BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

HISTOIRE DE LA VILLE D'OSTENDE ET DU PORT PRÉCÉDÉE D'UNE NOTICE DES RÉVOLUTIONS PHYSIQUES DE LA COTE DE FLANDRE (I)


DE MR DELPAIRE

1843

 

PRÉFACE.

L'ancienne Belgique, devenue successivement province romaine, Austrasie, Lotharingie, basse Lorraine, duché de Bourgogne, autrichienne, espagnole, autrichienne, française et annexe de la Hollande, démembrée, mutilée, as­servie, en accomplissant si hardiment et si pleinement, dans ses limites actuelles qui semblent être celles du cœur, l'acte de son indépendance, a réalisé la fable du phénix, qui renaît de sa cendre, et prouvé de nouveau que la voix du peuple est bien réellement la voix de Dieu.

A peine a-t-elle rallié tous ses enfants sous le même drapeau, et jeté les bases de son existence, qu'on a vu poindre à son horizon littéraire, un essaim de jeunes écrivains, Belges cette fois ; et bientôt, parmi les nombreux adeptes, se sont fait remarquer les Nothomb, les Victor Joly, les Prosper Noyer, les Bogaerts, les Desmet, les Juste, les Moke, les de Saint-Génois, les Conscience, etc., etc., sans compter les Dewez, les de Stassart, les Lesbroussart, les Reiffenberg, les Quetelet, etc., qui datent de l'époque de transition; puis la presse, cet infatigable Argus de nos intérêts publics, puissante et si estimée à la fois au dedans et à l'étranger; tous travaillant à dissiper les ténèbres que tant de siècles avaient accumulées sur la patrie, à produire cette lumière qui maintenant se répand au loin, accusant dans l'Europe, revenue de son étonnement, une nation nouvelle pleine de sève et d'avenir.

Ce sont surtout les souvenirs historiques qu'on a pris à tâche de faire revivre et qui éveillent chez tout Belge, une grande sympathie.

Et, en effet, que de changements politiques, de tour­mentes et de vicissitudes, de sanglantes et décisives guerres, et que d'hommes marquants n'offrent pas les fastes de notre histoire !

Si l'on se reporte à l'invasion de Jules-César (57 ans avant Jésus-Christ), qui valut aux Belges la glorieuse appellation d'être " les plus braves d'entre les Gaulois, " on voit la Belgique s'étendant entre le Rhin, l'Océan, la Seine et la Marne. Vaincue, mais non soumise, après cinq siècles d'asservissement, elle court aux armes, chasse les préfets et les cohortes de Rome, et reconquiert sa liberté avec la même énergie qu'elle le fit naguère. Puis, après avoir passé sous la démocratie militaire des Clovis, l'administration de Grimoald, fils de Pépin de Landen, maire du palais d'Austrasie (la Belgique 640), le règne de Martin et Pépin de Herstal, de Charles Martel, de Pépin le Bref, élu roi des Francs, de Charlemagne et de son fils le Débonnaire, lâche sur le trône de tout l'excès de ses scrupules pour les pratiques du cloître, elle est inféodée à l'empire de Lothaire, autre indigne descendant du grand Charlemagne, qui comprend l'Italie, la Provence, la Franche-Comté, le Lyonnais, et en outre les contrées enserrées entre le Rhône, la Saône, le Rhin, la Meuse et l'Escaut, appelées la Lotharingie (840). A cette époque, les ducs et les comtes, chargés temporairement de l'administration des provinces, profitant de la faiblesse du trône, changent leurs titres amovibles en dignités héréditaires, créent des fiefs et des vassaux, divisent, morcellent le pays en une infinité de seigneuries, et se livrent, pendant des siècles, des guerres continuelles, tantôt par droit d'héritage contesté, tantôt par esprit de conquête. Investi du gouvernement de la Lotharingie, saint Bruno, archevêque de Cologne, la divise en haute et basse Lorraine (959); cette dernière, composée de l'archevêché de Cologne, des duchés de Limbourg, de Juliers, de Gueldre et de Brabant, des comtés de Namur et de Hainaut, d'une partie de l'évêché de Liège et de la Flandre, d'abord aux mains de Godefroid, comte d'Ardennes, passe plus tard à Charles de France, puis Godefroid d'Eenhamen ou de Brabant et en 1089 à Godefroid de Bouillon. Arrivent les croisades, ces guerres si éminemment poétiques, qui mènent Baudouin, comte de Flandre, sur le trône impérial de Constantinople, Godefroid de Bouillon, sur celui de Jérusalem, et dans lesquelles s'immortalisent les Thierry, comte de Flandre, les Othon de Trazegnies, les Jacques d'Avesnes, tous Belges. Des privilèges que les seigneurs avaient dû vendre à leurs vassaux, pour subvenir aux frais de ces expéditions, naît l'affranchissement successif des communes (Gand 1187), qui, dans les siècles suivants, donne une prodigieuse impulsion à l'industrie. Suivent la guerre d'extermination entre les d'Avesnes et les Dampierre , enfants des deux lits de Marguerite, fille de l'empereur Baudouin, comtesse de Flandre et de Hainaut; la célèbre bataille, dite des Éperons d'or, gagnée par les Flamands contre les Français, sous les murs de Courtrai (1502) ; les Flamands envahissant le Brabant et Éverard 'Tserclaes les forçant à abandonner leur conquête; les massacres entre les nobles et les bourgeois à Bruxelles et Louvain, et comme conséquence la ruine totale de l'industrie (1557); le Ruwaert Philippe d'Artevelde, digne fils de Jacques, à la tête de quarante mille Flamands des corporations, aux prises à Roosebeke avec une formidable armée française, qui rétablit Louis de Maele dans son comté de Flandre, d'où ses dissipations venaient de le faire chasser (1383) ; etc., etc.

