marine militaire et, notons-le déjà ici, il en fut encore ainsi en 1914, en 1917 et en 1940 ; la leçon servira-t-elle à l'avenir ?

Le 31 juillet 1870, douze jours après la déclaration des hostilités, le gouvernement se vit obligé de rappeler quelques officiers à l'activité : le capitaine de vaisseau Vanhaverbeke reçut la direction des services maritimes d'Anvers et de l'Escaut ; le capitaine Petit fut désigné pour commander Ostende et les côtes, et le capitaine-lieutenant Roose (nommé à ce grade le ler août) fut attaché à l'état-major du général Eenens, commandant la position d'Anvers. Ecrevisse fut le dernier lieutenant de vaisseau de 2e classe, promu le 1er septembre 1870. Malgré la remise de l'armée sur pied de paix, ce poste fut maintenu à la demande du ministre de la Guerre, jusqu'à la retraite de son titulaire nommé capitaine de vaisseau et pensionné le 17 novembre 1876. Cette mesure prouve qu'on estima indispensable d'adjoindre un marin à l'état-major de notre réduit national, au même titre qu'un officier du génie et de l'artillerie.

L'alerte de 1870-1871 eût-elle pour effet d'aveugler plus encore les désorganisateurs de notre flotte et l'expérience n'eut-elle d'autre résultat que de les irriter davantage ? Toujours est-il que l'arrêté organique de l'Administration de la Marine du 5 octobre 1876 stipula formellement « qu'il n'y avait pas lieu de conserver un caractère militaire à aucun des services de la marine » et le commandant maritime d'Anvers Vanhaverbeke fut nommé inspecteur général « pour les fonctions civiles seulement » ; ce capitaine de vaisseau et trois capitaines-lieutenants donnèrent leur démission. Néanmoins, Vanhaverbeke, continua à porter l'uniforme de « général-major de la marine ». Et ainsi, conclut l'avocat Jottrand, « la marine militaire belge disparut presque clandestinement ».

Cependant un arrêté du 5 octobre décréta que les officiers de l'ancienne marine de guerre qui avaient obtenu des emplois dans les services de la marine de l'État, resteraient soumis aux dispositions particulières qui avaient réglé leur' position, leur solde et leur avancement ; ce fut ainsi que le lieutenant de 2e classe Ecrevisse prit le commandement d'un paquebot de la ligne Ostende-Douvres tout en conservant son grade. Il importe de noter que, le 28 février 1890, le lieutenant Petit, successeur de Stessels au service hydrographique, fut promu, mais à titre honorifique seule­ment, capitaine-lieutenant de vaisseau.

Cependant, éclairé sur l'obligation de préserver l'Escaut d'une incursion étrangère, et ayant admis l'importance du rôle de la torpille dans les batailles navales et surtout dans la défense des côtes et des rivières, le gouvernement fit construire la batterie de Sainte-Marie, en projetant d'établir des barrages de torpilles fixes dans certaines passes. En conservant, comme nous l'avons vu ci-dessus, certains officiers de marine, il espérait très probablement, sans oser l'avouer, pouvoir parer un jour à une situation difficile.

Pour compléter la défense du fleuve, il fut procédé, le 30 décembre 1876, à Anvers, à l'adjudication d'un bateau à vapeur de 31 chevaux, avec coque en fer, pour le service des mines sous-marines. Le vapeur la Torpille des pontonniers fut ainsi construit pour la pose des torpilles fixes ; mais cette solution ne constituait qu'une demi-mesure et un autre bateau à vapeur à fond plat et à faible tirant d'eau fut commandé. Conçu dans le but de porter 50 torpilles, il mesurait 32 m. de long et était armé de deux mitrailleuses.


***


Depuis la disparition de la Marine royale, le service de garde-pêche fut assuré par le trois-mâts-barque Mathilde, de 248 tonneaux, appartenant à l'armateur E. Cuyl, d'Ostende, et loué par le gouvernement. Mais la Convention de La Haye du 6 mai 1882, autorisant la Belgique à participer à la surveillance internationale de la pêche, ayant été approuvée par une loi du 6 janvier 1884, on affecta à ce service le trois-mâts-barque Ville d'Ostende, de 385 tonneaux, lancé à Baasrode en 1881, et l'aviso mixte Ville d'Anvers de 1061 tonneaux et de 950 chevaux, lancé par le chantier Cockerill. Ces deux bâtiments possédaient à bord, vingt fusils Albini ; pas un canon pour répondre aux salves protocolaires, mais on leur faisait battre flamme de guerre, ce qui suscita parfois des incidents ridicules et blessants pour l'amour-propre national.

Le voilier servait en été, le vapeur en hiver ; les premières croisières furent commandées par Ecrevisse. L'équipage de la Ville d'Ostende comptait 74 hommes, celui de l'aviso, 85. Ces personnels étaient uniquement composés de fonctionnaires, d'agents et d'employés de l'État ; le médecin du bord était pris dans l'armée.

Sur les instances du baron Sadoine, ancien officier du génie maritime devenu directeur général de la Compagnie Cockerill, cette dernière offrit d'armer la Ville d'Anvers de canons, ce qui aurait permis de faire figure décente à l'étranger, mais l'État refusa sous la pression des timorés.

