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HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

 

Histoire de la ville d'Ostende et du port (V)

OSTENDE OU LA NOUVELLE TROIE, (SIEGE DE 1601 -1604.)


La bataille des Dunes, improprement appelée bataille de Nieuport, qu'on vient de lire, nous conduit au fameux siège d'Ostende. Nous avons sous les yeux plusieurs ouvrages très-volumineux, écrits sur cet événement remarquable ; mais nous nous bornerons à en rapporter en détail, les premières approches, les attaques décisives, les principaux faits.

Avant d'entrer en matière, il sera nécessaire d'expliquer les moyens de défense de la place à cette époque.

En consultant le plan joint à cette histoire, on pourra se faire une idée juste de la lutte que nous allons décrire.

On comprendra comment Ostende, après avoir résisté pendant plus de trois ans aux efforts de l'archiduc Albert, coûté la vie à plus de cent cinquante mille hommes, où tant de gentilhomme de tous les pays et des familles les plus illustres briguèrent l'honneur de combattre, pour ou contre, souvent indifféremment ; où l'attaque et la défense étaient devenues une affaire d'amour-propre, plus encore que d'intérêt et d'inimitié; comment cette place, après la destruction complète de ses remparts et de ses maisons , mérita le surnom de NOUVELLE TROIE qu'on lui donna.

On s'étonnera de ce que la nouvelle Troie attende encore son Homère. -

Ostende, comme on sait, est située 51° 13' de latitude nord, et 2° 55' longitude est de Greenwich. Lors du siège, Ostende, comme aujourd'hui, était divisé en vieille ville et neuve ville; les remparts de la neuve ville étaient garnis de huit forts bastions, non égaux entre eux en hauteur ni également distants l'un de l'autre , ainsi disposés pour sa meilleure défense. Son fossé était partout large et profond et toujours plein d'eau. La contrescarpe était épaisse, haute et flanquée de fortes demi-lunes ; elle avait pour fossé le havre actuel, qui commençait à se creuser, à l'ouest un canal large et profond. Au sud il y avait une multitude de petits canaux et de marais.

La vieille ville s'étendait en front de l'autre, sur la mer, de l'ouest au nord, et s'unissait à celle-ci à la porte d'Orient, supprimée depuis. De gros pilotis de vingt pieds de hauteur, garantissaient ses fortifications contre les efforts de la mer. Elle était séparée de la neuve ville, par un large port, dans lequel on entrait par le havre d'Ouest. Elle avait six bastions. Le principal était le Santhil (s), à l'entrée de ce havre. Tous les remparts, les bastions, les contrescarpes et les demi-lunes étaient faits de fascines et de terre.

Le circuit de la ville, à l'intérieur, était hérissé d'un nombre infini de palissades, s'entrecroisant et présentant des pointes de toutes parts.

À chaque marée, la mer entourait Ostende, en faisait une presqu'île, et se portait à plusieurs lieues à l'intérieur du pays. Le grand nombre de canaux et de marais qui venaient y aboutir de tous côtés, rendaient la place pour ainsi-dire inaccessible, même à marée basse.

La ville avait deux portes pratiquées dans la terrasse du rempart, l'une à l'ouest, l'autre à l'est. Par la première, on pouvait entrer à marée basse à pied sec; il fallait en tous temps une embarcation pour sortir par la seconde.

Les écluses ou retenues d'eau étaient une des principales forces de la place. Elles se trouvaient entre les bastions d'Ouest et d'Helmont ou Bouche-d'Enfer. Le méca­nisme de ces écluses était au Porc-Épic , raison qui rendait ce ravelin de grande importance.

Depuis quelques années, les archiducs avaient fait élever plusieurs forts à l'entour d'Ostende, afin d'empêcher le maraudage de la garnison. Les principaux étaient ceux d'Albert, dont on aperçoit encore les restes à l'ouest contre la mer; d'Isabelle, vers le sud et plus rapproché de la ville; de Sainte-Claire, à pareille distance de la place entre le sud et l'est ; de Saint-Michel et de Breedene, à l'est. Sur une plus grande courbe, se trouvaient ceux de Snaeskerke, d'Oudenbourg, de Blankenberghe, etc., en tout au nombre de dix-huit.

Selon quelques-uns, les Espagnols établirent une digue à travers les marais et hors de portée du canon de la place, qui, commençant au fort Albert et allant aboutir au camp d'Est, servait de communication entre les deux camps assiégeants.

Les fascines dont les fortifications étaient faites, comme celles qu'on employa à l'élévation des forts, digues et retranchements et à couvrir les marais, avaient été prises dans les forêts voisines coupées depuis.