Les provinces belgiques passent l'une après l'autre à la maison de Bourgogne (la Flandre 1384), par suite du mariage de Philippe le Hardi avec Marguerite, fille de Louis de Maele : Jean sans Peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire, Marie; à l'Autriche en 1477 : l'archiduc Maximilien marié à Marie de Bourgogne, Philippe le Beau et Charles-Quint ; sous la domination espagnole en 1557 guerres de religion, le duc d'Albe, conseil des troubles, la Hollande se sépare de la Belgique (1579), fameux siège d'Ostende, conquêtes de Louis XIV dans les Pays-Bas. La prise de Dunkerque force l'Espagne à demander la paix; elle l'obtient par le traité de Munster (1648), qui enlève à la Belgique tout le littoral au midi et à l'est de l'Escaut, depuis l'Écluse jusque près d'Anvers, tout le pays qui compose aujourd'hui la province du Brabant septentrional, la ville de Maestricht et son versant et la liberté de l'Escaut, au profit des Provinces-Unies. La paix des Pyrénées (1659) lui coûte encore plusieurs villes de la Flandre, du Hainaut et du Luxembourg, et, pour surcroît de malheurs, le traité de la Barrière (1713), livre les places de Namur, Tournay, Menin, Warneton, Ypres, le fort Knocke et Ruremonde, à la garde des troupes hollandaises. Par le traité de la Barrière, elle retourne à la maison d'Autriche ; puis, après avoir été incorporée à la France (1795), elle est annexée à la Hollande (1814) dont elle secoue le joug, Our prendre, tout indignée de sa longue sujétion, le premier rang parmi les nations les plus indépendantes de l'Europe, dans les limites tracées par les traités de Munster et des Pyrénées, moins les changements apportés par les 24 articles.

Quelles infortunes ! et quelle gloire ! !

 

RÉSUMONS NOTRE TRAVAIL

LA NOTICE. - A l'arrivée de Jules-César, la côte de Flandre était couverte de marais. Pendant ou peu après la période romaine (V° siècle) la mer, brisant les dunes, envahit ces marais et les exhausse insensiblement. A mesure qu'elle ne vient plus couvrir les parties qu'elle a élevées, la culture s'en empare et les convertit en champs labourables. Nonobstant cette retraite, la mer ronge continuellement les dunes tout en oblitérant les trouées qu'elle y a faites, et empiète sur le terrain qu'elle a abandonné.