Et voilà que le représentant le Hardy de Beaulieu, à propos du budget 1884, jeta un cri d'alarme qui donna quelque espoir à ceux qui déploraient la disparition de notre flottille : il affirma, avec beaucoup de raison, que les marins incorporés dans l'armée de terre comme miliciens, « délaissent la navigation, l'abandonnent au retour dans leurs foyers » ; ainsi le nombre de matelots belges diminuait-il sensiblement, au grand dam, répétons-le, des armateurs. Ce député préconisa comme remède à cette triste situation, de placer les miliciens de cette catégorie à la compagnie des pontonniers de place comprenant une section de torpilleurs, unité dans laquelle ils pourraient rendre d'appréciables services.

Pendant la saison de pêche et de cabotage, ces hommes obtiendraient, des congés, à l'instar de ce qui se faisait alors pour les moissonneurs, afin de pouvoir, sous conditions à déterminer, s'engager à bord de bateaux de pêche et de navires marchands naviguant sous pavillon belge. Les paquebots de l'État ainsi que la Mathilde chargée de la surveillance dans la mer du Nord, recruteraient leur personnel parmi les miliciens -marins.

Les matelots momentanément sans engagement seraient embarqués soit sur le bateau-torpilleur du génie qui effectuerait de fréquents voyages, soit sur le bateau-école de l'État, placé sous le commandement d'officiers de la Marine ; les marins nouvellement incorporés s'instruiraient à Anvers pendant les mois d'hiver suivant leur entrée au service militaire, avant de pouvoir naviguer pour des particuliers.

En cas de mobilisation, tous les marins entreraient dans les rangs de la compagnie des pontonniers de place qu'ils renforceraient avantageusement, et si le nombre était insuffisant, on formerait une compagnie de mariniers dont le concours serait précieux pour la défense des passes de l'Escaut, des digues et des inondations, ainsi que pour le ravitaillement en vivres des postes établis en vue de cette défense.

Une note du directeur de la Marine, élaborée pour répondre à le Hardy, reconnut en effet, « qu'à Ostende les bras manquent, que les bateaux de pêche doivent rester au port faute d'équipages », et le directeur confirma que « le métier militaire n'enlève pas seulement les bras à la marine et à la pêche, en ce sens qu'il force les marins à quitter leur métier, mais qu'il les en détourne à jamais ».

En présence de la gravité des faits, le ministre de la Guerre Gratry sembla tout disposé à seconder son collègue chargé de la Marine. Le département de la Guerre résolut d'abord d'assigner Ostende comme garnison aux miliciens sollicitant la fréquentation de l'École des mousses ; ils pouvaient également s'embarquer, avec cette école, à bord du garde-pêche. Il fut bientôt démontré que ce procédé était peu pratique et finalement on proposa l'incorporation dans les régiments d'infanterie résidant à Anvers et à Ostende, des miliciens marins et pêcheurs ; ces hommes devaient être autorisés, après entente avec les commissaires maritimes, à s'enrôler pour un ou plusieurs voyages, ou pendant une certaine période, chaque année, à bord des bâtiments du commerce ou de pêche. Au retour, ils devaient rentrer à la caserne et y faire du service jusqu'à un embarquement ultérieur.

Dans le même ordre d'idées, le département de la Guerre autoriserait l'incorporation dans les régiments, des jeunes gens désireux, tout en remplissant leurs devoirs militaires, de suivre les cours des écoles de navigation pour la formation d'officiers au cabotage et au long cours.

C'est à ce moment qu'intervint encore Sadoine, directeur général de la Compagnie Cockerill, qui consacra toute son intelligente activité à tenter la restauration de notre marine militaire : le 10 janvier 1884, encouragé par le président de la Chambre, il écrivit au ministre de la Guerre pour proposer de former des régiments de marins composés des miliciens de la côte et des rives de nos fleuves ; il invoquait la conduite admirable des marins pendant le récent siège de Paris et dans toutes les guerres modernes.

Ces corps devaient être casernés à bord de vapeurs armés de quelques pièces afin d'exercer les soldats ; ces navires rempliraient des missions d'explorations scientifiques ou commerciales. Grâce au télégraphe, ces régiments seraient aisément rappelés en cas de besoin. Sadoine estimait insuffisante la création des compagnies d'étudiants marins pour aider à procurer des équipages au commerce. Gratry convint du bien-fondé de ces arguments mais il croyait le projet irréalisable, étant donné qu'on trouvait à peine, dans le contingent des militaires côtiers, de quoi alimenter la compagnie des pontonniers, indice certain de la dégénérescence des professions de marin et de pêcheur due à la suppression de la Marine royale.

Mais le baron Sadoine fit observer, preuves à l'appui, en ce qui concerne notamment les officiers, que le personnel de notre ancienne flottille ne comprenait que peu de riverains et de côtiers, que, composée en grande partie de Wallons, de terriens, elle fournit à l'Allemagne des éléments d'élite qui y furent appréciés.

