HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

 

 

L'épopée des MMS ... et ceux de notre Force Navale (IV)

 

R. Gollier

 

CHAPITRE 7


Vers la création de la Force Navale


Le transfert de la Section Beige de la Royal Navy

La guerre en Europe étant terminée, l'Amirauté envoya le 20 mai 1945 un message de félicitations et de remerciements très flatteurs à sa Section Beige. Les bommes de la Section qui le désiraient, pouvaient recevoir une copie de son texte en souvenir. Elle laissait aussi entendre que les autorités belges devaient prendre des mesures pour démobiliser ces vaillants combattants. A ce moment, la Section Beige comptait quatre-vingt-cinq officiers et quatre cents trente-cinq gradés et matelots. Le gouvernement qui reformait une armée beige décida de compléter la section beige de douze cents volontaires. Ceux-ci se présentèrent en masse. Ils étaient immédiatement envoyés à l'entrainement à Devonport en Grande Bretagne et certains ayant terminé leur écolage furent embarqués sur des bâtiments. En juin 1945 un tel contingent n'était plus vraiment nécessaire.

Dans une lettre datée du 24 juin 1945, adressée au contre-amiral F.E.P. Hutton, Flag Officer Belgium, le Directeur général du Ministère des Communications, Henry De Vos répondait immédiatement à sa proposition de ramener en Belgique les deux bâtiments belges retrouvés Cuxhaven par un équipage beige de la R.N.S.B. 11 s'agissait du vieux Zinnia et de l'Artevelde récupérés en Allemagne. A la demande de l'Amirauté, la RNSB fournit les équipages pour ces deux bâtiments qui arborèrent le pavillon beige étant donné qu'ils étaient la propriété de l'État beige. Ils étaient en assez mauvais état par manque d'entretien au point qu'il fallut adjoindre douze machinistes de son ancien équipage allemand pour sa machinerie expérimentale peu connue des Belges. Quant au Zinnia, il prenait l'eau au point qu'il fallut l'escorter d'un remorqueur pour pomper ses fonds en cas d'aggravation des avaries.

Après avoir embarqué 45 tonnes de fuel l'Artevelde appareilla de Cuxhaven sous le commandement du Commander Timmermans le21 juillet 1945 à l'aube pour rentrer à Ostende trois jours plus tard en suivant une route sécurisée par la Royal Navy. En manoeuvrant dans le port il heurta une épave qui endommagea assez gravement une de ses hélices. Les Allemands furent alors débarqués par la Military Police pour être rapatriés et le commandant Timmermans, appelé à d'autres obligations, transféra le commandement ad-intérim au lieutenant de vaisseau Böting. Un mois plus tard, le 20 août l'Amirauté signifiait à la Belgique qu'elle était la seule alliée qui subvenait aux frais de son armée de terre mais pas à ceux de sa marine et qu'il était temps qu'elle prenne en charge cette dernière.

A la libération de la Belgique, le Roi Léopold III ne se trouvant pas au pays, le Prince Charles fut nommé Régent du Royaume par les Chambres Réunies. Le 20 septembre 1944, il prêta le serment constitutionnel et exercera ses prérogatives royales jusqu'au 20 juillet 1950.

Le gouvernement fut remanié qui devait créer une nouvelle armée belge.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'aviation militaire beige, alors dénommée Aéronautique Militaire, et le Corps de Marine créé dans l'urgence, dépendaient de l'Armée de terre, dons du ministère de la Défense. La guerre avait démontré que les aviations militaires devaient être indépendantes et aux ordres d'officiers aviateurs. Cela ne causa pas de problèmes pour l'aviation.