Sous la couche de tourbe que l'on remarque sur toute la côte de Flandre et qui provient des marais du temps de Jules-César, on trouve partout une forte couche de sable fin, preuve, entre beaucoup d'autres, que la mer y a séjourné anciennement. Or, pour que des marais aient pu exister sur ce terrain, il a fallu que la mer s'en soit retirée ; car il est établi qu'ils ne se forment que par les eaux pluviales, et que la tourbe qu'ils produisent n'est due qu'à des plantes aquatiques. En recherchant la cause qui, antérieurement à l'existence de ces marais, a pu faire baisser la mer sur nos certes, nous la trouverons dans la rupture de l'isthme qui a joint l'Angleterre à la France.

Fréquentes et désastreuses irruptions sur toute la côte qui borde la mer d'Allemagne. — Émigrations des Flamands. — Engloutissement de Scharphoudt et de Onze­-Lieve-Vrouw-ter-Streep.—Comment les dunes se sont primitivement formées; comment elles se détruisent et par quels moyens on les répare. — Nouvelles observations : de combien les dunes reculent, notamment au fort Albert et à l'endroit d'Ostende. Nécessité de se prémunir contre les débordements de la mer et possibilité d'empêcher son empiétement constant sur nos côtes.

Cette notice est tirée du savant et volumineux mémoire de M. Belpaire, sur les changements que la côte a subis d'Anvers à Boulogne, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, depuis la conquête de Jules-César,) couronné par l'Académie de Bruxelles en 1825. Nous n'avons d'autre mérite que d'en avoir réuni les matériaux épars, et d'y avoir ajouté le résultat de nos propres observations. Elle sera Suffisante pour faire connaitre à l'homme du monde l'historique si intéressant de la côte et si généralement ignoré.


LA VILLE ET LE PORT D'OSTENDE.

Ostende, dont l'existence probable remonte antérieurement à 814, élevé au rang de ville en 1267, par Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre , prospère rapidement par ce privilège et par un procédé particulier, donnant au hareng flamand une réputation européenne, devient le centre d'un grand commerce et rend nécessaire le havre octroyé par Philippe le Bon, et creusé à l'ouest en 1445. Saccagé et réduit en cendres en 1489, par Daniel Van Praet, seigneur de Merwede. Ostende se rétablit peu à peu, se fortifie en 1585, est détruit de fond en comble lors du siège de 1601 à 1604, aussi mémorable par l'acharnement des combattants, les moyens d'attaque et de défense, les cent cinquante mille hommes de toutes tes nations de l'Europe restés sur le carreau, que par sa durée. La ville se relève ensuite de ses décombres, l'ancien Ostende passe sous la mer, le havre d'Ouest, s'oblitère, celui d'Est se forme, s'accroit ou diminue en profondeur ; et, pendant tout un siècle, le port lance ses corsaires, les Jan Jacobsen , les Erasmus de Brouwer, les Jan Broucke, les Diericksen, les Roel deReuse, les Jacques Besage, les Philippe Van Maestricht, toujours vainqueur et jamais vaincu, et tant d'autres, tantôt contre la Hollande, tantôt contre la France ou l'Angleterre, ou bien encore contre ces deux puissances combinées, Anne d'Autriche et Cromwell. Nous verrons ces rudes marins, de concert avec leurs frères de Dunkerque, autres intrépides de la mer du Nord, capturer d'un seul coup, vingt, trente et jusqu'à quarante navires, soutenir contre des forces triples, quintuples, des combats à toute outrance, et rendre le nom ostendais la terreur et l'effroi sur mer.
Puis viennent les tentatives du cardinal Mazarin sur Ostende, et la sanglante mystification dont ce ministre fut l'objet1 cette occasion (1658) ; la compagnie de navigation aux grandes Indes, instituée par Charles Il d'Espagne (1698), et la physionomie d'Ostende pendant la guerre de succession.
Maison d'Autriche (1714) : encouragements accordés par Charles VI à la navigation ; création de la fameuse compagnie des Indes orientales d'Ostende ; ses opérations ; intrigues de la Hollande, coalition de toute l'Europe contre cette compagnie et sa suppression (1731). Marie-Thérèse : grandes améliorations locales et d'administration ; siège de 1745, occupation française ; occupation française pacifique (1757-1762); guerre d'Amérique (1778). Joseph Il : franchise du port (1781) ; navigation aux grandes Indes encouragée pour la troisième fois ; mouvements prodigieux du port, prospérité inouïe. Invasions des armées françaises (1792-1794) : monstrueuses réquisitions, ruine d'Ostende, fêtes républicaines ; bombardement de l798 : le commandant Muscar et ses cent cinquante grenadiers. Le camp de Boulogne : effets funestes du système continental ; nombreux combats sur la rade ; les licences de commerce. Guillaume ter : le port sacrifié à la Hollande. 1830 : ses heureuses conséquences ; excellence du port, et combien sa prospérité importe au pays ; sollicitude particulière du roi pour Ostende.