Après bien des pourparlers, au début de mai 1884, le général Gratry se déclara partisan de la création d'une compagnie de mariniers, tout en faisant incorporer dans les pontonniers les miliciens marins et pêcheurs ainsi que ceux admis à suivre les cours de navigation ; des congés leur seraient accordés pour naviguer sous pavillon belge.
Après étude de l'organisation à donner aux futurs mariniers, il fut préconisé de réunir en un seul corps les pontonniers de campagne, ceux de place et les 31e et 32e batteries de côte, ou de former : 1° un bataillon dit de mariniers d'environ 1200 hommes, comprenant deux compagnies de pontonniers de campagne, une de place, une compagnie de marins-torpilleurs et deux unités d'artillerie de côte ; 2° un bataillon d'infanterie de marine recevant l'instruction des troupes du génie. Tous les incorporés pourraient jouir des dispositions accordées aux miliciens marins ou pêcheurs.

Ces effectifs devraient être exercés aux manœuvres de mer sur l'aviso Ville d'Anvers. Le nouveau corps aurait renvoyé annuellement dans leurs foyers 250 hommes aptes à faire de bons matelots, appoint important pour l'armement de nos navires de commerce.

Comme mesure transitoire, 47 pêcheurs pris dans les différents corps de l'armée, furent passés le 14 juin 1884, à l'effectif des pontonniers de place. Mais le ministre de la Guerre Gratry fut remplacé par le général Pontus le 16 de ce mois. Ce dernier dut renoncer à réaliser les projets de son prédécesseur.

Lorsque le baron Sadoine vit échouer le plan qu'il avait soumis « non seulement par patriotisme, mais aussi par intérêt pour nos propres steamers », il s'orienta vers un autre objectif : il obtint l'embarque­ment de douze aspirants sur l'aviso garde-pêche Ville d'Anvers, certains furent recrutés parmi les élèves de l'École militaire et de l'École d'application, les autres dans l'élément civil. Ils n'effectuèrent qu'un voyage et furent remplacés, notamment par le sous-lieutenant d'artillerie comte F. de Borchgrave d'Altena qui dès lors fut mêlé à l'histoire de notre infortunée Marine et finit par en être la victime.

En ces circonstances, l'aviso fut commandé par le lieutenant de vaisseau Ecrevisse qui continua à porter la tenue militaire pour faire des visites dans les ports anglais. Les Hollandais, soucieux de ridiculiser nos tentatives de restauration d'une force maritime qui les ont toujours contrariés, profitèrent de la présence à bord d'un officier d'artillerie pour dire que « les Belges avaient constitué une cavalerie navale portant des éperons, destinée à monter des chevaux-vapeur ! »

Malheureusement ces expériences ne donnèrent que de médiocres résultats. En 1887-1888, il ne restait plus que deux ou trois aspirants et les embarquements ne continuèrent pas.

Un courant d'opinion se déchaîna cependant à nouveau en faveur de la Marine. Le National du début du siècle le rappela pour critiquer amèrement, acrimonieusement et verbeusement, l'influence d'une haute personnalité (Léopold II) sous l'inspiration de laquelle avait, entre autres, été écrite une brochure anonyme réclamant la construction de dix torpilleurs de 36 mètres de long pour la défense de l'Escaut, et de dix chaloupes-canonnières de 18m,16, armées chacune d'un canon de 5,7, pour servir d'éclaireurs et d'agents de liaison entre les postes des digues et les ouvrages de la place d'Anvers, et l'achat de six avisos et de deux croiseurs pour le service des relations extérieures, des stations navales, croisières, voyages d'instruction, la surveillance de la pêche, etc., etc. La presse antimilitariste fut déchaînée pour faire pièce aux partisans de la Marine recrutés au sein des sociétés savantes, parmi les hommes d'action, qui voulaient développer la prospérité nationale.

Quoi qu'il en fût, l'inspecteur général de l'artillerie, le baron Nicaise, estima qu'il importait de donner une instruction maritime technique solide à quelques officiers et on décida d'envoyer en France, de Borchgrave d'Altena, pour y faire un stage dans la marine.

Les négociations entamées à ce propos furent laborieuses, l'administration (civile) de la Marine mit « tant de bâtons dans les roues » que l'on faillit renoncer à ce projet. Mais au grand dam de M. van den Peereboom, le comte de Buisseret, son coreligionnaire, rompit au Sénat des lances en faveur de la Marine militaire, pépinière de matelots pour la ma­rine marchande. Les comtes de Merode Westerloo et d'Oultremont emboîtèrent le pas et réclamèrent l'abrogation d'un arrêté pris en 1864, sous la pression étrangère, autorisant des capitaines non regnicoles à commander sous pavillon belge. Emile Banning, en 1887, avait lui aussi déclaré que le rétablissement d'une marine militaire était une mesure dont la nécessité devenait de plus en plus évidente.