La solution était simple, il suffisait d'acquérir les avions dans les surplus de la Royal Air Force, tandis que les contingents de ses deux escadrons belges de pilotes, de mécaniciens et d'administratifs suffisaient pour créer une petite Force Aérienne bien entraînée. Le cas de la Marine était diffèrent. Des accords internationaux imposaient d'ailleurs diverses obligations au gouvernement belge. L'Amirauté l'avait informé le 20 juillet 1945, qu'au cours d'une réunion il avait été décidé de confier à la Belgique une zone bien délimitée à déminer. Cette zone allait de la côte de Walcheren à la frontière française en position 51°08 N 02°35'. Le commandant Petitjean avait été désigné comme "Deputy Commander" des bouches de l'Escaut pour aller à la conférence internationale "East Atlantic Board for mines clearance". Cette décision allait jouer un rôle important pour la création d'une nouvelle marine de guerre belge, ce sera le Corps Naval, promptement change en Force Navale. La Belgique libérée avait finalement un certain nombre de grandes obligations au plan international. Le gouvernement en exil à Londres avait conclu des accords avec les alliés et de ce fait participé au conflit. Elle ne jouissait plus de son statut de neutralité et était tenu de respecter ces accords et à assurer la sécurité de ses eaux territoriales. Peu après, le 28 août 1945, le colonel Raoul Defraiteur, nouveau Ministre de la Défense Nationale, constata que la Section Belge avait enrôlé à la libération un trop grand nombre de volontaires et qu'elle n'avait pas de commandant, le Commodore Timmermans étant en fait l'officier de liaison avec l'Amirauté britannique. Il devenait urgent de constituer un comité pour étudier les mesures prendre pour la création éventuelle d'une marine de guerre belge et en créer les statuts. La création de cette marine semblait donc s’'imposer mais cela ne se fit pas sans mal. On vit renaître les anciennes querelles politiques typiquement belges entre les partisans d'une marine de guerre et les opposants qui en trouvaient la dépense exagérée. Certains députés proposaient même de confier tout le déminage à une flotte alliée moyennant paiement. Non seulement aucune des marines contactées ne montra beaucoup d'enthousiasme, mais on put démontrer que cet investissement à fonds perdus coûterait plus cher à l'État. A ce moment l'État belge, n'était propriétaire que de deux unités de guerre attachées à l'Administration de la Marine du Ministère des Communications, donc théoriquement des bâtiments à statut civil. Le Ministère des Communications et celui de la Défense Nationale se joignirent donc pour étudier la création d'une nouvelle marine. De son côté, Monsieur Henri Devos, Directeur Général de l'Administration de la Marine, commença à étudier des dispositions pour la création d'une force navale, entre autres, la composition de sa petite flotte et sa mise en état. N'ayant plus son statut de neutralité, la Belgique était tenue de respecter ses accords, pour assurer la navigation dans ses eaux, y déminer les innombrables champs de mines marines poses par les belligérants et éliminer les nombreuses épaves qui encombraient les passes navigables. Il lui fallait aussi remettre en place tout le balisage des bancs et des chenaux de navigation dans ces mêmes eaux. On estimait à une dizaine d'années Ie temps nécessaire pour faire disparaître tous les engins de mort qui infestaient la mer du Nord. Il lui fallait aussi assainir son littoral et débarrasser ses plages de la masse d'engins destructeurs placés par les Allemands.

Le 4 décembre 1945 le commander Georges Timmermans, qui portait toujours son grade anglais comme les hommes de la RNSB, devait affecter un état-major à l'"Artevelde", au "Zinnia" et à la "Princesse Marie José", cette dernière devenue dépôt des équipages. Il fallait aussi trouver un accord avec le captain Hifi afin de prendre des mesures pour occuper rationnellement les hommes de la RNSB à HMS Royal Edmund 11, c'est-à-dire la caserne Général Mahieu. On approchait de la fin de l'année alors que les discussions et tergiversations se prolongeaient, lorsque Monsieur Devos (qui il faut bien le dire se prenait un peu comme le commandant de la future marine) répondit à la note du commander Timmermans pour l'aviser de son accord pour la formation des états-majors des trois équipages et faire remettre ces bâtiments en état avec la collaboration du Génie Maritime d'Ostende. Cette note est importante dans la mesure où elle montre que les navires étaient désarmés et non gardés. La réponse de Monsieur Devos le priait aussi d'attirer l'attention du captain Hill RN, Senior Naval Officer Belgium, sur l'avantage que ces mesures auraient pour utiliser rationnellement les effectifs disponibles à Royal Edmund II. In fine il ajouta que le cuisinier de l'École de Marine d'Ostende, à ce moment inoccupé, soit utilisé à bord de l'Artevelde. Une copie de cette lettre était envoyée à l'ingénieur en chef du Génie Maritime d'Ostende et au capitaine Couteaux, directeur de l'École Maritime d'Ostende.

