BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
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Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

Histoire de la ville d'Ostende et du port (III)

 

OSTENDE DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU SIEGE DE 1601 - 1604


Ostende ne peut guère se flatter d'une origine très ancienne et encore moins glorieuse. Il ressemble en cela à la plupart des villes de la Flandre et surtout à celles qui avoisinent lamer. Ceux qui ont voulu y placer un port ainsi qu'à Furnes et Scharphoudt, lors de l'invasion romaine, n'ont pas songé que l'état de nos côtes à cette époque reculée, rend d'abord leur hypothèse tout à fait impossible.

Bowens rapporte que Jules-César, en parlant des divers peuples de la Belgique, dit que le littoral de ceux de Gand (Garduni) s'étendait jusqu'à la mer et qu'il y avait un port gardé par des soldats Nerviens. Citant d'Anville qui y voit le port Épatiac dont il est fait mention dans les Commentaires de César, et qu'on ne sait encore où mettre, Bowens ajoute que, quelque vraisemblable que soit l'opinion de d'Anville, il y a une présomption non moins forte en faveur d'Ostende ; présomption qu'il trouve dans la situation des lieux, dans les grandes criques et arrières-eaux qui ont dû, selon lui, y exister de tout temps et ont pu naturellement y creuser un port. S'il était vrai, comme le présume cet auteur, qu'Ostende existait à l'arrivée des Romains, et qu'alors il y avait des criques et arrières-eaux, on pourrait admettre que cette cité possédait déjà alors un port, et, à la rigueur, que ce port ait pu être aussi bien que tout autre de la côte, le port Épatiac de d'Anville; mais là encore se bornerait toute la présomption.

Quant au Portos Itius, d'où César fit sa première expédition sur l'Angleterre et avec lequel on est presque aussi embarrassé qu'avec le port Épatiac, il est hors de doute que les auteurs qui l'ont placé à Furnes, Ostende, Scharphout et même à l'Écluse, ont été plus désireux d'enrichir le pays d'un souvenir historique, que soigneux de rechercher la vérité, car on sait que la Morinie ou la Ménapie, où ce port aurait dû se trouver, couvertes de forêts et de marais, tinrent bon à l'approche des armées romaines ; que les armées romaines, lors de la première expédition de César sur l'Angleterre, n'avaient pas encore pénétré dans la Morinie; qu'au contraire elles en avaient été repoussées avec perte , qu'enfin ce ne fut qu'à son retour d'Angleterre, que César, voulant en finir avec les Morins, forma et fit exécuter en partie le projet d'abattre les forêts afin de faire la conquête de leur pays.

Si donc la côte de Flandre, comme on le suppose, avait un port à cette époque, il est établi que la bravoure que les Morins déployèrent à défendre leurs frontières, ne permit pas aux Romains de venir s'y embarquer. C'est là un souvenir historique plus glorieux pour les Belges, que ne le serait celui de voir César séjourner en conquérant chez eux.

Hâtons-nous de démontrer que toutes ces hypothèses sur l'état de nos côtes au temps de Jules-César sont inadmissibles. On vient de voir dans la notice que la tourbe que l'on rejette sur l'estran dans les gros temps provient des marais dont parle Jules-César; que les objets d'art que l'on découvre fréquemment entre la tourbe et la couche de glaise qui y est superposée, donnent la certitude que la première invasion de la mer depuis sa retraite {que M. Belpaire fait remonter au déluge universel) a dû avoir lieu pendant ou peu après la période romaine ; qu'il n'a pu exister dans les marais d'une surface unie et beaucoup plus bas que le niveau de la mer, des criques et des arrières-eaux formées par une irruption journalière qui aurait nécessairement détruit la végétation des plantes aquatiques qui ont produit la tourbe que l'on trouve sur toute la côte; qu'au contraire, il a dû exister un obstacle, des dunes, entre les marais et la mer, et que celle-ci n'a franchies qu'au v° siècle. D'où il faut conclure qu'il est physiquement impossible qu'il y ait eu au temps de Jules-César des ports aux lieux où sont situés Furnes, Ostende, Scharphoudt ou Blankenberghe, et même sur toute l'étendue de la côte et à une grande distance en mer où l'on trouve des vestiges des anciens marais.

