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           Histoire de la ville d'Ostende et du port (II)                                                          

Il est remarquable qu'en supposant que la mer soit rentrée dans ce tractus pendant ou peu après la domination romaine, comme nous le ferons voir, ce calcul nous reporte vers le temps auquel l'on fixe le déluge universel : de sorte qu'on serait peut-être en droit de conclure que la mer s'est retirée de ces terres, la première fois, par suite du déluge, qui a fort bien pu rompre l'isthme qui joignait l'Angleterre au continent.

Cette hypothèse exige, il est vrai, que la mer dans sa retraite ait mis à nu un plateau qui s'est interposé entre elle et le bassin qu'elle quittait : mais quoi de plus probable, lorsque l'on considère sur la carte qu'en avant de la côte se trouve d'autres files de bancs rangés parallèlement au rivage ? Qu'une nouvelle baisse de la mer ait lieu instantanément, et l'on verra se reproduire les mêmes effets.

La retraite de la mer s'est opérée instantanément ou dans un court espace de temps ; car si elle avait diminué insensiblement, en découvrant peu à peu le faite du banc qui bordait le bassin , n'est-il pas plus que probable qu'en exerçant sa violence contre la partie découverte , elle l'aurait enlevée à mesure que cette partie se serait présentée hors de l'eau , de la même manière que par la succession des temps, elle est parvenue à enlever le banc tout entier, et qu'ainsi elle n'aurait jamais cessé d'avoir communication avec le bassin dont nous parlons. Quelle a pu être la cause d'une si subite retraite ? On ne peut faire que des conjectures sur cette matière, et la meilleure, selon Verstege , c'est de l'attribuer à la rupture de l'isthme.

En effet, on sait que rien n'est plus propre à changer le niveau relatif des eaux, que les courants. Il n'est donc pas impossible que le nouveau courant venu de la Manche, en se combinant avec l'ancien qui arrive par le nord de l'Écosse, ait fait baisser la mer sur nos côtes de quelques pieds. Cela est d'autant moins improbable, que le flot venu de la Manche et qui s'étend le long des côtes orientales de la mer d'Allemagne, depuis Calais jusqu'au Holstein et au Jutland, va toujours en diminuant de hauteur en s'avançant vers le Nord ; en sorte que les fortes marées qui montent à Calais de vingt pieds, et à Douvres de vingt-cinq, ne montent à Dunkerque que de dix-neuf pieds et demi, à Nieuport de dix-sept, à Ostende et l'Écluse de seize, à Flessingue de quinze, à Hellevoetsluys et au Texel de douze, et sur toute la côte du Jutland seulement de deux ou trois pieds, tandis qu'elles sont de vingt à vingt-cinq pieds sur les côtes correspondantes de l'Angleterre.

Il résulte de ce phénomène qui parait être l'effet du rétrécissement du passage entre Douvres et Wissant, et de la configuration des côtes de France et d'Angleterre, que le flot qui vient de la Manche et qui est toujours plus élevé dans la partie méridionale du détroit que dans la partie septentrionale, exclut le flot qui arrive par le nord de l'Écosse, quoique celui-ci surpasse le premier en hauteur. Or, avant la rupture de l'isthme de Calais, ce dernier courant, par une direction sud-est dans la mer d'Allemagne qui se terminait en pointe vers cet isthme, devait s'y accumuler considérablement, comme cela a lieu dans le fond de tout golfe long et étroit, lorsque sa direction est aussi celle du courant. Ainsi, les marées produites par ce courant devaient être plus considérables encore que celles qui ont lieu sur les côtes d'Angleterre, le long desquelles il ne fait que glisser. Si donc, on considère que les marées actuelles sur les côtes qui bordent la mer d'Allemagne à l'orient, sont plus basses de quelques pieds que celles des côtes correspondantes d'Angleterre, et qu'avant la rupture de l'isthme, elles devaient être plus fortes de quelques pieds, on comprendra qu'avant la rupture, la nier a pu couvrir de grandes parties du continent qui, lors de cette rupture, ont été subitement abandonnées.

Que l'on ne s'étonne point de nous voir supposer à la mer des niveaux différents selon les lieux ; car l'établissement des marées, si variable selon les divers points où on l'observe, prouve assez que nous sommes en droit de le faire. D'ailleurs, des observations récentes prouvent incontestablement que la mer n'est pas partout au même niveau.