Déjà, le 5 juillet 1945, le Sénateur Crockaert avait envoyé une note à Monsieur Mundeleer alors Ministre de la Défense Nationale, soit à peine deux mois après la fin de la guerre en Europe et alors qu'elle est prête de se terminer en Extrême Orient et que nos marins faisaient toujours partie de la Royal Navy.

On y lit : « Cher Ami, Je te remercie d'avoir répondu avec tant de promptitude et de ferveur, la communication que j 'ai faite hier à La Commission de la Défense Nationale du SénaL touchant le discours prononcé hier par Monsieur Devos, Directeur de la Marine, au sujet de la création d'une marine de guerre. Je crois bien faire en mettant sous ce pli la copie de la lettre que j 'écris à Monsieur Devos. Je ne doute pas que cette question, essentielle pour l'avenir du pays, ne retienne toute ton attention et celle des officiers dévoués qui t'entourent. »

Par ailleurs on reste confondu quand on découvre dans les archives des notes ou des lettres d'officiers du Ministère de la Défense Nationale dans un rapport d'une trentaine de page sur l'évolution des futures forces belges dont celle d'un major. On y trouve les étonnantes remarques suivantes qui montrent la totale incompétence en la matière de cet officier : "Les huit dragueurs de mines nous ont été prêtés par le Gouvernement britannique et devront lui être restitués sous peu. À ce moment la marine belge sera réduite à presque rien". Sans imaginer, le brave homme, que les grandes marines disposaient d'un excès d'unités, donc immédiatement disponibles qu'elles voulaient mettre sur le marché à des prix intéressants.

Les paysans étaient la partie du peuple belge qui avaient le moins souffert de la guerre : pas ou peu de bombardement et ils mangeaient à leur faim. Beaucoup d'entre eux s'étaient même enrichis en vendant au marché noir les produits qu’ils parvenaient à soustraire aux réquisitions des services de ravitaillement. Ils n'avaient aussi aucune notion de l'importance de la marine pour le transport des marchandises. Au Parlement ce furent surtout les députés des milieux paysans qui se montrèrent hostiles à la renaissance d'une marine militaire, principalement pour des raisons de budget.

Malgré cette opposition parlementaire le gouvernement belge étudiait depuis la fin du conflit le statut et le budget nécessaire pour la création d'une nouvelle marine militaire. Les seuls bâtiments de guerre dont disposait la Belgique étaient les deux anciens garde-pêche, Zinnia et Artevelde, ramenés d'Allemagne étaient indisponibles en attente de décisions sur leur remise en état. Ils étaient enregistrés au Ministère des Communications, ce qui impliquait leur transfert officiel au Ministère de la Défense Nationale, fort préoccupé à ce moment de reformer l'Armée Belge. Un compromis fut trouvé en attachant la nouvelle force à créer aux Communications. L'amirauté britannique, consciente du problème auquel le Gouvernement belge devait faire face, accorda son accord au prêt à la future marine des huit MMS de la 118ème flottille.

 

Intermède

Les membres de la Royal Navy Belgian Section essentiellement les derniers engagés volontaires, rassemblés à Ostende en attente de décisions concernart une nouvelle marine belge, vécurent un difficile et très inconfortable automne en 1945 dans ]'attente des décisions officielles sur leur sort: démobilisation générale ou création d'une nouvelle marine ? Une vieille malle Ostende-Douvres délabrée, la "Princesss Marie José" leur servait de dépôt des équipages. Elle était tellement froide et inconfortable qu'elle reçut vite le surnom d'HMS Buchenwald.

La marine posait en effet un problème particulier. Le Ministère de la Défense Nationale n'avait pas l'expérience nécessaire pour gérer une marine et n'était pas confronté aux mêmes problèmes posés Lors de la reconstitution de l'armée de terre. Les membres de la RNSB étaient des navigants occupant des fonctions de commandement, de navigateur, de canonnier, de technicien et de spécialistes. La RNSB n'avait malheureusement pas de cadres administratifs, les fameux Paymasters aux galons liserés de blanc basés à terre et chargés de l'administration de la logistique et de l'intendance de la Royal Navy.

Une solution hybride fut alors trouvée à l'initiative d'un haut fonctionnaire de l'Administration de la Marine du Ministère des Communications, Monsieur P Poncelet, du sénateur Paul Crockaert, ainsi que le Secrétaire général du ministère Monsieur Marcel Malderez et du Directeur Général de l'Administration de la Marine, Monsieur Henry Devos. Une belle équipe pour contrer les prétentions des politiciens à courte vue !