Le port des Nerviens, dont nous avons parlé plus haut, qui est vraisemblablement aussi le port Épatiac et le Portus Musa donc da se trouver plus au couchant, peut-être dans une partie de la Morinie, qui étant moins boisée et marécageuse, offrait un accès plus facile à l'armée romaine.

En effet, la généralité des historiens, en supposant les raisons qui militent en faveur de Wissant et Boulogne, s'accordent à placer le Portus Mus à cette dernière ville. Il faut encore y placer le port Épatiac, s'il est vrai, comme le dit la notice de l'empire, rédigée au 'commencement du Ve siècle, sous l'empereur Honorius, qu'une division de la flotte romaine, destinée à la défense de ces côtes, se tenait sous les 'ordres du tribun militaire des Nerviens dans le port Épatiac. On a la certitude que Boulogne était le lieu de résidence du tribun commandant la flotte romaine, par la découverte faite le 7 mai 1769 près de cette ville, d'un monument dont une des inscriptions indique positivement que le tribun militaire ayant le commandement de la marine romaine pour les expéditions contre la Grande-Bretagne, résidait eu ce lieu.

On comprendra d'après ce que nous venons de dire, qu'on ne saurait faire remonter l'origine d'Ostende au temps de Jules-César, et qu'il faut de toute nécessité la chercher dans des temps plus rapprochés.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne trouve absolument rien qui concerne Ostende avant le IXe siècle. L'annaliste Meyer est l'auteur qui en parle, sous la date la plus reculée. Selon cet auteur, une charte de 8i4 porterait qu'un certain Gobert de Steenland aurait fait don à l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Orner, de trente-trois petites villes et villages parmi lesquels on remarquerait Ostende. D'abord de peu d'importance, il parait que de fréquentes inondations de la mer, des maladies pestilentielles et l'invasion des Normands, auraient réduit le village d'Ostende à l'extrême misère, et qu'ainsi il serait tombé dans l'oubli jusqu'en 1072, époque à laquelle Robert, dixième comte de Flandre, y fit bâtir une église en l'honneur de saint Pierre, pour qui il professait une vénération particulière. Selon saint Arnolphe, la Flandre était vers 1084 remplie d'assassins ; on était si familiarisé à tuer, qu'on avait honte, lorsqu'on laissait passer un jour sans faire couler le sang. Le pays de Bruges, dont Ostende faisait partie, se rachetait de ce massacre journalier, moyennant une rançon annuelle de dix mille marcs d'argent. On trouve une pièce de 1172, par laquelle Philippe, comte. de Flandre, déclare prendre possession des terres que la mer a abandonnées dans les communes de Slype, Leffinghe, Steene et Onze­lieve-Vrouw-Kapelle. Par cet acte, le comte déclare accorder à perpétuité, pour le salut de son âme et celle de ses ancêtres, la dime de ce terrain aux templiers ; et pour que sa décision soit irrévocable, il la scelle de ses armes en présence de deux témoins dignes de foi, Robert, trésorier de Thourout et chancelier de Flandre, et Rogerus, châtelain de Courtrai, qui y apposent chacun cette marque + en guise de signature. On voit encore qu'à quelque temps de là, le même comte était allé faire la guerre sainte, où il s'était signalé. A son retour, il relâcha au Portugal et y maria Mathilde, princesse royale de ce pays. Mathilde partit de Lisbonne pour la Flandre avec quatorze navires chargés des armes que le comte avait prises sur les Sarrasins et de ses propres joyaux, tandis que lui revenait par Paris en compagnie de ses deux frères. Mais, surprise par des pirates de Cherbourg, elle perdit presque toute sa flotte, et courut même les plus grands dangers pour sa personne. A celte nouvelle, le comte, exaspéré, arme des navires, débarque à Cherbourg qu'il livre au pillage, et s'empare des principaux notables qu'il amène à Ostende, Blankenberghe et Damme, où par ses ordres, ils sont décapités et leurs cadavres exposés sur la grève (1189).

Mais le document le plus ancien et qui est d'une authenticité incontestable, c'est une charte de la comtesse Marguerite, fille de Baudouin de Constantinople, qui établit la commune d'Ostende. Nous la rapportons textuellement.