Tels sont les principaux événements que nous aurons à raconter.

Nous avons puisé dans l'Annuaire de Bowens ; nous n'avons laissé de côté que les superfluités, les éclairs, la pluie et le beau temps qui s'y trouvent consignés, presque à chaque page, et nous nous sommes borné à prendre l'essentiel ou à faire un résumé des documents, tel que l'octroi de Charles VI qui contient 103 longs articles. De Bonours  et Flemming nous ont fourni les matériaux pour décrire le fameux siège de trois ans qui formera un cinquième de notre ouvrage; et le beau plan d'Ostende à cette époque, que nous y ajoutons , nous l'avons trouvé dans un livret , sans nom d'auteur, publié à Paris , par livraison, pendant l'événement, et qui nous a donné aussi les détails d'un combat naval entre une flotte batavo­-anglaise et les galères de Spinola que nous rapporterons, et dont de Bonours et Flemming ne parlent que superfi­ciellement. Nous nous sommes servis de Van Hasten pour décrire la bataille de Nieuport qui vient s'intercaler dans l'histoire d'Ostende, et de la brochure de l'avocat Debock, pour raconter les tentatives de Mazarin. Puis, nous avons consulté d'autres ouvrages et notices que nous indiquerons en temps et lieu.

Pour l'époque néfaste de 1792 1830, et qui n'est pas la moins intéressante, nous nous sommes guidé d'après les archives de la ville, qui nous ont .été communiquées avec une complaisance que nous aimons à reconnaître, et le Journal d'Ostende des années 1829 1830 et 1831, qui relate en flamand et par ordre de date, ce qui s'y est passé de 1793 à 1802 ; puis d'après le souvenir de personnes dignes de foi.

Le plan de la ville au temps du siège de 1601 , que l'on chercherait vainement dans les cartons du ministère de la guerre, et sur lequel on remarque un reste de l'ancien Ostende, englouti par la mer, nous permettra de relever une erreur apparente de Belpaire, relative au reculement des dunes, et de préciser à peu de chose près, de combien elles sont rentrées depuis environ deux siècles et demi à l'endroit d'Ostende. Nous ajoutons également un plan de la ville d'aujourd'hui, afin que par la confrontation on puisse juger des améliorations locales qui sont survenues.

Nos recherches prouveront encore d'une manière (convaincante,) que c'est à tort que beaucoup d'auteurs ont placé le Portus itius et le port Épatiac des Romains , sur la côte de la Flandre actuelle, et que môme lors de l'invasion de Jules-César il n'a pu exister des ports aux lieux où se trouvent Ostende et Furnes, comme l'admettent beaucoup d'historiens.

Voilà pour l'opportunité et le plan de notre travail. Quant à l'exécution, nous considérons deux choses : d'abord, les idées ou réflexions, entourage des faits qui les lie les uns aux autres ; ensuite, le style au moyen d'expression. Dans celle-là, nous aimons justesse, convenance ; dans celle-ci, clarté, précision.

Nous nous sommes attachés à réunir toutes ces qualités ; mais nous n'osons espérer d'avoir entièrement réussi.

 

 

A SUIVRE

 

 

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