BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

 

Histoire de la ville d'Ostende et du port (VI)

 

Les travaux furent donc poursuivis. Le comte de Bucquoi reçut ordre d'achever en toute hile, la digue sur le havre. On y établit une grande batterie, faite de gabions remplis de pierres et fortement entrelacés les uns aux autres ; mais elle ne put résister au canon de la place qui la détruisit et y mit le feu. Plus tard on voulut, au moyen de sacs pleins de sable, obstruer le havre. Une épreuve avait été faite dans le canal de décharge près du fort Albert, et comme elle y avait réussi, on pensait que le succès ici en était aussi assuré. On fut bientôt détrompé, car la mer enleva ces sacs, à la confection desquels toute la Flandre avait travaillé, et n'en laissa pas même un seul au fond.

L'archiduc échouait dans toutes ses entreprises contre la place ; chaque jour, pour ainsi dire, il y arrivait du renfort en hommes ou en provisions. La garnison s'accrut même si considérablement, qu'au 21 janvier 1602 elle s'élevait à seize mille hommes.

Le général sir Francis Vire, après avoir tenu religieusement tout ce qu'il avait promis à ses soldats lors du dernier assaut, quitta Ostende le 6 mars suivant, laissant le commandement de la place au colonel Frédéric Van Dorp qui se conforma au plan de défense de son prédécesseur.

L'armée assiégeante était démoralisée. La rigueur de de la saison, des fatigues excessives, l'inondation de la mer qui de temps à autre renversait, détruisait leurs travaux, venaient encore aggraver leur position. Le soldai ne recevait plus de solde. Le mécontentement était général.

L'esprit de révolte s'était emparé de toutes les têtes. Des complots s'ourdissaient. On voulait arrêter les archiducs et les tenir à Nieuport jusqu'à entier payement. Douze des principaux fauteurs furent punis de la strangulation.

Les assiégés avaient à lutter contre d'autres vicissitudes non moins désolantes. Malgré toutes les précautions sanitaires, la peste s'était déclarée dans la place et y faisait chaque jour de nombreuses victimes. Elle était si intense que, s'il faut en croire les relations du temps " les oiseaux en tomboient atteints au mitan de leur vol."

Le nouveau gouverneur, homme actif et prévoyant, visitait deux fois par jour tous les postes, et faisait observer la plus stricte discipline parmi les régiments des diverses nations dont la garnison était composée. Guettant les moments opportuns , souvent il faisait des sorties, tombait à l'improviste sur les troupes espagnoles et les tenait ainsi dans de continuelles inquiétudes. Dans ces sorties, les soldats étaient toujours éclairés par des sauteurs, ainsi appelés pour la facilité qu'ils avaient à traverser les marais, au moyen d'un long bâton dont ils se servaient.

Cependant les États-Généraux avisaient aux moyens de faire lever le siège. Il fut arrêté qu'on réunirait toutes les troupes disponibles et qu'on tenterait une expédition décisive au commencement de l'été.

Informé de ce projet, l'archiduc confia le commandement du siège à Jean Rybas, un des, hommes de guerre les plus renommés de son temps, et se rendit à. Gand afin d'y prendre des mesures propres à prévenir l'invasion des confédérés.

On craignait à la cour des archiducs que les Anglais, selon leur coutume, protégeraient les rebelles par mer en même temps que par terre, malgré le désir que témoignait leur reine de faire la paix avec le roi d'Espagne et les archiducs. Cette crainte était fondée.

À cette époque, Frédéric Spinola croisait avec ses galères sur l'Océan, et battait la marine des confédérés. Enhardi par ses victoires, il se rend en Espagne, demande, et obtient du roi huit nouvelles galères et une levée de huit mille hommes, que son frère Ambroise Spinola va recruter dans le Milanais, et avec lesquels il arrive en Flandre au secours de l'archiduc.