Enfin, en juillet 1889, le lieutenant de Borchgrave partit pour effectuer son stage. En 1894, un second officier d'artillerie, G. Lecointe (qui devint l'un des directeurs de notre Observatoire royal), fut également envoyé dans la marine française. Deux autres Belges, de Meester et Weverberg (qui finit par se faire naturaliser français et fit une belle carrière dans la flotte), reçurent la même licence. Les Pays-Bas furent très mécontents : ils craignaient de voir des vaisseaux de guerre belges dans l'Escaut.

Un peu plus tard, sous l'obsession de l'irritant problème de la défense de notre principal fleuve et de notre réduit national que les antimilitaristes empêchaient de résoudre, on rechercha, faute de mieux, une solution « à bon marché ». Ce fut alors que le capitaine du génie Louis songea à la constitution éventuelle, pour compléter la défense du Bas-Escaut, d'une flottille composée de chaloupes à vapeur réquisitionnées dans différents services, et une commission d'études fut créée le 30 janvier 1901. Le 9 décembre suivant, un autre comité fut chargé de l'armement en canonnières de réserve des chaloupes à vapeur Minerva des Ponts et Chaussées, l'Argus de la Douane, la Police de la rade n° II du Pilotage. Le comte de Borchgrave, rentré de France et membre de ces cénacles, avait proposé également, mais en vain, de militariser le bateau hydrographe et de le pourvoir de canons de 8,7 et de 5,7.

L'armement des chaloupes fut commencé en 1902: elles jaugeaient 220 tonneaux, étaient de la force de 300 chevaux, on les dota de deux canons de 5,7 à tir rapide sur affût à chandelier, sauf l'Argus qui n'avait qu'une pièce. En cas de mobilisation, les équipages en étaient ainsi composés : un officier de la Marine de l'Etat, commandant l'embarcation, des marins de l'État ayant fait leur service militaire, soit un maître d'équipage, un chef de timonerie, quatre matelots, un maître mécanicien, deux chauffeurs ; enfin, des canonniers de l'artillerie de forteresse : deux chefs de pièce, quatre canonniers ; des soldats de la compagnie des torpilleurs : un caporal torpilleur, deux hommes, un clairon ; un cuisinier. Vu l'exiguïté des logements à bord, ces équipages étaient réduits au strict minimum ; on comptait, par chaloupe, sur un demi-équipage supplémentaire pour relever les matelots fatigués.

Dans la suite, une quatrième chaloupe : la Police de la rade n° III du Pilotage, fut construite, armée et mobilisée dans les mêmes conditions.

A partir de 1909, ces frêles esquifs, placés sous le commandement du commandant d'artillerie comte de Borchgrave d'Altena, qui avait quitté la flotte française au moment où il allait y être promu capitaine de frégate, et qui était depuis détaché à notre administration de la Marine, furent quelquefois mobilisés pour des manœuvres et des tirs en mer. La Belgique maritime et d'autres journaux firent l'éloge du personnel mais critiquèrent avec raison le matériel « d'une infériorité scandaleuse », ils exigèrent que l'on fît les sacrifices nécessaires pour la défense du pays. Nous étions alors en 1912, nous venions à peine de sortir de l'angoissé causée par l'affaire d'Agadir ; la question des fortifications de Flessingue avait ouvert les yeux et personne ne doutait plus de l'imminence d'une conflagration européenne...

Les milieux éclairés s'émurent, les écrits ne manquèrent pas, mais la masse resta indifférente par ignorance, elle était trop préoccupée de jouir des bienfaits d'une paix prolongée au-delà de tout exemple enregistré par l'Histoire : on ne croyait plus à la guerre.

La Ligue de la Défense nationale mise en garde par certaines sections de la Ligue maritime, prêta toute son attention à la reconstitution d'une flottille ; un comité spécial composé d'officiers, de marins, de juristes, d'ingénieurs, d'historiens, tenta d'élaborer un plan modeste peut-être, mais acceptable. La presse fit en général bon accueil aux tracts qui furent lancés, seuls trois journaux estimèrent qu'il ne s'agissait en l'occurrence que d'un « accès de mégalomanie ».

 

VIII


L'expérience de 19144918. La Marine militaire renaît et meurt.


Puis, brusquement nos frontières furent violées. Cette fois, la situation était plus grave qu'en 1870. Que faire ? On mobilisa bien nos quatre « coquilles de noix » et on adressa un long rapport au Roi pour démontrer, ce dont Ii était parfaitement convaincu, qu'il fallait une défense maritime. Ce rapport mérite une lecture attentive, nous ne pouvons malheureusement le reproduire ici ; le document est un vrai mea-culpa. On le prit en considération et il fut établi un « Service de défense côtière et fluviale » ayant comme chef un capitaine de vaisseau : on nomma à ce poste le major d'artillerie de Borchgrave qui n'avait cessé de remuer ciel et terre pour éclairer la nation.

Le titre était prometteur, mais les attributions furent limitées à la défense de la côte... pour laquelle rien n'avait été déterminé. Le capitaine de vaisseau ne reçut ni instructions, ni personnel, si ce n'est un capitaine comptable du matériel ; on y adjoignit, comme commissaire de marine, l'avocat Hennebicq, président de la Ligue de la Défense nationale et volontaire de guerre. On avait bien prévu la formation de deux compagnies de marins (pour 64 kilomètres de côte !) et 200 marins s'étaient offerts spontanément pour les constituer, mais on ne fit rien malgré les demandes du comte de Borchgrave qui, en désespoir de cause, se mit en rapport avec les autorités navales françaises et anglaises ; mais son initiative fut enrayée, la Marine civile se montra tracassière comme de coutume en ces temps-là.