Nous ferons remarquer, de nouveau, qu'à l'époque du siège, le Santhil, bastion principal de la vieille ville, s'étendait, à peu de chose près, aussi loin en mer, que l'extrémité de la dernière estacade, que l'on aperçoit aujourd'hui à l'ouest, et que les dunes dépassaient le point extérieur de ce bastion. En tenant compte de la distance que les dunes ont reculée depuis, on comprendra que la plateforme, dont nous parlerons, était élevée sur la plage que la mer ne laisse maintenant à découvert qu'à marée basse.
Ostende était devenu, pour les États confédérés, de la plus grande importance. En conservant cette place, ils comptaient se rendre maîtres plus tard de toute la côte, et donner ainsi de continuelles inquiétudes à l'Espagne. Maurice espérait même que le mécontentement qui régnait généralement dans les provinces soumises, contre la domination espagnole, pourrait bien, en dernière analyse, le mettre en possession de tous les Pays-Bas.

On avait prévu depuis longtemps que l'archiduc Albert serait contraint de mettre le siège devant Ostende. Les confédérés avaient pourvu la place d'une nombreuse garnison, de munitions de guerre et de bouche, en abondance.

La communication par mer, que l'archiduc, à défaut de marine, ne pouvait empêcher, permettait d'opposer une longue et vigoureuse résistance. L'argent, ce nerf de la guerre, manquait aux infants qui gouvernaient la Belgique.

Les garnisons des forts, élevés à l'entour d'Ostende, n'étant point ou mal payées, se mutinaient, et, au lieu d'empêcher le maraudage, comme elles en avaient mission, elles s'y livraient elles-mêmes. Déjà le colonel Vanderlanen avait été massacré par ceux du fort Isabelle, pour avoir voulu les ramener au devoir. Les habitants de la Flandre, et particulièrement ceux de Bruges et du Franc , dont le commerce et les propriétés souffraient de l'état des choses, suppliaient l'archiduc d'assiéger Ostende, lui promettant un subside de douze cent mille florins.
L'archiduc avait reçu un à-compte, et, comme s'il eût voulu tenir parole, était venu à la tête d'une armée devant la place. Mais ayant lui-même, en personne, de nuit, reconnu les fortifications, il était reparti pour Bruxelles, où il songeait à d'autres moyens. S'il faut en croire Flemming et Van Hasten, ce prince, désespérant de la force de ses armes, aurait fait tenter d'empoisonner le gouverneur ainsi que toutes les eaux d'Ostende, sans réussir toutefois. Ce serait encore lui qui aurait fait attenter lâchement aux jours du prince Maurice, et il se serait confessé de ces deux crimes le 14 avril 1598.

Les États de Flandre, à force d'instances, étaient enfin parvenus à résoudre l'archiduc. Ils lui accordaient, outre la contribution ordinaire de quatre-vingt-dix mille florins par mois, la somme de six cent mille florins, savoir : cent mille quand il se présenterait avec son armée en vue de la ville; cent mille quand il aurait fait pointer le canon sur la place; autant après avoir fait brèche, et trois cent mille lors de la reddition.

A ces conditions, l'archiduc arrive avec une armée le 4 juillet 1601 à Oudenbourg; envoie le même jour son premier maréchal de camp, Frédéric de Berg, s'établir avec quatre régiments à l'est de la ville, dans les dunes.

Le lendemain de Mexia, gouverneur de la citadelle d'Anvers, se campe à l'ouest avec cinq régiments, et Frédéric de Berg commence à tirer avec quatre pièces de siège.

C'était Charles Vandernoot qui commandait la place ; ses premiers soins furent de se débarrasser des femmes, enfants et vieillards qu'il expédia sur la Zélande. La garnison n'était pas nombreuse alors. Les bourgeois d'Ostende prirent les armes et la renforcèrent. On prit des précautions sur tous les points. On fit bonne contenance.

Les Espagnols commencèrent par braquer douze pièces de calibre sur la dune la plus proche à l'ouest, et établirent une batterie sur la grève, qui rendit l'entrée du port extrêmement dangereuse. On forma le camp qui fut entouré de tranchées , de remparts et de palissades.

Bientôt on ouvrit la tranchée à trois cents pas de la contrescarpe , tirant des dunes vers les marais. On creusa toute une nuit, et au point du jour on fit retirer les travailleurs, la tranchée n'étant pas encore assez haute pour s'abriter. L'assiégé n'eut pas plus tôt aperçu ce commencement de travaux, que le canon des bastions du Sud, de l'église, et de la courtine de la porte d'Ouest au Helmont le battit sans discontinuer. Au bout de six jours, on parvint au pied d'une élévation qui fut élargie avec des fascines et fortifiée à l'épreuve du boulet. Après avoir jeté une batterie au sommet de ce fort, Monroy, chef espagnol, fit faire une nouvelle tranchée plus avancée, que l'on garantit, contre une sortie, d'épaisses herses et de râteaux à longues pointes entrecroisées. Quinze cents hommes travaillaient à cette tranchée, que Monroy ne quittait ni de jour ni de nuit.

Un autre chef rivalisait, avec Monroy, de courage et de fatigues dans ces travaux difficiles. C'était Catris , colonel belge. Catris avec ceux de sa nation va plus avant que Monroy , et lire une nouvelle tranchée du fort que celui-ci venait d'élever, vers la mer, pour attaquer le Porc­Épic ou se porter sur le Santhil.