    

Ce fut en septembre 1945 que la décision de créer notre nouvelle marine fut prise. Le Directeur de l'Administration de la Marine envoya au Premier Ministre Achille Van Acker un lettre expliquant l'aide apportée à l'Amirauté par les membres bien entrainés de la RNSB, dans l'état de la situation existante : le nombre de marins belges assurant encore le déminage sous le contrôle de la Royal Navy, les unités récupérées en Allemagne, l'existence de la 118ème flottille, la nécessité d'acquérir deux frégates pour la surveillances de notre côte et les intentions de l'Amirauté anglaise de favoriser la création d'une force navale par la Belgique qui continuerait en plein accord avec elle, de poursuivre les obligations du moment. Un long rapport très détaillé et intitulé " Le problème d'une force navale dite Marine Royale" sur les mesures à prendre, la petite flotte à armer, le personnel  à prévoir et les budgets estimés nécessaires. Une copie en était envoyée au Ministre de la Défense Nationale lui demandant son accord ou les objections que cela pourrait soulever de sa part, avant d'introduire les projets d'arrêtés nécessaires. La Force Navale qui devait d'abord s'appeler Corps Naval était sur ses rails.


Création et organisation de la Force Navale

Ce fut enfin le 30 mars 1946 que l'Arrêté du Régent portant sur Ia constitution de la Force Navale fut signé par le Ministre des Communications, Monsieur Ernest Rongvaux, le colonel De Fraiteur, Ministre de la Défense Nationale, et contresigné par Monsieur Joseph Merlot, Ministre de I' Intérieur.

L'Artevelde, toujours en révision à Hoboken, fut ramené au quai London Istanbul pour devenir le "tender" de la 118ème Flottille. Les autres marins de la nouvelle Force Navale durent attendre la mi-août pour occuper leur nouveau dépôt des équipages, la caserne Général Mahieu  Ostende. La Force Navale était ainsi vraiment née.

            
Cette caserne était assez spacieuse. Elle avait été le dépôt des équipages de la Kriesgmarine pendant l'occupation quand la marine allemande y avait basé les flottilles de vedettes rapides qui allaient attaquer la navigation côtière anglaise. C'étaient les Schnellboote, lance-torpilles qui mouillaient aussi des mines ainsi que des Raumboote des petits dragueurs de mine à moteur assez proches des Schnelboote. Les Allemands avaient démoli le bâtiment principal de la caserne pour le remplacer par une grande bâtisse quadrangulaire de quatre étages, fortement vitrée qui avait gagné le surnom d'aquarium et à l'arrière de la caserne ils avaient construit un nouveau bâtiment administratif moderne. Dans la grande plaine d'exercice ils avaient placé six grands baraquements à côté d'un grand abri antiaérien. Cet abri était un grand bunker de béton armé de forme pyramidale pour compenser le niveau phréatique du terrain, très proche de la surface.

Voici, selon un rapport du major Defonseca, officier de liaison de l'armée à la jeune Force Navale, un résumé succinct de l'organisation de la toute jeune Force Navale en date du 7 mai 1946 (voir Annexe 3)

- Le dépôt des équipages était à bord du "Princesse Marie-José". La Hotte comprenait le « garde côte » (sic) "Artevelde" alors en restauration à Hoboken, le "Zinnia" à quai et prévu prochainement comme navire école, le MMS 1020 gréé en navire hydrographique
- Le service déminage de la 118ème flottille avec seulement deux unités en opération plus une de section déminage à Zeebrugge, responsable du déminage sur les plages et sa section "kitty mines" (sic)
- Un service de démagnétisation et de Naval Control pour les chenaux déjà déminés et enfin un service de balisage avec un bâtiment spécialisé à acquérir en Angleterre ou à obtenir en prêt.
- Un service administratif partagé en trois sections à bord du Princesse Marie-José, de l'Artevelde et au service de déminage.