Frédéric Spinola , de son côté , ramait avec ses galères, d'Espagne pour les Pays-Bas. Le 3 octobre, il arrivait au détroit du Pas-de-Calais. Quelques navires de la marine anglaise se tenaient en observation , au Goodwinsant, sous les ordres de l'amiral Robert Mansel. Dès qu'il eut reconnu la flottille de Spinola, cet amiral dépêcha un de ses navires vers la côte de Flandre pour avertir les bâtiments des confédérés qui y croisaient. Il prévint aussi, par plusieurs coups de sa grosse pièce, un autre navire du roi, mouillé au sud des dunes, et leva l'ancre. Quatre bâtiments des confédérés étant venus, vers le soir, se joindre à lui, il vogua avec eux à la recherche de Spinola La nuit était obscure ; mais la lune se montrait par intervalles à travers les nuages et laissait voir au loin. C'est ainsi que l'on aperçut vers la France, les galères que l'on poursuivit à coups de canon jusque près de Douvres, où elles échappèrent à la faveur des ténèbres. Un éclairci de lune les fit découvrir de nouveau un instant au Goodwinsant, à proximité de la flottille anglo-batave qui leur envoya encore quelques boulets. On les chassa jusqu'à hauteur de Gravelines. Là survint à propos un navire des confédérés qui en attaqua une et lui tua soixante hommes de son artillerie. Toutefois cette galère se sauva ; mais peu après, abordée violemment par le vice-amiral Cant , dont le bâtiment était armé à l'avant d'un instrument tranchant appelé éperon, elle eut sa grande vergue rompue, l'arrière coupé et le gouvernail enlevé, puis son pont balayé une seconde fois par deux coups de canon chargé à mitraille. Le capitaine Mol étant venu ensuite donner droit au grand mât, la galère coula à fond. Vingt de ses hommes qui se noyaient furent sauvés par le capitaine Janssens d'Enckhuizen. Une autre galère fut attaquée par le capitaine Sahl, qui lui rompit d'abord six avirons avec l'arrière de son navire, abattit ensuite la grande vergue et lui tira quelques coups de canon. Le vice-amiral Cant la prit alors entre le mât et la poupe, rompit sur elle le galion de son propre navire, fendit l'arrière et brisa le gouvernail. Un troisième navire vint donner entre le grand mât et la poupe et cette galère disparut aussi sous l'eau. Spinola perdit ainsi quatre galères. Les autres quatre furent poursuivies si vivement, que deux autres se perdirent sur la côte près de Nieuport et une près de Dunkerque. La huitième, commandée par Spinola lui-même, se sauva à grand 'peine à Calais, où les forçats et les esclaves qui formaient l'équipage furent rendus à la liberté. Le futur grand amiral se rendit de Calais à Bruxelles, accompagné de quelques-uns de ses gentilshommes pour rendre compte de sa défaite, et les matelots, au nombre de cent quatre-vingts, qu'on avait retirés de la mer, furent transportés dans les provinces confédérées comme prisonniers de guerre.

Avec la perte des galères de Spinola s'évanouit l'espoir qu'on avait conservé de couper les vivres à la place d'Ostende.

Au commencement de juin 1602 , le prince Maurice menaçait de se porter dans le Brabant, afin de faire lever le siège d'Ostende. L'archiduc avait pris du camp tout ce qu'il pouvait d'hommes, et les ayant réunis à d'autres troupes formant ensemble une armée de dix-huit mille combattants, il en avait donné le commandement à Ambroise Spinola, qui s'était porté sur Thienen où il observait les confédérés qui s'appétaient à passer la Meuse.

À cette époque, le mécontentement était à son comble parmi les troupes du pays, à cause du manque de paiement ; le service était refusé. Des mutinés s'emparèrent même de diverses places importantes. Le même désordre existait aussi devant Ostende, particulièrement chez les Italiens et les vieux Espagnols qui s'insurgèrent ouvertement et en présence des chefs.

Rybas, voyant que le mal empirait, demanda des instructions. L'archiduc donna ordre d'être sans pitié. En con­séquence, cinquante des principaux fauteurs furent punis de la strangulation, et cent cinquante autres condamnés aux galères.

A la mutinerie étaient venus se joindre des embarras de finance, qui devaient l'augmenter encore. Diverses localités refusaient de payer leur quote part dans le subside mensuel de cent cinquante mille florins que les États avaient accordé ; alléguant que les principales conditions auxquelles ce subside avait été voté étaient que l'archiduc empêcherait la mutinerie dans son armée et les préserverait des contributions forcées, tandis que ces calamités ne faisaient qu'accroitre chaque jour. La Flandre, néanmoins, paya régulièrement pendant toute la durée du siège.

Cependant l'arrivée des frères Spinola, qui avaient mis leur immense fortune à la disposition du roi d'Espagne, vint donner aux affaires une tournure plus favorable.

D'un autre côté, l'archiduc ayant fait à la cour de l'Escurial un rapport fidèle des difficultés qu'on rencontrait au siège d'Ostende, et de l'état du pays en général, la cour commençait à envisager les Pays-Bas sous un autre point de vue. L'infante Isabelle, déjà avancée en âge, n'avait pas encore donné d'enfant et probablement ne devait pas en avoir. Les ministres considéraient désormais ce pays comme annexé à la couronne d'Espagne, à laquelle, à défaut de progéniture de ce mariage, il devait retourner. On mit tout en œuvre pour le conserver, et l'archiduc fut mis à même de lever de nouvelles troupes.

Ambroise Spinola alla recruter une armée de vingt-deux mille hommes en Allemagne et en Italie, tandis que son frère Frédéric reprenait ses courses sur mer, où il promettait de se rendre redoutable, lorsque la mort vint l'enlever à la gloire et à son roi..

C'était le 26 mai 1603. II sortait de l'Écluse, à l'aube du jour, avec huit galères et quatre frégates bien équipées de forçats, de mariniers et de deux mille cinq cent mousquetaires et arquebusiers à la rencontre d'une escadre des confédérés, composée de trois gros vaisseaux et d'autant de galères qui se montraient à la hauteur du Zwin.

La mer était calme et lui promettait la victoire, attendu qu'à défaut de vent, les vaisseaux qui étaient à voile ne pouvaient manœuvrer. Il s'avançait à toutes rames pour les prendre à l'abordage, lorsqu'une forte brise vint mettre tout l'avantage du côté des confédérés. Spinola ne pouvait reculer ; le combat s'engagea. Plusieurs de ses galères furent coulées, et lui-même ayant été tué par un boulet, le reste de sa flotte rentra à l'Écluse, avec des signes de deuil. Frédéric Spinola venait, à son insu, d'être élevé à la dignité de grand amiral.