La retraite de la mer, une fois opérée, voyons comment la berge ou hauteur qu'elle avait mise à sec dans cette retraite a pu disparaître par l'effet de l'eau et du vent. Nous remarquons d'abord que puisqu'il existe des dunes le long des côtes, il a fallu qu'une partie assez considérable du banc asséché ait été entièrement abandonnée par la mer ; car les dunes ne s’élèvent que par le vol du sable sec, et le sable ne se sèche que lorsqu'il est resté pendant plusieurs jours entièrement hors de l'eau. Mais celte condition une fois remplie, rien ne se forme plus vite que les dunes. Aussitôt que le vent souille avec un peu de violence, tout le sable sec se met en mouvement avec une grande célérité, et vole tant qu'il trouve un obstacle ou de l'eau. S'il rencontre un obstacle quelconque, comme une touffe d'hoyat (espèce de graminée qui croit dans les sables secs de la mer, et s'élève à plus de deux pieds), il s'y arrête, s'y amoncèle et y forme le rudiment d'une dune qui s'augmentera au premier vol de sable, si la touffe d'hoyat a eu le temps de s'élever au-dessus du monticule, ou si l'on est venu fixer du nouvel hoyat sur le premier. La nouvelle dune, s'élevant sans cesse, acquerra avec le temps une hauteur assez considérable.

C'est au moyen de l'hoyat, fixé dans le sable, d'une manière particulière, qu'on parvient à provoquer de nouvelles dunes ou des réparations à celles affaiblies par des brèches, comme on peut le voir en longeant les dunes à l'ouest d'Ostende, du côté de la mer. La nature semble avoir pourvu spécialement à la formation des dunes en y faisant croitre l'hoyat. Cette plante, infiniment précieuse, se multiplie à l'excès dans les sables les plus arides. Plus la chaleur et la sécheresse sont excessives, plus elle est verdoyante et plus elle croît. C'est dans l'air qu'elle puise, par l'effet d'un mécanisme admirable, l'humidité dont elle manque souvent à ses racines ; ses brins fendus s'ouvrent pendant la nuit et découvrent une moelle blanche divisée en rubans dont tout leur intérieur est tapissé. Cette masse d'éponges s'abreuve de l'humidité de l'air et de la rosée. Le matin, les brins se referment et deviennent aussi ronds que des joncs. Les touffes de cette plante présentent aux sables un obstacle insurmontable. Trois forts pieds, bien placés, peuvent retenir et fixer plus de sable que le plus grand chariot n'en pourrait contenir. Plus l'hoyat reçoit fréquemment du sable nouveau, plus il pousse, ainsi que l'expérience le confirme journellement. À mesure qu'il s'élève, le sable, en se buttant, en augmente la végétation.

Mais les dunes n'ayant aucune consistance réelle se détruisent presque aussi facilement qu'elles se forment. Si le vent est très-violent, et qu'il s'engage entre deux dunes élevées, de manière à y tournoyer, on voit en peu d'instants la partie intermédiaire jusqu'au pied, s'élever en tourbillon, et être lancée en pluie de sable à une ou deux lieues. Le vent est si fort, dans ce moment, en cet endroit, qu'on a peine à s'y tenir, et qu'on se sent comme soulevé. C'est une véritable trombe qui, d'une certaine distance, se présente comme une colonne de fumée.

Ces brèches, quelque fréquentes et quelque apparentes qu'elles soient, ne peuvent pourtant pas être comparées, pour l'effet, au vol de sable que le vent de mer occasionne. -Ce vol n'est guère sensible dans un court espace de temps, si les dunes sont bien garnies d'hoyat, mais il le devient beaucoup au bout d'un certain nombre d'années. Par exemple, on aperçoit très-visiblement, dans un intervalle de vingt à trente ans, selon les lieux et le soin que l'on prend des plantations, que le bord intérieur des dunes avance dans les terres. Le sable, ainsi enlevé par le vent, est toujours remplacé par celui que le même vent apporte à la grève, à moins que la mer ne se retire en déposant une couche de vase, comme à l'ouest de Dunkerque.

On conçoit que le vent, transportant ainsi constamment le sable du plateau laissé à nu, pour en former des dunes, a dû sans cesse diminuer ce plateau, surtout si les courants de la mer tendent aussi de leur côté à enlever le sable de la côte, plutôt que d'en apporter de nouveau, comme il parait que c'est le cas depuis Nieuport jusqu'à l'Escaut et au-delà. La mer parviendra donc enfin au pied des dunes, et bientôt détruira en partie ce que le temps s'est plu à former.