Nous Margherite, contesse de Flandres et de Haynaû, et nous Gui son fils, conte de Flandres et Marchis de Namur, faisons savoir à tous, ke nous, à nos eschevins et au commun de notre ville de Oosthende, la quelle, avons fais franchir par Wilamme Jadiz, prevost de Mons, notre cher clerc et foiable (féal) , par Philippo de Poulz, adont (autrefois) notre bailli de Bruges, par Michel de Lembeke chevalier, et par maistre Jehan du Mont-Saint-Eloy, notre foiable (féal) clerc à ce banlieu, si comme elle est enseignée et borguée entour (telle qu'elle est circonscrite), avons donné es dunes masures à rente, en cette ville, a céans, ki en suffi. (sont) mis au brief de nos rentes, ke de ce est fait, et a céans ki encore y veûront manoir (viendront y demeurer) et se feront mettre en celui brïef et ki ores en droit y sent manant) , (et qui maintenant y sont de droit habitants), ensi ke si après est deviset (divisé) ; c'est à sa­voir, ke chascune masure contient de front trois vergh de leit (de large) et seit vergh de lonc. C'est à chascune masure vint et une vergh dont chascune doit quatre de­niers. C'est la masure seit sols de la monnoie de Flandres, de rente paier chascun an a nos briefs devant dis, à la Saint-Martin en yver; et selor avons donné une plache pour lor marché tenir franchement sans rente, de qua­torze vergh lone et de onze vergh de leit (de large). Et avons encore octroyé as eschevins et au commun de la ville devant dite , une plache ki contient wit vergh de lonc de front, et sis vergh an a (en aval) de leit, c'est deus masures ou ils doivent faire une halle et retenir a lor coust, dont nous devons avoir l'une moitié des proufiz et les devant dis echevins, et commun l'autre moitié. Et si avons octroyé et octroyons, ke se il avient ke lor beste eschapent par defaut de garde eu nos dunes, ke on ne les prenne ni pour ce a fourfait (qu'on ne les prenne pas en contravention) : si il avenoit qu'ils le fistent par usage ou par costume, ou ke ils les i laissassent trop longhement, or se ensi ils le faisoient nous en voudrions avoir le fourfait en temoignage. Et en conformance de toutes ces choses devant dites, nous avons donné as eschevins et au commmun de la ville de Oosthende, devant dis, les présentes lettres scellées de nos seautz ki furent donnés en l'an del incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, MCC soysante et seit, en la vigile de saint Pierre et saint Pol apostoles, sous les seautz de ladite dame et dudit conte son fils, en laz de soye et cyr vert.

Par ce privilége, Ostende fut élevé de village au rang de ville.

Les armes données à la ville par la comtesse Marguerite, et qui, à ce que l'on croit, étaient une clef noire sur un bouclier d'or, furent brisées en 1303, par ordre de Philippe, comte de Flandre, qui en accorda d'autres, lesquelles se perdirent. Une pièce authentique de 1544, déposée aux archives de la ville, offre une empreinte de ces armes, en cire rouge, à moitié détruite par le temps. On voit d'un côté l'image de saint Pierre, tenant une clef dans la main droite : de l'autre, fortement endommagé, on n'aperçoit qu'un bras, une clef et ces mots : A deo.

Une autre charte de la comtesse Marguerite, de 1270, contient rachat de certains droits qu'avait sur Ostende, le chevalier Waterman, de Gand. Une troisième pièce renferme une convention entre ceux d'Ostende, ceux du Franc de Bruges et la wateringue du sieur Woutermans, à l'effet d'élargir un canal de décharge qui venait aboutir au sud de la ville. Dans un acte des bourgmestre et échevins de l'année 1335 , Ostende se trouve indiqué sous le nom d'Ostende-ter-Streep. Le village de Westende, à l'est de Nieuport, porte la même épithète de ter Streep , dans une charte de 1173. Il faut en conclure que la partie de la côte qui s'étend d'Ostende à Nieuport, se nommait de Streep, et qu'Ostende et Westende tiennent leur dénomination, de ce qu'ils sont situés aux extrémités de est et ouest de Streep.