Tandis que l'archiduc s'opposait à l'invasion du prince Maurice, sur la Meuse, Rybas reprenait les travaux du siège. Il s'attachait principalement à interdire la communication par mer. Les batteries d'Est ayant été jusqu'à lors peu efficaces, il fit jeter dans le havre un grand nombre de mâts et de poutres attachés les uns aux autres, espérant par ce moyen barrer le passage ; mais cet appareil ayant été dispersé par la violence de la mer, il fit avancer les batteries assez près pour qu'on pût tirer sur les navires à coups de mousquet.

Toutes ces bouches à feu, dirigées sur l'entrée du havre, n'étaient cependant pas un obstacle insurmontable. Il y eut beaucoup d'hommes de tués, les navires essuyèrent de fortes avaries, et de temps en temps quelques-uns étaient coulés ; mais enfin la place recevait des nouvelles troupes et des munitions comme par le passé.

On fit alors l'essai d'un radeau qui se rattachait à la digue. Il portait une forte batterie, tirant à fleur d'eau; mais, comme cet appareil se trouvait à sec, à marée basse, les bastions du Nord le canonnèrent si vivement et si bien, qu'en peu de temps il fut détruit et mis hors d'état de nuire, ainsi que les autres batteries de ce côté. Dans l'impossibilité d'obtenir aucun résultat réel à l'est, Rybas, concentra désormais toute son attention à l'ouest. On continua la plate-forme, déjà commencée en face du Santhil. Cette merveille qui, vue de la ville, ressemblait à une citadelle, avait, du côté opposé, la forme d'une demi-lune, et ou la gravissait par une pente fort douce. Elle avait deux cent cinq empans de hauteur et dominait la vieille comme la neuve ville. De ses embrasures, on pouvait distinguer les personnes dans les rues.

Après deux mois de labeur incessant, elle fut terminée, garnie des plus grosses pièces, et foudroya jour et nuit de son feu plongeant la ville, dont elle acheva la destruction. Le gouverneur Van Dorp s'efforça de neutraliser, autant que possible, l'effet meurtrier de cette redoutable citadelle, que ses soldats baptisèrent du nom de Grand-Chat, parce qu'ils ne pouvaient mettre le nez au vent, sans être exposés à ses projectiles. On abrita les huttes bâties dans les remparts et on fit masquer avec de la toile à voile, tous les quartiers de la ville, afin de cacher les mouvements de la garnison.

Cependant le comte de Bucquoi approchait du havre d'Est, et commençait de nouveau à en défendre l'entrée. Un troisième havre fut alors creusé entre les bastions le Menteur et la Table de Moïse; mais le canon du Grand-Chat, dominant aussi cet endroit, on n'y travaillait qu'au milieu d'une grêle de boulets, ce qui n'empêcha pas de poursuivre.

Vers ce temps, Sa Sainteté le pape avait accordé à l'armée devant Ostende, une indulgence plénière, suppliant le Très-Haut, que pour la plus grande gloire de son nom et de son Église, il voulût faire triompher les catholiques sur les mécréants. On avait fait à cette occasion, au camp espa­gnol, des pratiques religieuses, dont les assiégés, du haut des remparts, s'étaient moqués par toutes sortes de mau­vaises plaisanteries. Les Espagnols, surtout, en ressen­taient une vive et sainte indignation.

Rybas pensa que le moment était propice pour attaquer. Il fit assembler tous ses officiers et leur dit :

"Il y a trop longtemps que nous attendons une occasion décisive de faire triompher la cause de Sa Majesté Catho­lique. Si la gloire et notre honneur nous sont chers, nous devons nous rendre maîtres de la place, quels que soient les obstacles que nous rencontrions. Tous les moyens d'in­terdire l'entrée du havre ayant été peu efficaces jusqu'à présent, nous ne devons plus rien espérer de ce côté pour l'avenir.

"Nous n'avons non plus rien à attendre des ruses et stratagèmes de guerre, car il semble que l'astuce en person-ne se soit établie dans la place. II ne nous reste donc qu'un seul moyen, c'est l'assaut. Mais quels obstacles n'avons-nous pas à surmonter pour arriver à notre but et comment l'atteindrons-nous ? Nous devons nous approcher de la place pied par pied, comme nous l'enseigne l'art de la guerre. Les forts auxquels l'assiégé donne le nom de carrés nous seront pour cela de la plus grande utilité ; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on les a désignés comme très-propres à arriver au rempart. Nous devons commencer par nous en rendre maîtres ou renoncer à continuer le siège.
"L'archiduc, qui en apprécie l'importance, m'a chargé, comme dernier moyen, d'en prendre possession ; ils doivent nous servir d'autant de places d'armes pour poursuivre nos travaux.

"Le colonel Castris, qui, à grand' peine, est parvenu à les reconnaitre, m'engage à ne point perdre de temps. Je suis informé que le gouverneur actuel n'y a laissé qu'une faible partie de soldats, parce que, selon sa présomption habituelle, il s'imagine que nous ne bougerons d'ici qu'en nous retirant honteusement.