Chacun de ces vaillants chefs avançait de son côté avec une ardeur incroyable, espérant être le premier à en venir aux mains avec l'assiégé.

Quarante pièces vomissaient sans cesse boulets et mitraille sur les approches. La contr'escarpe paraissait continuellement en feu, tant sa mousqueterie était nourrie. On compta pendant les sept premiers jours au camp espagnol, sept cents morts, parmi lesquels une vingtaine de gentilshommes volontaires de toutes les nations, et presque le double de blessés.

Le 14 , la place jette douze cents hommes sur les tranchées. Deux capitaines, à la tête de leurs mousquetaires, se précipitent sur celle de Monroy. Beaucoup de soldats amis et ennemis, tombent ou morts ou blessés. Deux autres capitaines secondent les premiers avec un gros de piquiers, et cherchent a pénétrer dans la tranchée par l'extrémité sud. Monroy leur tient tête. Les confédérés s'efforcent d'entrer, les Espagnols de les repousser. On se bat longtemps sans que l'on sache de quel côté tournera la victoire.
Dans ce moment un cinquième capitaine des confédérés, nommé Brixaut, vient à la tête de trois cents hommes, pour se porter sur la partie de la tranchée qui aboutit à la mer ; il est attaqué par flanc à l'imprévu, mis en déroute et forcé d'avancer sur les travaux de Catris qui l'accueille rudement. Brixaut reçoit un renfort de cent hommes et tente d'entrer par un endroit où la tranchée paraissait plus accessible. Le combat s'acharne ici à toute outrance, chacun faisant son mieux pour attaquer ou pour se défendre. L'enseigne du Frène, jeune Belge, brave et bouillant de courage, avec quelques gentilshommes français, grimpe, malgré toute résistance, et se jette dans la tranchée, où il est tué lui cinquième. Son capitaine, voyant peu d'apparence de mieux réussir, se retire en laissant cinquante morts : sa retraite se fait avec confusion; quatre gentilshommes volontaires français avec vingt-cinq soldats belges le poursuivent la pique dans les reins et lui tuent encore une trentaine d'hommes.

Au fort Monroy la lutte n'était pas moins acharnée. Peu s'en fallut que la tranchée ne fût forcée. Le capitaine La Costière, ayant fait un effort désespéré, franchit l'entrée et faisait déjà reculer les Espagnols, lorsque Monroy accourant avec de nouvelles troupes, fond sur les confédérés, qui, refoulés, opèrent leur retraite, sous la protection du canon du rempart, après avoir perdu cent cinquante hommes et en avoir tué quatre-vingts aux assiégeants.

La France et l'Angleterre étaient à cette époque ennemies de l'Espagne. Dès qu'elles surent que l'archiduc assiégeait Ostende, elles s'empressèrent d'y envoyer du secours. Le général anglais sir Francis Vère, le même qui contribua puissamment au succès de la bataille des Dunes, arriva le 15 avec sept mille hommes, tant Anglais que con fédérés.

Porteur d'instructions secrètes de sa reine, Vère, d'un caractère altier, astucieux et résolu, sut bientôt s'emparer de la suprême autorité de la place. Une grave mésintelligence éclata à ce sujet entre lui et Vandernoot; mais ce dernier fut rappelé momentanément en Hollande, et Vère commanda seul avec le titre de gouverneur.

Le canon grondait sans cesse avec une fureur égale des deux côtés ; il saccageait la place, lézardant les maisons, enlevant les toitures, abattant les monuments.

On avait fait plusieurs sorties qui avaient coûté beaucoup de monde aux Espagnols : de Mexia avait été blessé, un maître de camp tué, et le camp de l'archiduc s'était renforcé de nouvelles troupes d'Italie. Ostende avait reçu aussi du renfort et notamment des Belges ou nouveaux gueux. Le havre d'Ouest étant devenu inabordable, à cause de la batterie de la grève ; on avait percé la contrescarpe d'Est, par où les navires des confédérés entraient désor­mais pour se loger dans les fossés. Les Anglais creusaient le marché aux légumes et s'y abritaient Contre les boulets qui pleuvaient sur la ville.

La garnison étant nombreuse et fort à l'étroit, le bombardement y faisait un terrible carnage. En peu de temps, plus de six cents hommes y avaient été tués.

Au sud de la ville, il y avait quelques parcelles de terre que la mer n'inondait pas et dons la principale aboutissait aux fortifications. En s'emparant de ce terrain, la place ôtait aux assiégeants la possibilité d'y prendre position, ce qui était d'autant plus à craindre qu'elle était moins forte de ce côté ; c'était aussi donner plus d'espace à la garnison. Ces raisons décidèrent le gouverneur Vère à y jeter des redoutes, auxquelles on donna le nom de carrés. Il y avait le carré du Sud, le carré du Polder et le carré d'Ouest, ou fer-à-cheval, qui était le plus important.

Les chefs belges dans l'armée assiégeante avaient déjà émis l'opinion qu'il fallait approcher de la place par ces polders, ne fût-ce que pour empêcher la garnison de s'étendre de ce côté ; le colonel Catris seul en avait apprécié toute l'importance, et il avait vu sa vieille expérience sacrifiée à l'envie et à la jalousie des officiers espagnols.