Le 22 août 1914, en vertu d'ordres supérieurs, la « défense côtière » se retira sur Dunkerque avec les blessés, à bord de la malle Stad Antwerpen. Le lendemain, ce steamer continua sa route vers Caen avec ses passagers et atteignit finalement le Havre.

Là, après déchargement, le navire prit à bord des munitions pour notre artillerie de campagne et une partie de la 4e division d'armée échappée de la position de Namur ; il gagna Ostende.

Le capitaine de vaisseau « commandant de la défense côtière » proposa alors d'établir, avec la marine anglaise et la 4e D. A., une tête de pont de Zeebrugge à Ostende pour assurer la ligne de repli de l'armée. Mais on mit fin à ce nouvel essai de reconstitution de notre marine militaire en pensionnant le capitaine de vaisseau ; la défense côtière avait vécu.

Quant à nos quatre canonnières de réserve restées à Anvers, on ne put les employer à cause de leur extrême faiblesse. A la reddition de la place, elles descendirent vers la mer ; capturées par les Hollandais, elles restèrent à la chaîne jusqu'à l'armistice de 1918 et leurs équipages furent internés.

L'expérience de la guerre imposa la reconstitution d'une sorte de force navale : le 23 janvier 1917, une dépêche ministérielle ordonna de diriger sur le dépôt de la 4e D. A., à Grand Fort Philippe (Gravelines), tous les militaires ayant appartenu, comme cadets, au personnel du Navire école, pour les faire entrer ultérieurement dans la composition du Dépôt des équipages : on entra dans la voie des réalisations.

Le 5 mai, Le XX' Siècle applaudit à cette « excellente mesure ». Ce dépôt était érigé en centre administratif et d'instruction et de formation du personnel marin. Il devait comprendre deux compagnies de marins, un peloton d'artillerie de marine pour assurer le service des canons de côte et de bord, enfin une école pour la préparation scientifique et la formation aux diverses spécialités, le tout, administré comme un bataillon. Des militaires de l'armée de campagne y furent admis, tout simple soldat pourvu d'un diplôme de second lieutenant au long cours y obtenait le grade de quartier-maître ; celui qui possédait le brevet de premier lieutenant au long cours, le grade de second quartier-maître et le capitaine au long cours devait être proposé pour le grade de sortie des centres d'instruction des sous-lieutenants auxiliaires.

Les uniformes, copiés sur ceux de la marine française (pompon bleu au lieu de pompon rouge excepté) furent déterminés, l'effectif du dépôt fixé à 400 hommes et une hiérarchie déterminée.

L'organisation fut assez pénible, il y eut des hésitations, l'enthousiasme de cette nouvelle troupe était cependant fort grand. En 1917, le service des transports par eaux intérieures mit à la disposition de la formation un petit remorqueur, le Blankenberge, affecté jadis à la station balnéaire de ce nom ; on l'arma d'un canon de 3,7 et d'une mitrailleuse Hottchkiss, il reçut un équipage composé d'un second maître et de quatre matelots. Ainsi équipée, la construction servit de vedette à la 6e escadrille française pour la reconnaissance des mines.

Puis notre gouvernement réquisitionna le petit yacht de plaisance Henriette, appartenant à un Belge et stationné au Havre. Cet esquif vraiment trop modeste pour servir à la guerre, arriva à Calais portant deux canons de 3,7 ; une mitrailleuse du Dépôt des équipages y fut placée dans la suite, mais on tergiversa au sujet des moteurs nécessaires ; finalement le yacht fut désarmé et amarré au bassin ouest. Le pétrolier British-Sovereign vint se placer à proximité, l'huile qu'il portait fuyait, la surface du bassin en fut bientôt recouverte et, le 7 septembre 1918, cette nappe prit feu ; il ne resta du yacht que la carcasse en fer.

On mit également à la disposition de notre embryon de marine militaire l'aviso-mixte Ville d'Anvers, l'ancien garde-pêche, qui resta cependant sous le commandement du capitaine Depierre, de la Marine de l'État. Le bateau reçut à son bord un canon de 9 c., une pièce portugaise de 7,5, une anglaise de 6 livres, une de 3,7, des mitrailleuses et un mortier Van Deuren : un vrai musée d'artillerie. L'équipage se composa d'un aspirant de 2e classe et de 50 à 60 marins. L'aviso fut employé au dragage des mines.

On décida, mesure excellente, de mettre une équipe de dix hommes, tirée du Dépôt, sur les dragueurs français du Pas de Calais, une autre de six matelots à bord du Nord, plus, en moyenne, trois marins belges sur chacun des huit torpilleurs de Calais. Certains de nos officiers servirent sur le torpilleur d'escadre l'Oriflamme. Les croix de guerre françaises rapportées par nos officiers et matelots attestèrent leur courage. L'amiral Ronarch fit citer nos marins à l'ordre du jour des armées françaises.