Il faut que demain les rebelles soient plus convaincus de la reddition prochaine de la place, que de notre retraite. "
La place en ce moment ne s'attendait à rien moins qu'à un assaut, surtout sur les carrés que l'on croyait en trop bon état de défense pour qu'il vint à l'idée des assiégeants de les attaquer.

Vers le soir, à un signal donné de la plate-forme, l'armée espagnole, rangée en colonnes d'attaque, part et se dirige sur les polders et demi-lunes. L'assiégé se porte aussitôt sur tous les points, mais principalement au ravelin du Porc-Épic, qui semblait être le plus menacé et dont l'assaillant venait d'incendier les palissades. En occupant l'assiégé de ce côté, Rybas avait en vue de mieux s'emparer des carrés : ce qui lui réussit à souhait.

Le baron de Balançon avait fait avancer sur le fer-à­cheval, les compagnies de Gendron et de Moto ne et le capitaine Debrand avec les Belges. Dix volontaires, parmi lesquels se trouvait de Bonours, s'étaient traînés ventre à terre pour surprendre les sentinelles placées hors du fort et se rendre maîtres de l'entrée jusqu'à l'arrivée des compagnies qui les suivaient de près; mais le feu des palissades du Porc-Épic, en répandant une vive lumière, les ayant trahis, les sentinelles, au nombre de sept, avaient donné l'alarme et s'étaient retirées; trois s'étaient jetées dans le fossé de la contr' escarpe et étaient parvenues à se sauver, après avoir reçu quelques coups de pique dans les reins.
Gendron avait alors rangé ses mousquetaires pour tirer sur ceux qui se présenteraient sur le parapet, tandis que les capitaines Debrand et Motone, avec les leurs, cherchaient à aborder le pied du rempart. Dix piquiers franchissent le fossé et les palissades, montent et parviennent à voir dans le fort ; ils crient d'avancer et demandent des échelles.

Ne trouvant pas de passage pour arriver jusqu'à eux, on tente de passer le canal où plusieurs se noient.

On tire peu de mousquetades ; la pluie mouillait les amorces. Gendron se fait élever au-dessus des palissades où il faillit rester suspendu. On découvre l'ouverture par où l'assiégé mettait les sentinelles dehors ; on s'y porte en force et on arrive au pied du fort que l'on attaque de droite et de gauche ; malheureusement les échelles dont on avait besoin pour escalader, étaient restées à l'autre bord du fossé, et sans elles il fallait perdre tout espoir. Enfin on en reçoit deux pour lesquelles quatre hommes se noient. Gendron monte le premier ; mais arrivé au sommet du rempart, il reçoit deux coups de pique et est renversé comme mort du haut en bas. Les autres s'élèvent en pratiquant des degrés dans la terrasse et en s'accrochant aux fascinages, et parviennent au parapet, où la lutte s'engage et dure plusieurs heures.

Mais un soldat belge ayant eu l'idée de s'écrier : Cou­rage, messieurs ! voilà les Bourguignous qui entrent ! L'assiégé, effrayé, s'ébranle et liche pied, et Belges et Bour­guignons entrent les premiers dans la redoute, passant la garnison, forte de cinq cents hommes au fil de l'épée. Les Belges perdirent les volontaires Hertyes, Bologne, Val­bert et Koart.

On assaillit en même temps que le fer-à-cheval, le carré du Sud, qui était comme sur une éminence et fortifié de l'autre côté de son fossé large et profond de fortes palissa­des. Il était défendu parla compagnie des nouveaux gueux, capitaine Pacot-Leduc, remplacé momentanément par le lieutenant Prichet et son enseigne, tous deux Belges.

Celui qui commandait l'expédition contre ce carré, était le frère du colonel Catris, ce chef belge que nous avons vu s'élever contre la morgue, l'apathie et l'ignorance des officiers espagnols, et qui plus tard reçut la mort d'un boulet. Un officier, qui avait reconnu les lieux, avait conduit par des chemins difficiles, les assaillants qui étaient parvenus à la porte du fort placée du côté de la ville et qu'ils n'avaient franchie qu'après avoir perdu nombre de braves, entre autres Blaigneau, Corras et Louville, gentilshommes belges.

Le carré du polder n'avait opposé qu'une faible résistance, et les deux cents hommes qui le défendaient avaient été écharpés sans miséricorde.

Tandis que les assiégeants prenaient possession des carrés, le gouverneur Van Dorp défendait vaillamment le Porc-Épic qu'il croyait seul menacé. Il apprend sans pouvoir y croire, que l'assiégeant occupe les polders. Convaincu enfin, il veut les reprendre. Vains efforts ! Il y sacrifie inutilement plus de cent cinquante hommes.

Désespéré, il fait une dernière tentative sur le fer-à-cheval ; deux compagnies du régiment du seigneur de Béthune, se précipitent à travers la mousqueterie sur le pont qui conduit à ce fort. Les uns trouvent les échelles, au moyen desquelles les assiégeants l'avaient escaladé, et se mettent en devoir de s'en servir à leur tour ; les autres cherchent à pénétrer par son entrée. Les assiégeants, ou plutôt les assiégés du fort, se croient alors perdus, tant à raison de leur petit nombre, que par ce que leurs piques sont ou sans fer ou tronçonnées. Les mousquetaires n'avaient plus de balles et disaient ne pas connaître l'usage de celles moulées à la hollandaise qu'ils avaient trouvées dans le magasin. Des maillets à longs manches et des marteaux ferrés qui leur tombent sous la main contribuent à leur faire repousser les agresseurs.