Instruit et plein de zèle pour le bien public, il leur reprocha avec aigreur, dans une assemblée, la bévue qu'ils avaient commise, leur lenteur habituelle dans toutes leurs actions et en produisit plusieurs exemples très-préjudiciables au roi. Il se moqua des raisons qu'ils avaient coutume d'alléguer contre les bons conseils qui ne venaient point d'eux et qui se bornaient à un éternel refrain de ces phrases Cela ne convient pas... ; ça n'a pas été par le passé en usage parmi nous...  et autres réponses semblables. Il les accusait encore de procéder toujours de même dans des choses différentes et de préférer la fastueuse nomenclature des victoires passées à la raison et à la prudence actuelles.

Catris formula sa plainte, et de Mexia, qui commandait l'armée de siege, l'envoya à l'archiduc en y ajoutant son avis particulier. Le colonel belge en ce moment poussait ses approches vers le ravelin du Porc-Ëpic, malgré les embarras que les chefs espagnols lui suscitaient.

Lorsque l'archiduc eut pris connaissance de sa plainte, il ordonna de poursuivre ces travaux en toute diligence, d'agrandir de moitié le fort du maitre de camp Anthunez, de l'armer de quatre canons, dont deux donneraient sur la porte d'Ouest et les autres sur le polder. Cet ordre s'exécutait.

Vère, qui s'aperçoit qu'on veut l'emprisonner dans la place, fait des sorties afin de détruire les approches. Six cents Anglais, sous le commandement du chevalier Horace Vère, son frère, courent tête baissée droit au fort Anthunez. Ils l'attaquent par tous les côtés à la fois. Repoussés d'abord, ils reviennent à la charge et la lutte s'engage pique à pique. Tandis que ceux-ci en étaient aux mains, trois cents Français, dont beaucoup de gentilshommes volontaires, moitié piquiers, moitié mousquetaires, tombent de la contr'escarpe sur une tranchée qu'Anthunez avait ordonné d'abandonner si on l'attaquait avec des forces supérieures. Les Français pénètrent jusqu'à la grande tranchée, où se trouvait en personne Anthunez, et peu s'en faut qu'ils n'en forcent l'entrée. En un clin d'œil les Espagnols perdent cinquante soldats. Le reste, ébranlé, prenait la fuite, lorsque transporté de colère, l'épée à la main, Anthunez les arrête par cette incartade : i Où courez-vous, hommes lâches et timides, indignes du beau nom de soldat ? Ne voyez-vous pas que votre seul salut consiste à montrer les dents à ceux qui vous attaquent ? Mais passez si vous le pouvez, ce sera par l'honneur que je professe à la pointe de cette épée, à moins que la peur qui vous transporte vous fasse bondir par-dessus ces hautes tranchées. N'oubliez pas au moins d'aller dire par les cabarets du camp, que vous avez laissé Anthunez le Chenu faisant tout seul tête à ceux que vous n'avez osé regarder en face.

La honte de voir ce vieillard leur donner l'exemple du courage, les retient ; tous font face aux assaillants, combattent et les forcent à la retraite.

Mille Anglais s'étaient portés en même temps au fort Valdez, situé à l'extrémité des travaux, contre les marais, encore sans canon, mais défendu par cinq cents hommes déterminés. Valdez occupait le poste le plus périlleux, donnait l'exemple de la témérité. L'arquebusier espagnol, affûté sur le parapet, ne lichait coup qui ne portât et le piquier attendait résolument l'agresseur. Tandis que l'assiégé, devenu ici assiégeant, entretenait le front du fort, ses piquiers, à la voix de leurs chefs, l'escaladaient en un endroit peu élevé pour s'y jeter à corps perdu ; mais n'ayant aperçu qu'une forêt de piques, ils s'étaient retirés. Alors les artificiers s'avancent, lancent dans ce fort des grenades, des matières inflammables dont les assiégés neutralisent les effets en les étouffant sous des peaux de bœuf crues et trempées, que l'on tenait apprêtées.

L'assaillant tourne autour du fort, et cherche à faire une dernière tentative. On attaque, on se défend, on se cramponne aux fascinages, on veut escalader, mais on est repoussé. L'ambition de paraitre audacieux se mêle à la rage et au dépit d'avoir si peu exploité avec tant de force. La témérité remplace la vaillance. Le capitaine se bat comme le simple soldat. On escalade de nouveau, mais en vain. L'assaillant, toujours repoussé, se retire en désordre.

Cependant le capitaine Fares, avec quatre cents Français, tentait de forcer une tranchée un peu écartée des autres où commandait un enseigne belge, nommé Sailly; mais une compagnie espagnole, qui se tenait en embuscade, sort à l'improviste, l'attaque pique à pique, met la confusion dans ses rangs et lui fait rebrousser chemin.