Lors de la réoccupation d'Anvers, trois torpilleurs allemands furent récupérés, réparés et munis d'équipages belges. Le grand quartier général constitua en son sein une commission d'études car il se montra, alors, favorable à la reconstitution d'une marine de guerre nationale.

Au début de l'année 1919, les torpilleurs A. 1 et A. 2 (anciens A. 14 et A. 12 qui avaient été sabordés par les marins allemands mutinés), complètement remis en état, patrouillèrent dans l'Escaut sous les ordres d'enseignes ; l'A. 3 fut envoyé en réparation chez Cockerill, à Hoboken. En outre notre flotte comptait à cette époque, un joli yacht de mer, une vedette de guerre et deux remorqueurs.

Un enseigne de vaisseau fut investi du commande-, ment du sémaphore d'Ostende.

La presse était très enthousiaste : « L'escadrille complète comptera douze unités, constata avec satisfaction La Gazette ; elle sera partagée en trois groupes de quatre torpilleurs établis, l'un à Anvers, le deuxième à Ostende et le troisième à' Zeebrugge. Des garde-côtes et des dragueurs de mines compléteront cette minuscule escadre... A Anvers, un établissement va s'ouvrir où, dès à présent, peuvent s'inscrire les jeunes gens désirant prendre du service dans la marine militaire. »

Dans l'entretemps, nos « coquilles de noix » saisies en 1914, furent rendues par les Hollandais ; la Police de la Rade III et l'Argus allèrent sur le Rhin pour y coopérer à la surveillance de la navigation sur la section du fleuve occupée par nos troupes.

Tout semblait donc pour le mieux, mais Le Soir du 21 février 1919 dénonça que « la situation du Dépôt des équipages était lamentable ». Il ne constituait qu'un noyau militaire entraîné sur des bateaux de guerre français et une école pour les recrues maritimes. « A l'heure où notre droit à la défense de la côte et de l'Escaut s'impose, disait ce journal, et où nous avons un urgent besoin d'équipages de commerce pour notre ravitaillement par mer, que fait-on ? On laisse se dissocier, d'une part, les éléments formés pendant la guerre en ne veillant pas à leur rengagement et en ne faisant parmi eux aucun avancement, si modeste soit-il, fût-ce d'un galon de sergent. D'autre part, on ne tolère aucun engagement des volontaires qui affluent pour servir à la mer depuis qu'ils ont vu des uniformes de marins. Des centaines auraient été éconduits. En outre, on ne dirige pas les recrues aptes à la mer vers le Dépôt des équipages, bien que ce soit leur destination. Bref, on dirait que les efforts sont tendus pour nous empêcher d'avoir des équipages à l'heure où la reconstitution économique du pays en dépend. »

Le 27 juin suivant, ce grand quotidien dénonça encore « une incroyable incurie » : « Il y avait à Anvers, au moment de l'armistice, une cinquantaine de bateaux allemands, torpilleurs, dragueurs, etc., qui, en raison du règlement en matière de prise, nous appartenaient. Les Allemands les conduisirent dans les eaux hollandaises. Ils se trouvent encore aujourd'hui dans le canal d'Hellevoet-Sluis. Pourquoi les y laisse-t-on ? Personne ne le sait. » L'Action Nationale et d'autres journaux firent chorus, l'opinion s'émut, cette flottille rentra chez nous et, peu après, nous disposâmes de 11 torpilleurs, 26 dragueurs de mines, 20 chalands et allèges, 4 remorqueurs, un yacht à vapeur et 1 « pont ».

Mais on se scandalisa aussi parce que deux sous-marins et des poseurs de mines qui nous étaient destinés, restaient en Angleterre. Lorsqu'on s'avisa de les inspecter, il fut constaté qu'on les avait laissés trop longtemps sans soins et on recula devant les dépenses énormes qu'aurait entraînées leur remise en service. Un de nos officiers, l'enseigne de vaisseau Pirnay avait cependant été envoyé en stage en France avec huit marins spécialisés, il y conquit brillamment ses brevets, commanda en second le sous-marin Néréide et gagna la Légion d'honneur en sauvant ce bâtiment en perdition dans le golfe de Gascogne.

Les Chambres commencèrent finalement à s'occuper de notre marine militaire, les adversaires y levèrent aussitôt la tête, on accusa le corps naissant de ne servir qu'aux parades et nos officiers, de « ne rien faire ».

Le Roi, par contre, lui témoigna son intérêt en autorisant les A. 1, A. 2 et A. 3 à prendre respectivement les noms de Prince Léopold, Prince Charles et Princesse Marie José. N'oublions pas non plus que le prince Charles avait conquis ses galons d'officier de la marine de guerre ; ne voyait-on pas en lui le futur commandant de .notre flottille enfin convenablement mise sur pied ?

Une commission interministérielle fut chargée d'étu­dier la défense de la côte et l'utilité d'éléments flot­tants, ses rapports sont restés secrets mais, le 19 novembre 1919, le Dépôt des équipages disparut pour faire place au Détachement des torpilleurs et marins qui absorba non seulement le personnel du corps défunt, mais encore le matériel et certains spécialistes de la Compagnie des torpilleurs du génie.