La garnison de ce fort fut augmentée dans la nuit même de deux cents hommes, des régiments des barons de Tilly et de Balançon. On coupa le pont, afin de se mettre à l'abri d'un coup de main, et l'ouverture que le fort présentait aux remparts de la place fut solidement barricadée ; puis on jeta dans les passages marécageux une infinité de claies, eu fascines, afin de rendre la communication entre les carrés et le camp facile.

Les assiégeants se réjouirent beaucoup de la prise des carrés et résolurent de les défendre jusqu'à la dernière extrémité.

Catris, s'adressant à ses Belges, disait : "Votre bravoure vient de rendre au prince un service important; elle recevra bientôt sa récompense. Je suis fier de me trouver dans ce fort avec d'aussi intrépides soldats. Avec vous, mes amis, je défie toutes les forces de l'ennemi de nous en déloger. Ce fort doit nous mener à l'occupation entière de la place ; il y va de notre honneur, de notre gloire de nous y maintenir. Quelle honte que de devoir reculer!!! Mais votre vaillance ne permet même pas de supposer un semblable revers. Conservons nos avantages : il n'y a que ceux qui sont las de vivre qui pourraient vouloir nous les disputer."

La garnison ayant fait inutilement, le lendemain, une seconde sortie sur le fer-à-cheval, il fut arrêté qu'on n'entreprendrait plus rien sur les carrés, jusqu'à ce qu'on eût reçu de nouvelles troupes. En attendant, on mit tout en œuvre pour empêcher les progrès des assiégeants de ce côté.

Les États-Généraux, en apprenant cette défaite, invitèrent officiers et soldats à défendre la place pied à pied, surtout vers les polders, où elle était devenue très vulnérable. Ils promirent de ne rien laisser manquer et de chercher à faire lever le siège au plus tôt.

En effet, de nouvelles troupes, du canon, des munitions de bouche et de guerre, ne tardèrent pas à arriver, et permirent de renforcer la défense sur tous les points.

Cependant les batteries du comte de Bucquoi faisaient essuyer aux navires de fortes avaries quand elles ne les coulaient pas. On arrêta de faire une sortie de ce côté. Le 5 juin 4603, dans la nuit, on jeta sur le havre un pont de bateaux, sur lequel des troupes passèrent en grand silence. L'avant-garde se porta sur une des batteries dont elle s'empara. Mais l'arrière-garde ayant changé de mouvement, au moment convenu, sans s'enquérir de la position des autres, se jeta sur la batterie en possession de laquelle s'était mise l'avant-garde. Pensant toutes deux avoir à faire à l'ennemi, elles s'entre-tuèrent pendant plus d'une demi-heure sans se reconnaître, et une division de cavalerie espagnole, accourue bride abattue, augmenta encore la confusion. Cette déplorable méprise ne finit qu'à l'arrivée du comte de Bucquoi qui repoussa les assiégés. Le jour qui vint à paraître montra cette scène de carnage, jonchée de cadavres.

Van Dorp alors tourna de nouveau son attention vers les carrés. Il fit tirer à boulets rouges sur le fer-à-cheval, que l'assiégeant exhaussait, pour y placer du canon, et y mit le feu, mais sans le détruire entièrement. Il répéta à diverses reprises et pendant plusieurs jours de suite cette tentative sans obtenir de résultat réel. Ces carrés furent même mis en état de nuire plus qu'auparavant. On établit des digues en fascines qui les liaient l'un à l'autre et qui leur permettaient de se prêter un mutuel appui en cas d'attaque. Cette position était devenue extrêmement inquiétante pour la place.

À cette époque, la peste, la dysenterie et autres maladies contagieuses faisaient au camp et dans la place d'innombrables victimes. Elles étaient si intenses que les médicaments ordinaires ne suffisaient plus, et que chaque jour on voyait des hommes occupés au travail tomber privés de vie. Un médecin, nommé Alexandre Courtemaus, d'Anvers, acquit, par ses cures, beaucoup de renommée dans le siège.

Le général Van Dorp fut rappelé en Hollande au mois de juillet. Avant son départ, il voulut, par une cérémonie religieuse, à la manière des calvinistes, rendre grâces à Dieu, de ce que jusqu'à ce jour il avait protégé Ostende contre les armes espagnoles.

Rybas saisit cette occasion pour se jeter sur la demi-lune du sud. L'attaque et le feu des batteries commencèrent au moment même où la cloche de la place appelait les frères à la prière. On cria à la trahison, chacun courut aux armes. Les assiégeants ne se retirèrent qu'après avoir tué et perdu beaucoup d'hommes.