Les effectifs se composaient de 65 officiers, 36 sous-officiers, 14 sous-officiers de l'armée de terre, 4 officiers mécaniciens à l'essai, 233 soldats (?), 100 volontaires qui commençaient leur quatrième mois de formation et des prévisions d'entrée en service de 200 autres en mai et en septembre

Le 1er juillet 1946 une importante réunion fut organisée au Ministère des Communications à l'initiative de Monsieur Marcel Malderez qui, tout comme Monsieur Henri Devos, avant été un grand partisan d'une renaissance d'une marine militaire belge. Sept personnalités y assistaient. Étaient présents :
MM. De Vos, Directeur général de l'Administration de la Marine ; le Cdt Timmermans, Commodore de la Force Navale ; Poncelet, Chef de service de la Force Navale ; Molitor, Conseiller au Service de l'Administration générale ; Spreutels, Inspecteur des Finances ; Burton, Inspecteur adjoint des Finances et Degive, Chef de bureau au Secrétariat général.

L'ordre du jour était un examen des propositions de cadres et de rétribution de la Force Navale.

Mr. Devos commença par exposer les raisons qui, selon lui déjà avant la guerre, justifiaient l'existence d'une Force Navale:

- maintien de l’ordre et protection des pêcheurs qui incombaient à un garde-pêche.
- police des eaux et sauvetage des aviateurs avec des vedettes rapides.
- hydrographie et balisage.
- enlèvement des 54 épaves signalées dans nos eaux territoriales.
- déminage : l'Administration se trouvait dans l'obligation d'équiper quatre dragueurs pour effectuer ce travail dans la zone qui nous avait été désignée par la Commission de déminage résidant Londres.

Il serait fastidieux d'évoquer tous les autres points qui furent discutés dans les cinq pages du compte rendu. Nous nous contenterons donc d'en citer les principales : établir le budget de la Force Navale, la remise en état du "Zinnia" et de l"Artevelde" pouvant aussi servir de navire-école pour remplacer le "Mercator" estimé en fin de vie puis remplacer le "Zinnia" en achetant deux frégates. Toutes ces dispositions furent étudiées par les participants. On peut en conclure que Messieurs Malderez et Devos furent les pères de notre Force Navale. La Royal Navy proposa de nous vendre quelques dragueurs océaniques de la classe "Algerine".

Deux d'entre eux rendirent visite à Ostende pour être officiellement présentés à l'état-major de notre nouvelle marine. les HMS J 385 Wave et HMS J 380Mariner.

            

Sur la photo on reconnait de gauche à droite à bord : le capitaine de frégate Louis Robins, le secrétaire général du Ministère des Communications, Monsieur Marcel Malderez, le commodore Georges Timmermans et sur le quai le lieutenant de vaisseau Daniel Geluyckens de dos, avec le capitaine de frégate Louis Petitjean.

Les services météorologiques de l'État et de la Force Aérienne devaient moderniser leurs procédures en raison des nouvelles obligations internationales. Une de celle-ci était d'assurer des veilles météos dans l'Atlantique à un point à situer à l'ouest de l'Irlande.

Un document de l'État-Major de la Force Navale intitulé "RAPPORT GENERAL DES NAVIRES DE GUERRE - MOIS D'AVRIL 1949

        
En un peu moins de trois ans la jeune marine avait fait un très bon travail, le bilan que le Ministre des Communications pouvait présenter à son collègue de la Défense Nationale était très positif. Sa flotte de composait comme suit
- la frégate météorologique "Luitenant ter Zee Victor Billet"
- le chalutier SLB 19 affecté à la dispersion des épaves
- I'ex garde-côte "Artevelde" désarmé en attente de modifications
- le MMS 140 ft 1020
- les 8 MMS de la 11 8ème flottille, dont 4 en opération et 4 en remise en état et modernisation
- le vieux garde-pêche "Breydel" désarmé et transmis aux Domaines pour être mis en verte publique
- le MFB 191 et 2 embarcations portuaires à moteur

Depuis sa création elle avait complètement déminé une zone de 300 miles carré, détruisant plus d'une centaine de mines diverses ; le service de dispersion des épaves avait nettoyé quatre zones dangereuses et également minées, il ne lui restait qu'à nettoyer les deux petites zones E 101 et 102 aux alentours de Knokke.

Toutes les quarante-huit bouées de navigation avaient été nettoyées, entretenues et remises à l'Administration de la Marine qui assurait ce service avant la guerre. II ne fallait pas oublier non plus que pendant dix-huit mois elle avait assuré les services météo et garde-pêche.

La politique préconisée par le gouvernement était la suppression progressive des services résultant de la guerre pour lui permettre de les remplacer par d'autres entièrement consacrés à la formation de ses équipages et à ses futures missions en cas de guerre.