La nouvelle formation comprit deux compagnies d'instruction plus une école navale dirigée par le capitaine au long cours et hydrographe réputé Nisot, en sus des bâtiments militaires avec leurs équipages. La presse se montra fort intéressée et encourageante car elle voyait là une excellente pépinière de marins notre flottille de commerce souffrait de pénurie de personnel et, de plus, notre frontière maritime qui avait été trop négligée du temps de la neutralité, allait enfin être défendue. Des officiers des armes spéciales entrèrent comme professeurs dans le Détachement qui reçut comme chef le lieutenant-colonel Vandeputte de l'artillerie. Enfin, l'on était allé prendre dans les canaux hollandais une importante série de bâtiments qui nous avaient été attribués et La Revue de la Ligue Maritime du 20 août 1920, annonça que notre flottille se composait de 9 petits torpilleurs armés de 2 canons, 3 mitrailleuses, un tube lance-torpille, munis de l'installation de T. S. F. et de machines au mazout ; 5 grands torpilleurs armés pareillement mais avec machines à pilon ; 3 remorqueurs, 2 vedettes de rivière, un poseur de mines et en sus un bateau de service, la Torpille, provenant des torpilleurs du génie ; 40 vedettes récupérées dont une dizaine appelées vedettes de mer à essence, poseurs et chasseurs de mines étaient déjà officiellement cataloguées, elles avaient à bord un canon revolver et 2 mitrailleuses. A remarquer que les torpilleurs avaient été spécialement construits en 1915 et 1916 pour la défense de notre côte si spéciale à cause de la multiplicité des bancs de sable.

On envoya trois officiers d'artillerie en stage dans la marine de guerre française, à bord du croiseur Jeanne d'Arc et quatre « jeunes torpilleurs » reçurent une instruction spéciale dans notre Ecole militaire en vue de leur envoi en France, de façon à obtenir bien­tôt des instructeurs aptes à remplacer ceux que ce pays avait mis à notre disposition. Il fut également fait appel à des officiers de la Marine de l'Etat parce que cinq officiers du Détachement, brevetés au long cours ou issus du Navire-école, venaient de deman­der leur mise en congé sans solde en raison du manque de statut, partant du manque de sécurité que présentait leur avenir dans notre flottille.

C'est que, malheureusement, nonobstant l'enthousiasme qui régnait dans le pays, des influences malignes se révélaient déjà et, comme l'avocat général de Ryckere l'écrivit plus tard, le Détachement des torpilleurs et marins était manifestement déjà traité « en parent pauvre ou plutôt en véritable Cendrillon » alors que cependant, ainsi que fit remarquer le Journal des Débats, notre admission dans la Ligue des Nations nous obligeait à fournir un contingent national à la flotte internationale, contingent qui ne devait pas être important mais de tout premier ordre.

Bientôt des plaintes amères furent formulées, le colonel Vandeputte passa à l'Etat-major général après un magnifique effort accompli pour organiser ce corps de 900 hommes, et il céda la place au lieutenant-colonel d'artillerie Renaux, l'héroïque défenseur du fort de Wavre-Sainte-Catherine. En fait, les crédits alloués étaient insuffisants, on ne se décidait pas à transférer nos marins à la côte, ils devenaient des marins d'eau douce, n'ayant qu'un court tronçon de l'Escaut et un matériel insuffisant pour s'initier au métier ; aux Chambres certains députés s'agitèrent demandant purement et simplement la suppression d'un organisme certes essentiel mais qui avait le tort, à leurs yeux, d'avoir des instructeurs français et de coûter cher malgré tout.
On crut bien faire en envoyant les recrues accomplir leur instruction sur le Rhin, ce qui était insuffisant, la presse et des voix autorisées réclamèrent le déplacement de la base d'Anvers à la côte : Bruges-Zeebrugge fut proposé.
La France consentit à nous prêter le vieux croiseur d'Entrecasteaux pour servir de Borda (navire-caserne-école) qui fut — conformément au traité naval de Washington, privé de ses hélices et de ses canons, puis remorqué jusqu'au bassin de Bruges ; l'événement fit sensation. On allait pouvoir transférer bientôt à cette base les éléments trop dispersés, introduire une solide discipline au corps, faire de vrais marins ; le gouvernement semblait prévoir même la construction de nouveaux torpilleurs et une fortification effective de la côte.

Restait maintenant à opérer le transfert des unités mouillant dans l'Escaut. Ce fut une grave et délicate affaire : les Hollandais, jaloux de leur souveraineté sur le fleuve, en refusèrent obstinément la descente à nos bâtiments de guerre ; or ceux-ci ne pouvaient passer, dans nos eaux intérieures, sous les ponts de fortune établis, à côté des ouvrages d'art détruits pendant la guerre ; la perplexité était grande. Finalement, on démonta les superstructures des torpilleurs et on finit — mais à quelles peines — par les ancrer à côté du d'Entrecasteaux, puis l'on se mit à l'œuvre avec entrain.