Charles Vandernoot accepta pour la deuxième fois la défense d'Ostende. À peine entré en fonctions, le gouverneur déploie une activité inconcevable, qui influe favorablement sur toute la garnison. Ses premières entreprises justifient pleinement la confiance que les États-Généraux avaient mise dans ses capacités. La plate-forme ayant depuis peu encore été exhaussée de huit pieds, on ne pouvait plus circuler dans la ville sans s'exposer aux boulets et à la mitraille qu'elle lançait continuellement. Vandernoot conçut l'idée de détruire cette effroyable redoute ; il accueillit un artificier renommé, Philippe Rottegatter, qui se faisait fort de l'incendier. Les remparts, depuis la porte d'Ouest jusqu'au Santhil, ainsi que la contrescarpe, furent préalablement disposés de manière à mettre à couvert beaucoup de mousquetaires, et on augmenta encore le nombre des canons.

On était au 31 juillet 1605, le soleil était comme brûlant, depuis plus de douze jours. L'artificier trouva le temps favorable pour l'exécution de son projet. Vers les neuf heures, il charge donc les canons des remparts, de certains boulets de son invention, ayant la forme d'un melon, et au bout duquel était un crochet, afin qu'il pût mieux s'engager dans les fascines, dont la plate-forme était faite, et qu'on ne pût l'en retirer facilement.

En effet, le résultat répondit à l'attente de l'inventeur ; car à peine avait-on tiré quelques-uns de ces boulets dans les fascines séchées de cette forteresse, que l'on en vit s'élever une fumée rousse et puante, qui bientôt devint une flamme bleue, ressemblant à celle d'un four.

Le colonel don Alvaro Suarez alla en personne pour reconnaître ce feu, puis commanda à ceux de sa nation de l'éteindre. Beaucoup se présentèrent, mais on ne trouva aucune échelle assez longue pour parvenir jusque-là.

Tandis que les principaux chefs se consultaient sur les moyens de se rendre maître du feu qui augmentait à mesure qu'on envoyait des boulets, un soldat espagnol, nommé Casanuova, dit à son camarade : " Comment ! les Belges et les Bourguignons ont préservé leurs forts de l'incendie, et les Espagnols verraient les bras croisés leur plate-forme se consumer ? Quant à moi, fût-ce le feu de l'enfer, je ne souffrirai point que l'on attribue cette honte à ma nation." Ayant dit, il monta avec une incroyable célérité le long des fascines jusqu'où un de ces boulets était suspendu, et l'en retira à l'aide d'un crochet dont il s'était muni. Il fut imité aussitôt par beaucoup d'autres qui s'élevèrent comme des chats, malgré la canonnade et la mousquetade des remparts et de la contrescarpe qui les fai­saient tomber l'un après l'autre, morts ou blessés. On attacha au haut de la plate-forme nombre de câbles qui descendaient jusqu'au bas, afin que ceux qui voulaient aller retirer les boulets incendiaires pussent monter et descendre par ce moyen. L'empressement fut si grand, qu'il semblait que l'homme eût perdu le sentiment de la conservation. Les volontaires surtout se montraient si jaloux d'être les premiers employés à cette périlleuse ascension, qu'il fallait limiter leur nombre pour chaque compagnie. On les voyait s'exposer avec une sorte d'ivresse à une mort presque inévitable. En effet, peut-on se représenter, sans effroi , la prodigieuse élévation de cette forteresse, et ces hommes grimpant en foule à la gueule de plusieurs batteries et de deux mille mousquets, vomissant sans relâche, boulets, balles et mitraille, et allant jusqu'au sommet en retirer patiemment les projectiles incendiaires qui se succédaient sans interruption.

On en voyait, qui déjà grièvement blessés, avant d'attein­dre le but, s'obstinaient à s'exhausser jusqu'à ce qu'ils fussent épuisés de fatigue, ou qu'un nouveau coup les forçât à licher prise. Si le câble venait à être coupé par les balles, la mort de ceux qui y étaient suspendus était certaine. Los uns étaient tués en montant, ou en décrochant le boulet, ou en descendant ; d'autres, éblouis par l'excessive hauteur où ils se trouvaient, se laissaient aller, et se tuaient sur les pointes des fascines qu'ils rencontraient en tombant. On en voyait qui tombaient par pièces, démembrés par le canon.

Ici encore et pendant toute la durée du siège, dans la défense comme dans l'attaque, l'insouciance de la vie était si grande, qu'on eût dit, pour nous servir d'une expression du temps, que chaque homme eût encore une autre vie dans son coffre.

La plate-forme fut sauvée pour ce jour ; mais au 21 août suivant, l'artificier, dans une seconde épreuve, parvint à l'incendier, malgré les efforts, le courage fabuleux des assiégeants. Cette grande masse de bois et de terre, dont l'élévation dépassait de beaucoup les plus hauts bâtiments d'Ostende, et qui offrait l'aspect d'une montagne, était toute en feu vers les sept heures du soir. Ceux qui virent cette immense fournaise purent se flatter, disent les auteurs du temps, d'avoir vu l'Etna en éruption sans sortir de Flandre.

Rybas , voyant qu'il était impossible de se rendre maître du feu, fit en toute suite retirer l'artillerie; des mesures de précaution furent prises sur tous les points , afin de prévenir d'autres malheurs. L'incendie dura douze jours. Le treizième le vent changea ; il tomba de la pluie et de la grêle, et le feu s'éteignit.