Les effectifs en cadres et marins volontaires ne correspondaient plus aux nouveaux besoins, le colonel De Fraiteur. Ministre de la Défense Nationale, marqua son accord pour les étoffer par lapport de deux cents volontaires. II fallait aussi prévoir la prochaine arrivée en octobre de deux dragueurs océaniques de la classe Algerine.


L'équivalence des grades
La Force Navale créée était pauvre et il fallait la doter d'uniformes et d'insignes de grades. Une belle solution, joignant le sens pratique et rendant hommage à la RNSB, fut adoptée, permettant aussi de limiter le budget nécessaire. Il n'était pas nécessaire de créer un nouvel uniforme pour ses nombreux matelots, mais de conserver, au moins pour une assez longue période les stocks d'uniformes déjà distribués et ceux disponibles dans les réserves. L'hommage à la Royal Navy fut d'adapter ses insignes et lignes distinctifs pour les officiers, tous anciens de la RNSB et très fiers de leurs uniformes.

            

Ce fut très simple pour les matelots : il suffisait de remplacer le ruban HMS du cap par un autre portant simplement les sigles ZM-FN, sans nom de bâtiments encore trop peu nombreux. Une petite coquetterie fut de leur créer un petit insigne de feutrine bleu portant une sirène pour éviter toutes confusions.

Pour les officiers on conserva la tenue bleue foncée aux galons de la Royal Navy en remplaçant simplement l’ancre argentée de la casquette sous la couronne royale britannique par une cocarde belge sous la couronne royale belge pour créer un macaron de casquette du plus bel effet. Cela put peut-être un peu consoler ceux qui auraient préféré le nom de Marine Royale à celui de Force Navale

              

Les Liens existants entre la Force Navale et l'armée imposaient d'établir une liste d'équivalence des grades entre les deux forces. Comme la hiérarchie des sous-officiers de la Royal Navy, était différente de celle de l'Armée Belge, il fallut en créer une nouvelle. Elle s'inspira de celle de la Marine Française. Cela causa une petite confusion quand la FN fut transférée à la Défense Nationale. A la fin mars 1946 alors que la FN était encore cantonnée à bord de la "Princesse Marie-José" le commodore Timmermans avait demandé le transfert de quelques sous-officiers instructeurs spécialisés. Un document envoyé en réponse lui annonçait l’arrivée à bord de deux secrétaires, un comptable et deux instructeurs pour la formation militaire de base. Un de ceux-ci était le 1er sergent Willem Demuylder, volontaire de carrière : il avait échappé au Stalag et avait été un grand résistant. A la libération il avait suivi l’entrainement commando en Ecosse avant de terminer la guerre dans le régiment de commando. Or il se fait que le grade d'Officier des Équipages existait dans la marine française, ce n'était pas un grade au sens réel du terme, mais une position équivalente à celle de Warrant Officer en Grande Bretagne, des grades honorifiques accordés aux sous-officiers qui s'étaient distingués en opérations ou qui terminaient une brillante carrière. Le commodore adopta alors celui d'Officier des Équipages, resté unique en Belgique. A la différence de la France et de l'Angleterre, on lui accorda un uniforme d'officier avec un fin galon, ce qui lui donnait accès au mess des officiers.

Un problème se posa quand la FN passa la Défense pour laquelle il était un adjudant et notre homme, qui était un excellent instructeur, plein de mérites et aimé de tous dut lutter pour obtenir une promotion bien méritée au rang d'enseigne de vaisseau.

On ne manquera pas de remarquer les ailes de pilote de porte-avions, bien-sûr inutile pour notre petite Force Navale mais incluses en honneur du lieutenant de vaisseau Schlim qui les avait bien gagnées dans la Royal Navy après une étonnante saga d'un an d'évasions à travers la France et l'Espagne.

Le système de galons colorés des officiers spécialistes de la Royal Navy fut conservé. Les officiers de pont n'avaient pas de liseré de couleur. Pour les autres, quatre couleurs donnaient leurs spécialités : le vert pour les électriciens, le rouge pour les mécaniciens, le velours pourpre pour les médecins et enfin le blanc pour les officiers d'administrations, appelés Pay Masters en anglais


Le rôle des MMS

Rappelons le rôle important qu'ils ont joué au cours de la guerre et tout particulièrement en 1944 dans le déminage des côtes de Normandie et de l'Escaut. Vingt-trois d'entre eux ont été perdus, vingt en opérations de déminage, deux par circonstances de mer et un qui dut être sabordé Singapore.