Huit cents hommes se tenaient encore prêts à assaillir ce fort. Or une autre troupe d'Anglais étant accourue sur le lieu, un jeune hidalgo, prévenant l'ordre qu'il avait reçu, s'élance avec sa compagnie au secours de ses compatriotes. La cavalerie, qui devait déboucher au moment où cette compagnie se montrerait, arrive mal à propos, à franc étrier. Les confédérés sont entourés, attaqués ; ils cherchent à fuir, les Espagnols à les en empêcher. On se bat à outrance, pêle-mêle. Les confédérés pourtant se frayent passage ; mais arrivés à un fossé où une autre troupe d'Espagnols les attendait, ils ne parviennent à le franchir qu'après avoir perdu cent soixante hommes, beaucoup d'officiers et une vingtaine de volontaires gentilshommes.

Le fort Valdez, ayant reçu sa batterie, commença peu après à tirer sur la ville.

Tels furent les premiers efforts des combattants dans une lutte qui ne devait finir que trois ans plus tard.

Le général Vère, blessé à la tête, venait de se faire transposter en Zélande pour se rétablir. Le colonel Uchtenbroeck avait pris le commandement de la place. On était au milieu du mois d'août. Les assiégeants étaient arrivés à quarante mètres de la demi-lune d'Ouest. La mer inondait souvent leurs travaux et les détruisait de temps en temps de fond en comble. Il fallait alors recommencer. Pour remédier à ces retards, ils élevèrent à peu de distance du havre, un fort en fascines, semblable à une citadelle, qu'ils appelèrent plate-forme. Les assiégés lui don­nèrent le nom de Mont-Hulin, ou Grand-Chat.

On avait tiré jusqu'alors plus de trente-cinq mille boulets sur les remparts, sans pouvoir faire brèche. Les boulets se logeaient dans les fascines dont les fortifications étaient construites et en faisaient des murailles de fer. Le camp espagnol comptait déjà trois mille morts. Les blessés, au nombre de sept mille, encombraient les hôpitaux de Flandre et du Brabant.
Vère, guéri de sa blessure, rentra à Ostende, le 19 septembre. Ayant reconnu les travaux des assiégeants, il prévit qu'on se porterait sur la place par le fort Sainte-Claire. Il prit donc des précautions de ce côté ; mais il ne put empêcher que le comte de Berg ne vint momentanément prendre position dans les carrés des polders encore inachevés. Le comte de Bucquoi avait remplacé de Berg, dans le commandement des travaux de l'est, qu'il poussa bientôt jusque contre le havre, où il établit plusieurs forts, dont le feu faisait essuyer de fortes avaries aux navires qui franchissaient le passage. La mer détériorait aussi souvent ces travaux, que la place canonnait sans interruption.

Les Espagnols gagnaient du terrain et tiraient nuit et jour de toute leur artillerie. D'un autre côté, les confédérés faisaient de continuelles et meurtrières sorties et les renforts leur arrivaient malgré tous les obstacles.

Les États-Généraux cherchaient par tous les moyens à faire renoncer l'archiduc à ce siège. Dans ce but, Maurice était allé assiéger s'Hertogenbosch ; mais à l'approche d'une armée espagnole, partie d'Ostende, Maurice leva le camp, et permit à l'archiduc de concentrer de nouveau toutes ses forces sur cette place.

A cette époque, le canon d'Ostende avait mis en émoi toute l'Europe qui attendait avec un intérêt toujours croissant l'issue du combat. Les étrangers, et les étrangers de distinction surtout, de tous les pays, affluaient dans les deux camps, soit par simple curiosité, soit pour pouvoir se glorifier d'avoir pris part à l'événement.

L'archiduc avait déclaré aux États de Flandre, qu'il poursuivrait le siège jusqu'à la dernière extrémité. En conséquence, les États lui avaient accordé de nouveaux subsides, ainsi que les six cent mille florins qui lui avaient été promis ; il recevait en outre mensuellement la contribution de quatre-vingt-dix mille florins. Le siège se poursuivait donc sans relâche et sur tous les points.

Cependant, ni l'impatience belliqueuse de l'infante Isabelle, qui, de temps à autre, mettait le feu aux pièces et grondait au camp lorsque le canon ralentissait ; ni le vœu que, dit-on, cette princesse avait fait de ne pas changer de chemise avant qu'Ostende ne fût rendu, vœu, qui du reste justifiait son impatience ; ni de longs et pénibles travaux , n'avaient amené jusqu'alors aucun résultat réel.

L'archiduc s'apercevait, avec douleur, que les difficultés augmentaient à mesure qu'on approchait du but, et que son armée diminuait chaque jour. Tous ces motifs le décidèrent à assaillir la place. Un assaut fut ordonné. Il eut lieu le 21 décembre 1601, dans la nuit, et ne valut aux assiégeants que l'honneur d'avoir incendié une partie des palissades de la vieille ville et d'avoir à déplorer la mort d'un grand nombre de braves de plus.