Cependant le ciel semblait se déclarer pour les Espagnols ; car bien que les fascines eussent été consumées, la plate-forme resta debout, comme auparavant. Chacun crut y voir un miracle. On avait pensé qu'une tour de sable si élevée et sans appui devait s'affaisser aussitôt qu'elle serait réduite en cendre. Ce fut la forte couche de terre superposée à chaque couche de fascines dont cette forteresse était faite, qui fut cause qu'elle ne s'écroula point. Après avoir bien examiné, on reconnut qu'au moyen de quelques réparations elle pouvait encore porter du canon. Rybas surtout en éprouva une grande joie, lui qui avait sacrifié tant d'argent et tant d'hommes pour l'établir.

Elle fut promptement remise en état de service, tandis que les confédérés publiaient partout, comme un triomphe, avoir anéanti en un seul jour ce qui avait coûté aux Espagnols les revenus d'une année des Indes occidentales, et plus de quatorze mois de travail.

Si le Grand-Chat, quoiqu'il fût réduit en cendres, se tenait encore sur ses griffes, et vomissait comme avant, force projectiles dans la place, il fallait encore moins espérer des boulets que du feu. Ou le laissa donc miauler et on se reporta vers les batteries du havre, qui de nouveau coulaient presque chaque jour quelque navire. On les canonna sans interruption avec vingt-sept pièces du plus gros calibre, dont plusieurs chargées à boulets incendiaires, après avoir préalablement placé des mousquetaires dans la contrescarpe, afin d'empêcher qu'on éteignît le feu. Le feu se déclara aussitôt malgré les efforts du comte de Bucquoi, et la digue fut entièrement consumée et détruite ; il entrait dans sa composition plus de bois et de fascines et moins de terre, comparativement parlant, que dans la plate-forme. Plus de quatre cents hommes y perdirent la vie.

La place était maintenant d'autant plus inexpugnable, que l'entrée par mer était libre. Les confédérés en profitèrent pour jeter de nouvelles troupes et force provisions. Les batteries d'orient étant détruites, les marins craignaient peu quelques boulets isolés qu'on leur envoyait : L'habitude de braver plus de vingt bouches à feu et quelques centaines de mousquets, leur faisait tellement prendre en pitié les dangers moins imminents, qu'ils entraient désormais aussi joyeusement que s'ils eussent couru à une partie de plaisir. Bientôt six mille Belges ou nouveaux gueux, Anglais et Frisons, vinrent renouveler la garnison.

Pendant que les Espagnols songeaient à de nouveaux expédients pour se rendre maîtres du havre, le célèbre Targone, ingénieur romain, arriva d'Italie, attiré par la réputation du siège. Il soumit à l'archiduc plusieurs projets pour forcer Ostende à capituler. L'archiduc l'envoya au camp ; Targone examina les ouvrages extérieurs de la place, et après avoir délibéré avec les principaux chefs, fit construire à Bruges une sorte de fort en bois. Ce fort, qui se montait et se démontait, portait six pièces de canon sur affûts plats sans roues, ayant pour base de grosses poutres, le tout adapté sur trois bateaux sans mâts, joints ensemble. Targone voulait ancrer celte citadelle flottante, à l'embou­chure du havre, et par ce moyen en défendre l'entrée.

Mais ce fort ne pouvait seul faire atteindre le but qu'on se proposait ; il fallait, pour plus de chances de succès, qu'il fût protégé par les batteries d'Est, qui étaient encore à rétablir.

Targone rassembla donc sur la grève, en forme de radeau, les matériaux dispersés de la digue ; fit attacher au milieu et aux côtés un certain nombre de tonneaux qui, à marée haute, le mirent à flot, et permirent qu'on en allongeât un reste de la grande digue qui avait échappé à l'incendie. Mais le feu de la place sur cette flotte, lorsqu'à marée basse elle reposait sur le sable, et la violence de la mer la rendirent en peu de jours hors d'état d'être utilisée.

Le siège en était là, lorsque l'archiduc crut devoir remplacer Rybas par Ambroise Spinola, revenu récemment d'Italie avec de nouvelles troupes. Les éminentes qualités de ce seigneur, ses richesses, ses connaissances dans l'art de la guerre (qu'il avait étudié dans les livres), étaient autant d'heureux présages de succès. Pour le consoler de la perte de son frère Frédéric, le roi lui avait offert la charge de grand amiral, et il l'avait refusée, alléguant qu'il ne possédait pas les capacités nécessaires. Cette modestie ajoutait encore à la confiance générale qu'il inspirait. Avant de se rendre à l'invitation de l'archiduc, Spinola vint au camp, afin de juger de l'état du siège. Ayant examiné les travaux, consulté les chefs, il alla annoncer à l'archiduc qu'il acceptait le commandement, et qu'en outre il se chargeait de l'achat et du payement de tout ce qui était nécessaire, moyennant remboursement. En conséquence, il arriva au camp le 8 octobre 1603, établit son quartier général au fort Albert où il accueillit avec la plus grande affabilité tous les chefs de l'armée, les invitant à l'aider de leurs conseils.

Ses premiers soins furent de se procurer en abondance, fascines, saucisses, gabions et autres matériaux pour continuer les travaux. Le terrain à l'ouest, par où il voulait attaquer, était très sablonneux, entre coupé partout de fossés, outre les canaux qui communiquaient avec la mer.