Lorsqu'en 4334, la mer engloutis Scharphout et Onze­lieve-Vrouw-ter-Streep, Ostende avait tellement souffert de cette tempête, qu'il fallut reculer son église. L'année suivante, le comte Louis permit de la démolir, et cette autorisation fut confirmée par l'évêque de Tournay. La nouvelle église fut bâtie à l'endroit où elle se trouve maintenant sur une mesure de terre qui avait été donnée à cet effet par un pieux habitant, Jacques de Cothem. Toutefois, le comte Louis n'accorda l'octroi nécessaire, qu'à la condition expresse et formelle, que durant sa vie, celles de sa femme et de son fils aîné, il serait dit annuellement une messe du Saint-Esprit, et après leur mort une messe de Requiem pour le salut de leurs âmes, le tout dûment assuré et garanti par actes authentiques, publications et approbations dudit comte, de l'évêque et du magistrat d'Ostende.
Dans la guerre civile suscitée par Louis de Maele, entre les Brugeois et les Gantois (1382), Ostende, qui appartenait à la bannière de Bruges', marche avec sa métropole sur Gand. Pendant ce temps les Anglais débarquent à Ostende, saccagent la ville et les environs et volent au secours des Gantois.

Le terrible débordement de la Saint-Vincent (1393) vint diminuer encore de moitié la ville et inonder une grande partie de l'échevinage. Beaucoup d'habitants ne trouvant plus où rebâtir leurs maisons, s'établirent hors de l'échevinage sur le territoire du Franc de Bruges. C'est ce qui força le magistrat à acquérir deux cent soixante mesures de terre situées au-delà d'une digue haute et longue, élevée depuis peu, derrière la ville, par ceux du Franc de Bruges, contre les irruptions de la mer. Philippe le Hardi accorda, en outre, trois bonniers de dunes pour le même objet.

Le canal de navigation qui avait été creusé en 1284, ayant été supprimé par les nouvelles digues élevées contre les grandes marées, les watering, arrêtèrent en 1443, d'en faire creuser un nouveau, nécessaire à l'écoulement des eaux, et afin aussi d'établir une navigation pour pour Ostende et le pays environnant. Ce canal, comme le premier, venait se terminer au sud de la ville, près l'emplacement de la nouvelle église.

Lors du creusement de ce canal, Ostende n'avait pas encore de chenal qui conduisît directement de la ville à la mer ; de sorte que les pêcheurs étaient obligés d'échouer leurs barques sur la plage, comme cela a encore lieu à Blankenberghe. Cependant il paraîtrait qu'il devait y avoir déjà alors une sorte de havre, peut-être une crique dans les dunes, car l'octroi de Philippe le Bon que nous avons vu, porte en tête : Nouvel havre, accordé d ceux d'Ostende. Toutefois ce document, longuement motivé, ne dit rien de l'ancien havre.

Dans la requête que présentèrent ceux d'Ostende, pour l'obtention de ce havre, ils exposent que les tempêtes enlevaient constamment des parties de la ville tellement considérables qu'on était obligé chaque année d'abattre une ou plusieurs rangées de maisons du côté de la mer; que depuis son agrandissement l'ancienne ville était encore tant diminuée, par l'effet des inondations, qu'il n'en restait plus guère. Ils soutenaient que le creusement d'un havre mettrait fin à cet envahissement ; que ce havre serait d'ailleurs très-utile à la navigation, puisqu'il n'y avait point de port intermédiaire entre Nieuport et l'Écluse, éloignés l'un de l'autre de plus de huit lieues.

L'octroi de Philippe le Bon, ayant été confirmé par Charles VII, roi de France, le havre fut creusé en 1445, à l'ouest de la ville, depuis la mer jusqu'à la digue qui séparait la partie ancienne de la partie nouvelle, bâtie en 1397. Le havre longeait ensuite intérieurement cette digue de l'ouest à l'est dans toute l'étendue de la ville et séparait ainsi les deux quartiers.

Ce fut là l'origine de la prospérité d'Ostende. Elle devint bientôt assez grande pour exciter la jalousie des villes voisines. Les Brugeois prétendirent soumettre les Ostendais à leur droit d'étape et empêcher tout achat ou vente à Ostende, ce qui aurait rendu, disaient les plaignants, parfaitement inutile le nouveau havre qui avait coûté quinze ou seize mille écus à creuser.