Les défaites de l'archiduc n'empêchaient pas que les assiégés ne se trouvassent aussi dans un état très inquiétant. Outre qu'ils avaient perdu beaucoup de monde dans ce dernier assaut, et qu'ils étaient trop peu nombreux pour défendre longtemps les forts extérieurs, ils commençaient à manquer de munitions : les vents contraires n'avaient pas permis depuis longtemps l'arrivage de navires.

Pour surcroît de malheur, une tempête avait récemment apporté tant de dégâts à la vieille ville, que l'on avait à craindre autant de la mer que de l'assiégeant.

Dans ces circonstances critiques, Vère eut recours à la ruse afin de gagner du temps. Voici comment il s'y prit.

Il convoqua le conseil de défense, non pour savoir ce qui lui restait à faire, car son projet était irrévocablement arrêté, mais pour mieux cacher le but qu'il voulait atteindre. Après avoir longuement discuté l'avis de chacun, il feignit de vouloir capituler avec l'archiduc, mais d'une manière digne, disait-il, de sa haute réputation. En conséquence, un de ses capitaines fut envoyé au camp espagnol, afin d'obtenir préalablement une suspension d'armes de quelques jours qui serait garantie par un échange d'otages.

Ces propositions préliminaires ayant été acceptées, les capitaines Ogleet Fairfax se rendirent au quartier général de Son Altesse, au fort Albert. Elle leur demanda s'ils étaient porteurs d'instructions pour traiter de la capitulation de la place. Sur quoi ils répondirent qu'ils venaient seulement comme otages contre ceux que Son Altesse croirait devoir envoyer à Ostende.

L'archiduc désigna donc en échange de ces capitaines, Rybas, gouverneur de l'Écluse et Anthonis sergent-major. Mais Vère, qui voulait trainer la négociation en longueur, n'attendit même pas que ces officiers fussent arrivés pour trouver un prétexte. Au moment où ils entraient à Ostende, il fit faire une fausse alarme du côté de la vieille ville. S'en montrant très irrité, et l'attribuant à une violation des préliminaires de la part des Espagnols, il ne voulut même point les recevoir jusqu'à ce que, disait-il, il fût mieux informé des intentions de leur maitre.

Le lendemain les otages furent de nouveau échangés.

On s'assembla. On entama les délibérations. Vère commença par faire des propositions inacceptables. Il demandait à sortir de la place avec tous les honneurs de la guerre ; il voulait qu'on lui accordât un temps illimité pour emporter toutes les provisions de guerre et de bouche, et qu'en outre l'archiduc payât comme gratification une somme aux soldats de la garnison.

Cependant l'archiduc accepta toutes les propositions, à l'exception toutefois de celle relative à la gratification. Mais Vère insista sur ce point ; car cet argent était, disait-il, destiné à récompenser ses soldats qui, durant le siège, avaient si vaillamment combattu.

Toutes ces inutiles allées et venues, ces délibérations, ces otages, aboutirent à lui faire gagner du temps, ce qui était son seul but.

La suspension d'armes avait amené une affluence incroyable d'étrangers désireux de voir l'état du siège. Les archiducs vinrent avec une suite des principaux seigneurs du Brabant et de la Flandre, et de nobles dames, à cheval, examiner les innombrables retranchements, forts et attirails de guerre dont les alentours étaient couverts.
Bientôt l'apparition sur la rade d'une flottille de vingt-, trois navires vint mettre fin à la haute comédie, dans laquelle l'archiduc avait rempli, sans le savoir, le principal rôle, et le plus naturellement du monde. Courroucé à l'extrême, ce prince dépêcha aussitôt un parlementaire au gouverneur, afin de connaître ses intentions sur les négociations commencées.

Vire répondit, en toute sincérité cette fois, que le manque de munitions, et les vents contraires qui ne lui avaient pas permis d'en recevoir, l'avaient forcé à feindre une capitulation; qu'en agissant ainsi, il n'avait eu d'autre but que de gagner du temps; mais qu'étant enfin en possession du renfort tant attendu, il ne pouvait pas continuer les négociations avec honneur: ajoutant qu'il espérait que Son Altesse ne lui conserverait point rancune de ce que, en sa qualité de commandant supérieur de la place, il eût employé les meilleurs moyens de la conserver, d'après les maximes de guerre admises chez toutes les nations. Il remit aux otages une réponse écrite, signée par lui et tous les officiers composant le conseil de défense, ainsi conçue :
"Des raisons importantes nous ont porté à entrer en négociations avec les plénipotentiaires de Votre Altesse ; mais au moment où nous allions signer la capitulation, est apparue sur la rade une flottille de navires, avec de nouvelles troupes, des provisions de guerre et de bouche. Les chances de succès n'étant plus les mêmes pour Votre Altesse, nous n'avons pas trouvé convenable que les négociations fussent continuées. Nous espérons qu'elle ne verra dans notre résolution rien qui soit contraire aux devoirs de braves et fidèles soldats.

Donné et signé à Ostende, le 25 décembre 1601, au conseil de défense.