À défaut de terre, on employa des fascinages. On travailla à rétablir la digue d'Est, mais l'entier achèvement devait coûter trop de temps : c'est ce qui engagea Spinola à mettre tout son espoir dans l'assaut.
Les approches furent donc reprises et poursuivies avec ardeur à l'ouest. Les Espagnols étaient près de la mer, venaient ensuite les Italiens, les Bourguignons et les Belges. On serrait la place du sud-est à l'ouest. Les Bourguignons et les Belges passèrent les premiers le canal, mais ne purent conserver le terrain. On jeta des fascines en profusion, on établit des dames à l'infini et on avança soit par galeries souterraines, soit autrement.

Il y eut constamment plus de deux mille travailleurs qui gagnaient au moins cinq florins, et dont quelques-uns se firent compter jusqu'à vingt et môme trente florins par jour, suivant les lieux et le péril. Malgré les précautions qu'ils prenaient de s'abriter derrière des gabions ou des bottes de fascines liées ensemble, les boulets, la mitraille et les matières inflammables que les assiégés faisaient continuellement pleuvoir dans leurs travaux, les décimaient horriblement.

On établit des contre-batteries pour désaffûter le canon du rempart. Bientôt toutes les batteries des deux camps, composées d'à peu près deux cents grosses pièces, tonnèrent épouvantablement. La place eut neuf pièces de gâtées en sept heures de temps. Son canon céda à celui des assiégeants ; les approches furent continuées avec la plus grande célérité.

L'ingénieur Targone crut avoir trouvé enfin un moyen infaillible de prendre la place. Il avait fait construire un immense chariot à quatre roues sur lequel étaient plantés verticalement trois mâts très-élevés qui servaient à baisser ou à lever un pont fait en cordages et adapté au chariot, que l'assiégé appelait par dérision le Chariot d'enfer. Le pont devait tomber sur les fortifications et faciliter ainsi l'assaut ; mais ce système était si vicieux, qu'il fut impossible d'en tirer aucun parti. Nonobstant, les assiégés avaient pris la précaution de planter de longs mâts aux contrescarpes pour empêcher le pont de s'abaisser.

Vers ce temps (décembre 1603), le colonel de Ghistelles vint remplacer Charles Vandernool, rappelé en Hollande.

De Ghistelles était un de ces hommes de cette époque qui avaient acquis le plus d'expérience pratique dans l'art de la guerre ; il était très-courageux de sa personne , bravant la mort comme un simple soldat. Il aimait la liberté avec fanatisme et haïssait les Espagnols de tout son amour pour la liberté.

Dès son arrivée, il fit renforcer toutes les batteries, mettre tous les points attaquables en bon état de défense et réparer les dégâts occasionnés par la mer aux fortifications.

Entre-temps, les États des provinces confédérées, après s'être assemblés maintes fois, avaient résolu qu'on n'abandonnerait Ostende qu'à la dernière extrémité.

La place reçut encore des troupes fraîches et des munitions en abondance en janvier 1604. À cette époque, la peste et les hasards de la guerre y faisaient tant de victimes, qu'on était obligé d'enterrer les morts au dehors des for­tifications. 11 arriva, à cette occasion, un incident qui mérite d'être rapporté. II y avait à petite distance de la demi-lune dite espagnole (elle appartenait à la place, voir le plan), un mont de sable où l'on enterrait e plus de morts. Cet endroit était occupé chaque nuit par une trentaine d'Espagnols qui s'y tenaient en embuscade afin de prévenir une sortie à l'improviste sur leurs tra­vaux d'est. Un jour, les officiers qui avaient le comman­dement de la demi-lune espagnole firent remplir un grand cercueil de vieux mousquets, ferraille, tronçons d'armes mêlés à de la poudre, le tout hermétiquement fermé. On porta cette bière, de jour, au cimetière impro­visé, avec tous les honneurs militaires. N'ayant eu aucun soupçon, les Espagnols vinrent la nuit suivante, comme de coutume, s'y établir ; mais ceux de la demi-lune, les ayant guettés, mirent le feu à une tramée de poudre qu'ils avaient faite, en se retirant, depuis le cercueil jusqu'à leur fort, et le cercueil sauta avec une détonation effroyable. Cette espièglerie coûta la vie à vingt-deux hommes et en blessa grièvement plus de trente. Ceux qui échappèrent à la mort avouèrent qu'ils avaient cru que c'était l'enfer qui s'ouvrait sous eux pour les engloutir.

Cependant les affaires d'Ostende devinrent très-embar­rassantes : la ville était entourée d'une armée formidable qui l'inquiétait sans cesse sur tous les points, et la mer faisait des brèches presque irréparables aux fortifica­tions. La garnison commença à désespérer de pouvoir défendre la place plus longtemps. Le camp espagnol venait encore d'être renforcé de quatre mille hommes et on apprenait qu'un nouveau recrutement se faisait en Suisse.

 

A SUIVRE

 

 

  LMB-BML 2007 Webmaster & designer: Cmdt. André Jehaes - email andre.jehaes@lmb-bml.be
 Deze site werd geoptimaliseerd voor een resolutie van 1024 x 768 en IE -11-Edge
Ce site a été optimalisé pour une résolution d'écran de 1024 x 768 et IE -11- Edge