Ils furent aussi les premiers bâtiments opérationnels et les ancêtres de la Force Navale Belge aujourd'hui devenue Composante Marine. Pendant plusieurs années ils ont assaini les eaux territoriales belges. Les équipages de la 118ème Flottilles ont transmis leur expérience à plusieurs générations de jeunes marins. Ils furent les pionniers d'une marine moderne et efficiente.

Lors de sa création, l'OTAN demanda à chaque pays membre de conserver le libre accès à ses ports et d'assurer la navigation dans ses eaux territoriales. L'expérience de nos marins ne fut pas perdue. Notre Force Navale conquit une grande réputation parmi les flottes de l'Otan. La technologie des mines progressait sans arrêt et le déminage devenait de plus en plus exigeant et compliqué. L'excellente réputation des équipages belges aboutit en 1960 à la création de l'école EGUERMIN où viennent régulièrement s'entrainer des équipes d'autres marines.

Ce sont nos MMS et leurs marins qui on fait  flotter à nouveau le pavillon belge parmi les marines des pays libres. Qu'ils en soient honorés.


La vie à bord des MMS

Les accommodations des MMS étaient à cent lieues de celles des chasseurs de mines d'aujourd'hui. Nous ne parlons bien entende pas des moyens de dragages primitifs comparativement aux moyens actuels, mais de celles destinées aux équipages. Au milieu de la solide coque en bols, le château central, une grande superstructure en forme de parallélépipède rectangle occupait une grande partie du pont. Cette superstructure abritait toutes les fonctions vitales du bâtiment.

La vie à bord était assez confortable, il y régnait en général une atmosphère de camaraderie, digne des frères de la côte.

A bord, les hommes s'habillaient de façon pittoresque de salopettes huileuses ou de vieux uniformes n° 2 parfois agrémentés d'un pull-over civil, aux pieds des vieux godillots qui avaient connus les affres du CIP ou des bottes de caoutchoucs ramassées Dieu sait où. Rares, mais du plus grand « chic » étaient les gros bas de laine blanche retournés sur les bords des bottes, et parfois Ia fin du fin, un pull blanchâtre à col roulé. L'ensemble donnait la caricature d'un sous-marinier de Ia Royal Navy. Le seul vêtement standard était l'imperméable de gros temps alors dénommé "oilskin" comme dans la Royal Navy ; son manque de souplesse le rendait peu agréable à porter mais son imperméabilité était parfaite. Il ne faisait pas partie des kit-bags personnels mais étaient disponibles à bord.
La nourriture était aussi bien mieux préparée qu'à la caserne. Les aliments et les approvisionnements étaient bien entendu les mêmes, mais le coq disposait d'une toute petite cuisine contiguë au carré des officiers qu’il servait lui-même car il n'y avait pas de steward à bord.

Le poste d'équipage était assez exigu mais très confortable. En hiver un petit poêle en fonte, alimenté par des briquettes de charbon provenant du dépôt des locomotives de la SNCB, répandait une bonne chaleur qui rendait facile le séchage des "oilskins" ou des "duffel coat" des hommes qui descendaient de quart. Les matelots dormaient dans des couchettes en bois agrémentées d'un petit matelas de crin, l'exiguïté du poste ne permettant pas l'usage de hamacs. Enfin, les parois de bois et la chaleur du petit poêle évitaient le désagrément des condensations.

Les "Mickey Mouse" roulaient comme des tonneaux et il était nécessaire d'acquérir le plus vite possible le pied marin. La superstructure consistait en un château central surmonté d'une passerelle assez spacieuse avec la timonerie. Celle-ci abritait bien entendu une roue de barre démultipliée qui rendait la manœuvre plus facile. Le compas était magnétique, mais pas de gyrocompas ni de radar. Les "long boat" de 140 pieds étaient quant à eux, bien plus confortables pour leurs équipages que leurs petits frères du fait de leurs plus grandes dimensions.