Au premier vent violent, agissant dans la direction du flux, et favorisé par une pluie ou nouvelle lune, la mer, amoncelée sur la côte, ira frapper avec fracas contre ces dunes, et, à chaque vague, en enlèvera des parties considérables, que le courant emportera au loin. Alors, ces collines disparaissent et semblent se fondre comme si elles étaient de sel. On a vu, pendant les grandes marées, les dunes être rongées ainsi sur une grande étendue et sur une profondeur de plusieurs verges. Chaque année, entre Ostende et l'Escaut, elles le sont au point qu'elles se trouvent à pic. Il est vrai que le sable, ainsi entrainé par les flots, revient en grande partie l'été suivant, mais la dune a été ébranlée, l'hoyat déraciné, et le vent a chassé à l'intérieur une partie de ce que la mer n'a pu atteindre.

On comprend donc, comment à la longue, toute la hauteur qui bordait la côte a pu être enlevée, et comment la mer a pu se frayer un chemin à travers les dunes, pour se jeter de nouveau dans une partie du bassin qu'elle avait abandonné.

Afin d'arriver à une démonstration complète de la constitution et des révolutions de la côte de Flandre, il ne reste qu'à faire voir comment la mer, en faisant invasion dans ce bassin, a apporté la couche de glaise que nous y trouvons. Il suffira, pour cela, de rapporter ce qui a lieu encore tous les jours en plusieurs endroits.

Les circonstances locales, différant d'un point à un autre, dans l'étendue de nos côtes, quoique d'une manière peu sensible, on comprend facilement que la mer n'a point fait disparaître en une fois toute la chaîne de dunes, mais qu'elle s'est bornée à faire des trouées, tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Par exemple, les dunes n'ayant pas partout la même hauteur, et encore moins une largeur constante ; et, d'un autre côté, la laisse de haute mer, s'approchant inégalement de leur pied, il est visible que les points où les circonstances favorables à l'invasion concouraient ont été les premiers franchis, tandis qu'une infinité d'autres sont restés longtemps encore intacts. La direction des courants aura surtout contribué à entamer tel point plutôt que tel autre, suivant qu'elle portait vers la terre ou au large. Cette marche de la nature a été nécessaire pour former la couche d'argile aussi promptement qu'elle l'a été : car, sans cela, la mer se précipitant de tous les côtés à la fois dans le bassin, y aurait versé une quantité trop considérable d'eau, pour qu'elle pat s'y calmer au point d'abandonner toute la vase qu'elle tenait suspendue. La mer aurait régné des deux côtés du plateau, avec à peu près la même agitation ; c'eût été presque comme avant sa retraite, et le fond n'aurait guère haussé.

La mer s'est donc formé de simples ouvertures, dont la plupart se sont ensuite bouchées, et dont celles du Zwin, des ports d'Ostende, de Nieuport et de Calais, sont les seules qui soient restées, grâce aux soins qu'on y apporte.

Ce qui s'opère autour de ces ports donne la mesure de ce qui a eu lieu sur toute la côte.

Ostende, par exemple, recevait autrefois, à chaque marée, une quantité d'eau énorme qui inondait tout le pays, à plus de deux lieues des côtes, et s'étendait à droite et à gauche jusqu'à ce qu'elle rencontrât les eaux qui étaient entrées par d'autres ouvertures, comme le Zwin près de l'Écluse et celle qui existait dans ces temps à Middelkerke, mi-chemin d'Ostende à Nieuport. Elle sortait avec force, mais non sans avoir laissé beaucoup de vase sur les terres qu'elle avait couvertes, et formait, en se retirant, de nombreuses criques qui affluaient les unes dans les autres, et venaient toutes se réunir à un tronc commun. Beaucoup de ces criques se sont oblitérées depuis ; mais il y eu a encore plusieurs que l'on reconnaît à leurs sinuosités multipliées, et qui servent maintenant à l'écoulement des eaux pluviales. L'eau de la mer, près de nos côtes, est pendant une grande partie de l'année chargée de vase et d'un peu de sable qu'elle ne laisse se précipiter que lorsqu'elle est tranquille. En se répandant dans l'intérieur, elle y portait cette vase qu'elle y déposait, et qui ainsi exhaussait le fond.

César, qui a connu plus particulièrement que Pline et Tacite, les côtes en deçà de l'Escaut dit, en parlant des Éburons vaincus, que ceux qui étaient les plus voisins de l'Océan, se réfugièrent dans les îles que le flux formait : il dit aussi que les pays des Morins et des Ménapiens étaient couverts de marais. On ne pourrait prendre pour marais des lieux que la mer couvrirait deux fois par jour de cinq à quinze pieds d'eau, et il faut admettre que César parle ici des bancs flamands. Mais ce qui prouve incontestablement que la mer n'avait point franchi les dunes d'entre l'Escaut et Calais, avant la domination romaine, c'est qu'on trouve dans la couche de glaise, contre et dans la tourbe, beaucoup d'objets d'art, des médailles et poteries fines qui datent de cette époque.