Justement irrité d'avoir été joué, l'archiduc crut qu'un assaut général lui donnerait occasion d'assouvir sa vengeance. Il fit réunir les principaux chefs et leur parla en ces termes :
"MESSIEURS,
L'indigne conduite du gouverneur d'Ostende a inspiré à vos nobles cœurs le désir de vous venger. Sans parler de votre inviolable attachement au roi, notre auguste maitre, votre intérêt tout personnel s'accorde avec votre juste indignation. Le fallacieux Vère ne vous a-t-il pas arraché des mains une victoire sûre et inévitable ? Mais le ciel qui punit le parjure et la trahison a mis les assiégés à notre merci. La tempête qui vient d'avoir lieu est un effet de la justice divine, qui a soulevé contre ces hérétiques l'élément sur lequel ils fondent toute leur confiance.

Songez que les vents et la mer, justement irrités contre de tels hommes, ont causé plus de dégâts aux fortifications de la ville, dans un jour, que nous eussions pu faire avec toute notre artillerie dans l'espace d'une année.

La mer a rendu les ouvertures beaucoup plus grandes qu'elles ne l'étaient au temps où ces misérables, tremblant de peur, gagnèrent quelques jours au moyen d'une prétendue capitulation.

ll est évident que la puissance divine nous protège. Implorons du Très-Haut la bénédiction de nos armes. Vous, messieurs, et vos soldats, vous êtes les ministres exécuteurs de ses impénétrables décrets. En conséquence, c'est à vos bras, qu'avec Dieu, je confie le succès de l'assaut, et qui ainsi ne saurait être douteux.

Hâtez-vous donc de vous mettre à !'œuvre. Combattez avec le courage du soldat chrétien, et rappelez-vous que vous avez affaire à un ennemi fourbe et hérétique, révolté contre son prince légitime et traître à la patrie."

Après cette allocution, on régla l'ordre de l'assaut, qui devait se donner le soir à marée basse. L'infanterie espagnole et l'infanterie italienne, commandées par les meilleurs capitaines, devaient se porter sur les remparts de la vieille ville. Le comte de Bucquoi devait passer en même temps avec son armée le havre d'Est, et donner l'assaut de ce côté ; et afin d'inquiéter davantage les assiégés, on ferait au moment de l'assaut sur divers points, de fausses attaques. Ce fut don Mexia, gouverneur de la citadelle d'Anvers, vieux guerrier qui jouissait de l'estime du soldat, que l'archiduc investit du commandement de l'assaut.
Vère devinait assez au feu continuel de tous les forts et aux mouvements du camp espagnol, les intentions de l'archiduc. Il fit mettre sous les armes toute la garnison, lui fit distribuer du vin et de la bière, et après avoir visité tous les postes, donné partout des ordres, il vint à cheval sur la place d'Armes, où, après avoir porté la main au bonnet, il lui parla en ces termes :
"Je ne puis dissimuler la joie que mon cœur ressent, nobles et valeureux capitaines, et vous, braves soldats, en vous voyant si bien disposés à repousser les attaques de ces rodomonts Espagnols, qui, pâles de rage, d'avoir trouvé leur maitre en stratagèmes, semblent vouloir vous dévorer tout vivants. À en juger par leur arrogance, on dirait qu'ils vont vous avaler avec tout ce fer qui vous couvre le corps ! Mais, je vous le demande, mes amis, sommes-nous bien du lard pour leur grognon ? Quant à ce qui me regarde, moi qui suis le principal objet de leur colère, je dois m'attendre sans doute à être écorché vif ou au moins à être jeté dans de l'huile bouillante, et encore dans ce cas, n'aurai-je pas trop à me plaindre de la nation espagnole, elle qui a pour habitude de faire dévorer les étrangers par des chiens.

Les cruautés de cette race maudite ont depuis longtemps dépassé toutes les bornes, et le temps est enfin venu où la terre sera débarrassée de ces misérables.

Comme on les verrait se désaltérer dans le sang ! si cette place, objet de honte pour eux, de gloire pour nous, n'était défendue par vous, braves Français, Anglais, Suisses, Frisons, Belges et Hollandais, qui tous avez juré de résister jusqu'à la dernière extrémité. Comme l'Espagnol vous ferait payer chèrement, en cas de succès, les nombreuses victoires que nos aïeux ont remportées sur lui, en combattant pour la liberté et la patrie ! !

Je suis informé qu'un assaut se prépare et que des ordres sont déjà donnés pour vous égorger tous. Ne dirait-on pas que nous sommes déjà livrés à leur merci, pieds et poings liés?... Malheureuse nation ! Après tant et de si grands revers, ne reconnaîtras-tu jamais ton arrogante impuissance ?

Prouvons-lui que toutes ses menaces sont sans effet sur des hommes libres qui combattent pour la patrie. Agissons avec circonspection, car tout ennemi armé est à craindre, et qui brave son adversaire avant l'action est un lâche !"

Vous m'aiderez de tous vos efforts à conserver cette place, que jusqu'à ce jour vous avez si glorieusement défendue; cette place, tombeau de tant de nos compatriotes, et le théâtre des plus beaux faits d'armes qui se soient passés depuis la prise de la célèbre Troie, et à laquelle sont attachées la gloire de nos illustres maîtres et la vôtre.