Leurs installations intérieures, bien que semblables entre elles, variaient très légèrement selon leurs Au niveau du pont on trouvait le carré des officiers avec son imitation de feu ouvert électrique, la cuisine avec sa porte vers le carré qui permettait au coq de servir directement les repas des officiers car il n'y avait toujours pas de steward à bord, un petit lavoir, le poste de l'électricien et enfin deux WC. A bâbord l'entrée au carré des officiers, un minuscule bureau et les toilettes des officiers.
Sur la passerelle, la timonerie bien qu'assez fruste, comportait à tribord le poste radio et à bâbord la table des cartes, les instruments de navigation réduits à leur plus simple expression, le compas de la timonerie et celui, très beau et imposant de la passerelle extérieure ; pas de gyrocompas ni de radar. Une enclave dans le bordé de Ia passerelle permettait d'y utiliser les cartes par temps convenable. La timonerie était surmontée de deux réservoirs d'eau douce et d'un gros projecteur, ainsi que des feux de pulsion de dragage.

            

Un grand gaillard avant protégeait bien la passerelle des lames et des embruns, même par gros temps les 126ft embarquaient très peu et même la passerelle était bien protégée. Sous le gaillard une petite coursive donnait accès à bâbord aux douches et WC pour l'équipage ainsi que trois lockers pour les peintures, les cordages et autres apparaux. A tribord une cabine double pour le coxwain et le boatsman puis l'armurerie. Le pont du gaillard était prolongé par la plateforme du canon qui protégeait très bien l'écoutille du poste d'équipage. Cette plateforme surmontait un garde-manger pour les légumes et la viande (pas de frigo à bord) et un grand bac pour les pommes de terre. Sous le pont principal se trouvait en allant de l'avant vers l'arrière, le puits aux chaines, un magasin, le poste d'équipage pont, deux cabines d'officiers, la machine, ensuite à tribord le poste des électriciens et mécaniciens et la chambre des batteries. Enfin venait le poste d'équipage.


La fin des MMS
En 1954, après huit ans de bons services et l’arrivée des nouveaux dragueurs MSC, les MMS étaient devenus obsolètes et furent retirés du service. Comme ils étaient toujours en prêt à la Force Navale on contacta l'Amirauté britannique qui confirma alors leur reprise et des dispositions furent prises à cet effet pour lieu transfert et leur retour vers Ia Grande Bretagne.

Le 20 juin 1955 l'Amirauté envoya au capitaine de vaisseau Petitjean, alors chef d'Etat-Major à la caserne Prince Baudouin à Bruxelles, une copie de la lettre envoyée aux futurs acquéreurs éventuels désireux d'inspecter ces bâtiments dont les moteurs et les génératrices avaient été débarqués (voir Annexe 6).

            
Ce fut la société H.G.Pounds de Portsmouth, une firme spécialisée dans le commerce de vieux navires ou de leur démolition, qui les acheta, et le capitaine de frégate Bönting de Sainte Croix confirma à Bruxelles leur remise en bonne et due forme à leur acquéreur.

Les années passèrent, or l'un d'eux, le M 940 (ex 182), aurait peut-être pu revenir à la Force Navale pour une restauration mais l'affaire échoua. Pendant des années un aumônier pensionné de la Royal Navy avec l’aide du commandant Ceulemans, qui avait commandé le 182 et résidait alors dans la région avec son épouse anglaise, l'avait récupéré et fait remorquer dans un bras de la rivière Medway. Il tenta de récolter des fonds pour le restaurer avec l'aide de bénévoles et de donateurs mais sans grand succès et décéda avant d'avoir pu réaliser son rêve.

A la fin des années 90, le 182 reposait toujours sur un lit de vase des marais de l’ estuaire. Une mission de la Force Navale alla l'inspecter avec le projet de le ramener éventuellement en Belgique pour le restaurer mais il était malheureusement trop tard.

Sa quille était complètement déformée et enfoncée dans la vase, il n'était plus possible de le déplacer. Depuis le décès de l'aumônier, les vandales avaient fait leurs œuvres. Les superstructures avaient été ravagées. Peu de temps après sa veuve le fit démolir et une partie de ses bois encore utilisable fut transformée en meuble et objets souvenirs. C'était la fin définitive de nos braves MMS.

 

          

Publié dans "La Flamme" a.s.b.l .Les Amis de la Section Marine du Musée Royal de l'Armée et Histoire Militaire

Iconographies et archives de R.Gollier et D. Henrard

 

 

 

 

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