Mais ce fut principalement aux villes maritimes de la Flandre que la prospérité naissante d'Ostende porta ombrage, et cela à cause du commerce du hareng caqué ; ce commerce qui avait pris naissance quelque temps auparavant, par suite de l'invention de Guillaume Beukels et de l'Ostendais Kien, s'était porté de préférence à Ostende, où il attirait un grand nombre de marchands étrangers, surtout des Bretons. Les habitants de Nieuport, Damme et l'Écluse, jaloux de cette préférence, se liguèrent contre Ostende et présentèrent en 1483 aux députés des trois Membres de Flandre une requête à l'effet d'obtenir le comblement du port et d'y faire interdire le commerce du hareng. C'était tune pitié, suivant les pétitionnaires, de voir que trois ou quatre très-bonnes villes qui, au dernier transport, arrêté à Oudenbourg, en l408, avaient été taxées dans les charges de la Flandre, savoir : Damme a raison de neuf escalins, l'Écluse de quarante escalins et Nieuport de quatorze escalins par cent livres de gros, fussent ruinées pour un port, taxé seulement à raison de deux escalins six deniers, entièrement ouvert et sans défense, et dont le salut dépendait d'une simple digue. Ostende, ajoutaient-ils, était constamment exposé à l'engloutissement de la mer, comme le faisait assez prévoir le reculement des dunes, lesquelles depuis trente-six ans avaient tellement été rongées, qu'il avait fallu reculer l'écluse du havre de cent vingt-six pieds de Flandre. N'ayant ni mur, ni forteresses pour se défendre, Ostende était exposé à devenir la proie d'une poignée de brigands ou d'ennemis, et ainsi les marchands étrangers, disaient-ils, s'y trouveraient toujours en danger d'être dépouillés.

Les Ostendais objectèrent que leur ville était notable et privilégiée, beaucoup plus ancienne que Damme et l'Écluse; qu'ils avaient toujours été aussi experts que les plaignants à la pêche; qu'il n'y avait pas plus de quatre-vingts ans que le procédé de caquer le hareng avait été mis en pratique en Flandre, et que les Ostendais, les premiers, avaient aidé à le faire, puisque c'était un nommé Gillis Beukels de Hughenvliet et Jacques Kien d'Ostende, qui, les premiers, vers cette époque, avaient fait en mer le hareng caqué ; qu'il se passa beaucoup de temps avant que le commerce en fût établi et que l'on connût la valeur de cette denrée; que maintenant on faisait à Ostende plus du tiers du hareng caqué de la Flandre; qu'avant qu'on ne préparât cette espèce de hareng, les trois villes plaignantes étaient plus florissantes qu'elles ne l'avaient été depuis; qu'ainsi elles n'avaient point da leurs richesses passées au commerce de ce poisson; que le transport de 1408 n'avait point été réglé sur ce commerce qui n'existait pas encore ou était de fort peu d'importance, Beukels et Kien venant seulement de trouver leur procédé à cette époque; et enfin qu'ils étaient depuis trente-huit ans en possession de marquer le hareng, et qu'ainsi ils avaient acquis la prescription. Quant aux dangers de la mer, ils s'attachaient à prouver qu'ils avaient beaucoup diminué depuis le creusement du havre.

Il est hors de doute que Beukels et son compagnon aient introduit un procédé nouveau, car le Mémoire des Ostendais le dit expressément à plusieurs reprises. Ce n'était pas non plus une imitation de ce que l'on faisait en France, puisque les Français venaient eux-mêmes acheter le hareng flamand, et qu'il y est encore dit que le hareng d'Ostende s'envoyait à Paris et par toute la France.

Et, en effet, ce procédé ne consistait pas, comme on l'a prétendu, à mettre simplement le hareng en tonneaux, ou à le saler, ce qui se pratiquait depuis des siècles ; mais à lui enlever les intestins aussitôt ou peu après qu'il était pris, à le faire dégorger dans de la saumure et à le repaquer quelques jours après dans de la saumure sanguinolente.

Il est à remarquer que le Mémoire, dont nous parlons, détruit une opinion généralement répandue, suivant laquelle Beukels aurait vu le jour à Biervliet, où il est mort ; ce Mémoire dit qu'il était né à Hughenvliet. La difficulté est de savoir où était Hughenvliet. Sanderus dit que ce lieu était compté au nombre des villes, en 1309 , et que la mer l'engloutit en 4404, sans savoir du reste s'il doit le placer, dans l'ile de Cadsant, entre l'Écluse et l'Escaut, ou à Saint-Pieters-Capel-van-Huukenvliet dans la paroisse de Slype, près d'Ostende.