Je déclare que j'attribuerai volontiers tout le succès de la défense à votre seule bravoure, que je m'engage à préconiser partout où besoin sera. Je déclare encore publiquement sur l'honneur qui m'est cher, que tous ceux qui se seront bien acquittés de leur devoir recevront en outre, par moi ou par mon entremise, de l'avancement ou autres récompenses.
J'aurai l'œil sur tout et j'apprécierai la conduite de chacun sans distinction de nations ou de personnes"

Cette harangue produisit un enthousiasme d'autant plus vif, que, par ordre de Vère, on avait répandu adroitement le bruit que si les Espagnols étaient repoussés, ils lèveraient immédiatement le siège.

Le 30 décembre, l'archiduc fit battre pendant tout le jour et sans interruption avec dix-huit pièces de quarante-huit, le Santhil, le Helmont ou Bouche-d'Enfer, et le Porc-Épic, qui reçurent dans leurs flancs plus de deux mille boulets. Le canon fit plusieurs ouvertures, principalement au Santhil que l'on croyait pouvoir assaillir. A la nuit tombante on cessa, comme de commun accord, de tirer de part et d'autre. L'archiduc vint dans les retranchements donner ses derniers ordres. L'armée assiégeante, disposée en colonnes d'attaque, se tenait dans le plus grand silence.

Vers les huit heures, la marée s'étant suffisamment retirée, une décharge de trente coups de canon donna le signal de l'assaut. La cavalerie force l'infanterie d'avancer ; celle-ci se porte avec grand nombre de ponts légers et d'échelles sur la vieille ville. Le canon gronde furieusement des deux côtés. Des milliers de feux improvisés sur les remparts éclairent comme en plein jour le lieu du combat, et permettent aux assiégés de reconnaître le véritable point d'attaque. Les assiégeants avaient cru pouvoir escalader la vieille ville par les ouvertures que la mer avait minées dans son rempart ; mais ces brèches avaient été soigneusement barricadées. Nonobstant, trois fois ils montent à l'assaut, et trois fois ils sont repoussés avec grande perte.

Le comte de Bucquoi n'ayant pu passer le havre d'Est, au moment convenu, à cause qu'il y trouva plus d'eau qu'on n'avait pensé, l'assaut de ce côté n'eut point lieu. Son armée se tenait prête avec des ponts et autres appareils ; mais voyant que ceux de l'Ouest avaient échoué dans leur tentative et qu'elle ne pouvait les aider, elle se retira sans avoir rien effectué, et l'assaut cessa aussitôt sur tous les points.

Vère avait à dessein dégarni des retranchements qu'il avait établis au sud de la ville. L'assiégeant n'eut rien de plus pressé que de s'en emparer. C'est ce que voulait le gouverneur, car, dans ce moment, il fit jouer les batteries du polder, du bastion du Sud et des demi-lunes, lui fit essuyer des pertes considérables en hommes et l'obligea à se retirer.

Deux grosses pièces, placées au flanc droit de la porte d'Ouest, chargées à mitraille et donnant le long du Porc-Epic et du Sanihil, causaient d'affreux ravages parmi les assiégeants qui allaient à l'assaut ou qui s'en retournaient. Enfin la marée étant assez haute, Vère fit lâcher toutes les écluses à la fois, et, tombant en même temps sur les assaillants, en fit un carnage épouvantable et leur prit toutes leurs échelles et leurs ponts.

Tout autour du Santhil, jusqu'à l'église de la vieille ville, du Porc-Épic, de la demi-lune d'Ouest, partout la terre était jonchée de morts. Le lendemain on trouva, sur la grève jusqu'à Calais, nombre de cadavres que la mer avait entraînés.
L'archiduc perdit deux mille hommes, dont plusieurs chefs, entre autres deux maîtres de camp. De Mérode, de Prouvain, de Beloeil, de La Fontaine, de Villars et de Witt, gentilshommes belges, prirent part à l'attaque. De Longin, de Beloeil et de La Fontaine y furent tués.

Un troisième assaut général fut donné huit jours plus tard, où les Espagnols, après avoir perdu beaucoup de monde, furent encore repoussés.

Le lendemain de cette expédition, on trouva parmi les morts, sous les remparts, le corps d'une jeune femme de la plus grande beauté, en habits d'homme. Cette infortunée portait au cou, une chaîne d'or, garnie de pierres précieuses, à laquelle était attaché un médaillon renfermant le portrait du gouverneur Vère. Trahie par Vère, cette femme avait cru se venger de son abandon eu venant se faire tuer sous ses yeux.

Tels furent les résultats de ces trois assauts, des plus remarquables qui se fussent donnés depuis longtemps. Ces défaites diminuèrent encore considérablement l'effectif de l'armée assiégeante et jetèrent de plus le découragement dans tous les cœurs.

Quelques chefs conseillaient de lever le siège, mais comprenant combien cette retraite enticherait son nom, l'archiduc résolut de le continuer à tout prix.

 

A SUIVRE

 

 

 

 

 

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