On ne dira jamais assez l'œuvre vraiment grande et belle qu'accomplirent les commandants et officiers du Détachement des torpilleurs et marins, avec des ressources infimes ; l'esprit de devoir et l'entrain suppléèrent à toutes les carences.

Fin janvier 1924, les deux derniers torpilleurs rejoignirent Bruges et le 12 mars, un de nos bâtiments, le A 42, prit la mer. Le corps avait alors, à l'effectif, 26 officiers en activité, 70 sous-officiers dont 58 à la base de Bruges et 12 à la flottille du Rhin, 585 quartiers-maîtres et matelots, dont 461 à Bruges et 124 en Allemagne ; 3 officiers et 22 maîtres et quartiers-maîtres français y étaient instructeurs. Sur les contrôles étaient inscrits 8 officiers de réserve et 2243 hommes. Mais, à cause du départ des officiers-marins signalé plus haut, sur les 26 officiers et 70 sous-officiers présents, deux seulement possédaient leur diplôme au long cours, trois autres officiers avaient suivi les cours de l'École navale française et un quartier-maître y avait été envoyé. Le mal résultait, répétons-le, de l'insuffisance des crédits affectés à la Marine militaire qui ne put plus envoyer des gradés en stage, et aussi du manque de statut, ce qui décourageait les candidats. Il avait fallu prendre les officiers où l'on pouvait et c'était principalement dans l'artillerie qu'on avait choisi les éléments les plus capables d'être mis à la tête des services spéciaux, puisque le navire de guerre est surtout une batterie flottante.

L'avenir de la Marine et de nos marins était fort incertain, on en était aux économies à outrance et les Annales parlementaires prouvent que notre flottille fut l'objet d'attaques passionnées aux Chambres ; elle y trouva également d'ardents défenseurs s'appuyant sur le bon sens et qui, tous, réclamèrent le statut tant désiré qui, au surplus, était, disaient-ils, tout prêt dans les tiroirs du ministre.

À la suite de ces débats fut constituée la Commission de la Marine militaire composée de partisans et d'adversaires de l'arme spéciale et de personnalités neutres ainsi que des officiers et des fonctionnaires compétents. Cet aréopage devait uniquement étudier le problème suivant : le matériel récupéré après l'armistice doit-il être utilisé, faut-il encourager l'œuvre entreprise et comment, peut-on en attendre une heureuse répercussion sur la formation de nos cadres et nos équipages de la marine marchande ?

La Commission commença par discuter le premier point. Le chef d'État-major général Maglinse et l'inspecteur général de l'artillerie Kestens exposèrent sans ambiguïté' qu'il fallait des éléments flottants pour parfaire la défense côtière ; de grandes discussions eurent évidemment lieu, certains adversaires naguère résolus, tel le directeur général Pierrard, se convertirent en toute sincérité, et, finalement, le vote se traduisit par 24 voix en faveur du maintien de la Marine, 2 non (1) et une abstention. Néanmoins, le 9 juillet 1926, parut un arrêté particulièrement laconique portant suppression du Corps des torpilleurs et marins à la date du 31 mars 1927.

Cette décision ne fut portée à la connaissance des membres de la Commission que le 3 janvier 1927. Le ministre comte de Broqueville leur disait que leurs travaux, soigneusement conservés, constitueraient une précieuse documentation pour le jour où, la situation financière du pays le permettant, l'idée de la création d'une Marine militaire pourrait être reprise. Cette déclaration est à rapprocher de celle que fit Charles Rogier, le 4 avril 1862, lorsqu'on condamna la Marine royale à disparaître.

Le colonel Renaux, découragé, avait déjà quitté le corps, cédant la place au commandant en second, le major d'artillerie Fabry. Par mesure d'économie, le d'Entrecasteaux avait été rendu à la France, qui l'avait aussitôt passé à la Pologne (il fut détruit en 1939). On liquida nos vedettes, qui furent rachetées par des sportsmen, quant aux torpilleurs qui n'avaient pas trouvé d'acquéreurs, ils tombèrent bientôt à l'état de vieille ferraille et ainsi se perdit un matériel valant un nombre considérable de millions. Les officiers et les marins passèrent à l'armée de terre où ils n'en coûtèrent pas moins cher. La défense de la côte même fut abandonnée.

 

(1) Les deux représentants de l'Union des officiers et mécaniciens de la Marine marchande belge avaient reçu le mandat impératif de combattre la Marine militaire ; ils déclarèrent que, nonobstant toute raison même la plus évidente, leur attitude serait irréductible. Notons que, de tout temps, les officiers du commerce ont manifesté semblable hostilité : en 1856, le capitaine de navire Ch. Sheridan, dans son discours prononcé à l'ouverture du Cercle nautique, à Gand, déclara déjà sans ambiguïté que, seuls, les officiers du commerce possèdent la science nautique, et il malmena ses collègues de la Marine militaire.

A SUIVRE

 

 

 

 

 

  LMB-BML 2007 Webmaster & designer: Cmdt. André Jehaes - email andre.jehaes@lmb-bml.be