Si les Ostendais , quoiqu'ayant pratiqué les premiers le procédé de Beukels et Kien, n'obtinrent pas d'abord le principal marché, c'est que n'ayant point eu avant 1445 de chenal où les navires étrangers pussent aborder , ils furent obligés de porter le produit de leur pêche à Damme, lieu de rendez-vous des marchands de tous les pays. Mais aussitôt que leur havre fut creusé, ils établirent le marché du hareng dans leur propre ville, et à leur tour les pécheurs de Damme furent forcés d'apporter leur pêche à Ostende.

Guiciardini rapporte que voulant honorer la mémoire de Beukels, Charles-Quint, accompagné de la reine de Hongrie et la reine de France, ses sœurs, se rendit le 30 août 1556 de Bruges à Biervliet pour visiter son tombeau.

Ostende n'eut pendant une trentaine d'années rien de particulier à enregistrer, si ce n'est l'accroissement de son commerce et la reconstruction de l'église de la nouvelle ville (1478). À cette époque, les Français faisaient de continuelles invasions dans la Flandre, et jusqu'aux portes d'Ostende, sans autre but que le pillage. L'archiduc Maximilien d'Autriche, qui avait épousé Marie de Bourgogne, leur livra bataille, à la tête de ses Flamands près de Blaugis (7 août 1479) , et les battit. On voyait avant l'action, les principaux gentilshommes du duc, le bras droit en manche de chemise ; ils avaient fait vœux de ne point s'habiller ni s'armer qu'ils ne vissent les Français prêts à combattre. C'était une sorte de défi que les Français acceptèrent, et dont ils n'eurent point à se louer.

Ce fut pour se venger de cette défaite que ceux de Dieppe, Honfleur, et Rouen, vinrent un an plus tard, à l'improviste, avec un grand nombre de navires de guerre, s'emparer de presque tous les pêcheurs ostendais qu'ils rançonnèrent. Cette année, Ostende avait équipé au moins quarante-quatre bateaux.

À cette époque le nom ostendais commençait à avoir du retentissement. Jacques Van Aelst, ce fameux écumeur de mer du XVe siècle, l'effroi du commerce des Pays-Bas, et ses complices, avaient été pris par des Ostendais, amenés au port et décapités ; et Mathys, son gendre, pirate de Dieppe qui était venu avec ses navires pour venger la mort de Van Aelst, avait subi le même sort. Leurs cadavres, exposés sur la grève, faisaient voir l'appui que trouverait désormais la navigation dans les marins d'Ostende (1487).

Bientôt cette ville concourut à Anvers, avec Gand, Amsterdam et autres cités de premier ordre, pour un prix de déclamation, et, à quelques années de là, on vit les Ostendais figurer à Gand dans un concours parmi les bourgeois. Leur entrée avait été magnifique : vêtus d'ha­billements tannés, ils avaient un char précédé de six trompettes, d'un sot, d'un étendard et de six chevaux pour le roi.

Depuis que les provinces belgiques étaient passées sous le protectorat de la maison d'Autriche , les Flandres étaient dans de continuelles agitations.

Maximilien , devenu roi des Romains, prétendit à la tutelle de son fils Philippe, seul héritier des Pays-Bas ; mais les états de Flandre, loin d'approuver ses prétentions, dressèrent contre lui quarante-sept chefs d'accusation. Les Brugeois s'emparèrent de sa personne et le forcèrent à des concessions. Mais l'empereur Frédéric III, son père, exaspéré à l'extrême de cette audace, entre dans les Pays-Bas, avec une armée d'Allemands, pour venger l'honneur et la dignité de son fils, et le réhabiliter dans son autorité.

Afin d'échapper au sort qui les menaçait, les Flamands traitent avec le roi de France, qui envoie une armée à leur secours. La plus grande partie des villes flamandes restent fidèles à ce traité ; Nieuport, Dixmude et Furnes se déclarent pour Maximilien.

Ostende, qui avait embrassé la cause commune, et avait pris une part active dans ces troubles, paya son dévouement par la perte de tous ses privilèges, et notamment de ceux relatifs à la pêche que Maximilien accorda exclusivement à Nieuport ; mais informés que douze bâtiments de guerre et autant de petites embarcations, chargés d'objets précieux appartenant à Maximilien, mettent à la voile de Nieuport pour Anvers, les Ostendais sortent à la hâte avec cent bâtiments, capturent tous ces navires et les amènent au port (16 janvier 1489).