Nous pensons donc que c'est pendant cette domination, que la mer est venue pour la première fois, depuis sa retraite, occasionnée par la rupture de l'isthme qui joignait l'Angleterre à la France, se jeter sur ces terres, et c'est alors sans doute que le Zwin de l'Écluse, les ports d'Ostende, de Nieuport et de Dunkerque se seront formés. Oudegherst assure que Oudenbourg, à une lieue et demie d'Ostende, et Rodenbourg, actuellement Aerdenbourg, étaient connus vers le milieu du Ve siècle pour deux villes maritimes de grand commerce. Si cela est exact, il en résulte que la première de ces deux villes communiquait alors avec la mer par le port d'Ostende et la seconde par le Zwin.

Cependant la mer n'a pas cessé depuis ces temps de déborder sur nos côtes et plus avant dans le Nord, et d'envahir au point qu'une grande partie du continent et beaucoup de villes et villages flamands sont passés ou passent encore sous son empire.

Il n'y eut que peu d'inondations, à ce qu'il parait, pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, à l'exception celle qui, pendant ou peu après la période romaine, est venue former les ports de la côte et déposer la couche de glaise qui se trouve sur la tourbe. Elles ne commencèrent à être désastreuses qu'au IXe siècle, époque de l'existence probable d'Ostende.

Parmi les inondations du IXe siècle on remarque celles de 820 et 860, qui, jointes à des pluies continuelles, firent déserter les habitants de la côte. Le XIe siècle en compte au moins dix, particulièrement funestes à la Flandre et à la Zélande. Au XIIe siècle, elles furent si multipliées et si terribles, qu'elles forcèrent les Flamands d'émigrer et de chercher un refuge en Angleterre et en Allemagne. Celles du 16 février 1164 et du 1er novembre 1170 firent périr des milliers d'hommes et d'animaux. La dernière, dit-on, noya les terres entre le Texel, Middenblik et Stavoren , forma l'île de Wieringen , élargit les ouvertures qui font communiquer le Zuyderzée avec la mer du Nord, et ainsi l'approfondit et l'étendit davantage. Le XIIIe siècle en compte au moins trente-cinq, toutes désastreuses pour la Flandre, la Frise et autres pays maritimes voisins. Ce fut surtout depuis 1219, que la mer ravagea la côte. L'inondation de 1221 coûta la vie à quarante mille personnes ; celles de 1232 et 1242 à plus de cent mille, chacune ; celle de 1287 fit plus de quatre-vingt mille victimes dans la Frise seule. Le XIV siècle n'apporta guère moins de calamités. Les inondations se renouvelèrent avec une effrayante ténacité dans les siècles suivants : de­puis Calais jusqu'en Norvège et notamment en Irlande, d'innombrables villages furent engloutis, et plus de deux cent mille personnes y trouvèrent la mort; l'irruption de 1395 élargit sensiblement les ouvertures entre le Vlie et le Texel, et permit aux grands navires d'arriver à Amster­dam et à Enkhuizen, ce qui n'avait pas été possible jus­qu'alors. Pendant le XVIIe siècle, les inondations se rédui­sirent à vingt-six. Le XVIIIe n'en eut que dix, et le siècle actuel ne compte encore que deux flux considéra­bles : celui du mois de janvier 1808, et celui du 3 et 4 fé­vrier 1825. Le premier causa de grands dommages à l'agriculture sur les côtes de Flandre et de Frise; on se rappelle encore avec effroi les ravages que l'autre exerça depuis le Pas-de-Calais jusqu'en Norvège et en Suède.

Un effet bien remarquable du débordement de 1421, c'est le transport do la ville de Dordrecht et du sol sur lequel elle était bâtie, à une certaine distance de son ancien siège. Cette singularité se répéta plusieurs fois depuis sur d'autres points, et entre autres pendant l'inondation du 50 avril 1451 ; une pâture près de la ville de Snerk en Frise, sur laquelle paissaient des moutons et des porcs, fut entraînée par le courant, et resta arrêtée dans les débris d'une écluse que l'eau avait détruite. On n'explique ce phénomène, qu'en supposant que le terrain aura glissé sur la couche do tourbe qui se trouve dans ces lieux. C'est ainsi qu'en 1806, une partie des fortifications qu'on élevait à Ostende s'écroula en glissant sur la tourbe qui était au-dessous.

 

                                  A SUIVRE

 

 

 

 

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