Le 16 juin suivant, Maximilien reçoit de son allié le roi d'Angleterre, à Nieuport, six mille hommes de troupes qui viennent le lendemain assiéger Ostende, mais se retirent presque aussitôt. Entre-temps six soldats de la garnison vont trouver Daniel Van Praet, seigneur de Meerwede, capitaine du roi Maximilien, lui offrent les moyens de prendre la place, s'il consent à retourner avec ses Flamands au service de Philippe, leur prince légitime. La proposition est acceptée : mais à peine cet officier a-t-il mis le pied dans la ville, qu'il s'empare de dix ou douze notables et les emmène à Nieuport, tandis qu'Ostende reste au pouvoir de ses troupes. A quelques jours de là, une armée française de vingt mille hommes, qui se tenait à Ypres, par suite du traité intervenu entre les étals de Flandre et le roi de France, vient, après sommation, prendre possession de la place qu'elle abandonne au mois de juillet suivant, en n'y laissant qu'une faible garnison. C'est alors que l'on vit le seigneur de Meerwede à la tête de l'armée royale fondre de Nieuport sur Ostende, livrer cette ville au pillage, y faire mettre le feu de tous les côtés à la fois, la réduire en cendres. Elle resta dans cet état jusqu'à la paix générale (1493), époque à laquelle elle commença à se rétablir. Elle ne le fut entièrement, et pavée pour la première fois, qu'en 1501.

Devenu empereur par la mort de son père, Maximilien s'était démis de la tutelle de son fils à qui il avait laissé l'administration du pays.

Philippe, surnommé le Beau, à cause de sa belle figure, ayant été proclamé comte dans toutes les villes de Flandre, vint, en 1500, visiter Ostende. ll y eut entre le prince et le peuple un échange de témoignages d'attachement et d'amitié, qui resta longtemps gravé dans le cœur des Ostendais.

Ostende, remis en possession de ses privilèges, sortit peu à peu de ses décombres. Le commerce du poisson reprit, et la pêche du hareng devint importante. Afin d'empêcher la fraude qui se pratiquait, un décret de Charles-Quint, successeur de Philippe le Beau, son père, ou plutôt de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas (le futur empereur n'avait que neuf ans alors); un décret, disons-nous, de 1509, défendit de vendre le hareng en mer, et enjoignit expressément d'apporter ce poisson aux ports d'Ostende, l'Écluse, Nieuport, Dunkerque, ou Gravelines, pour y être vendu publiquement. Plus tard, il fallut que les tonnes à hareng fussent d'une capacité déterminée et qu'elles portassent une même marque.

En 1518, Charles-Quint, qui depuis trois ans régnait déjà en personne sur les provinces belgiques, dota Ostende de la foire du 29 juin, à laquelle Philippe Il, roi d'Espagne, joignit en 1562, celle de la Sainte-Catherine. Ces deux foires existent encore de nos jours.
La tempête de novembre 1502 avait considérablement détérioré les digues de la ville et menacé tout le plat pays jusqu'à Bruges, d'une inondation. Les dunes des deux côtés ainsi que la digue de mer cédaient toujours, au point que l'ancienne ville se trouvait presque entièrement en mer. En 1507, Ostende avait obtenu de faire contribuer les terres avoisinantes, aux frais extraordinaires, occasionnés par le bouleversement annuel de ses travaux maritimes.

Ces désastres continuels éveillèrent la sollicitude de l'empereur. Voulant y mettre un terme ou au moins un empêchement, il fit faire et entretenir dans les dunes, depuis. l'Écluse jusqu'à Gravelines, un chemin à l'usage des marchands et voyageurs. Ce chemin de Charles-Quint ne serait-il pas celui qu'on attribue au comte Jean, fait de terre grasse en 1412, depuis l'Écluse jusqu'à Nieuport, et dont on trouve encore quelques restes, notamment passé le fort Albert ?

L'empereur voulant en outre contribuer à réparer les dégâts causés à la ville, lui fit un don gratuit de dix mille florins. En 1535, il fit publier un règlement sur la pêche, et en 1549, lors de la guerre avec l'Écosse, il ordonna que tout bâtiment de commerce flamand qui naviguerait au long cours, eût à bord des armes suffisantes pour se défendre contre l'ennemi.

 

A suivre

 

 

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