BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

 

    

 

Au XVIIIe siècle, à l'apogée du commerce colonial et de la traite négrière, la Fosse voit s'aligner quelque quatre à cinq cents navires, amarrés à couple sur trois ou quatre rangs. Une forêt "grandeur mâture". Au milieu du XIXe siècle, la basse Loire arme un quart des navires battant pavillon français. Les grands voiliers à coque de bois vivent leurs dernières heures de gloire, avant d'être progressivement supplantés par les bâtiments en fer puis en acier, à partir des années 1880. Une évolution inexorable, bientôt encouragée par la loi de 1902, qui accorde une prime à la construction métallique et scelle le destin de la marine en bois, qui aura totalement disparu trente ans plus tard.

Sur la Loire, doublée vers l'aval, depuis 1892, par le canal de la Martinière, l'activité est intense, entre les voiliers — trois-mâts long-courriers, bricks, goélettes, lougres, dundees — et les vapeurs de tous gabarits — cargos, remorqueurs, barges, caboteurs — battant tous pavillons. Dans leurs représentations du port, peintres et photographes nous montrent aussi volontiers les roquios, ces petits bateaux à vapeur assurant les passages entre le centre-ville (la Bourse), la banlieue (Chantenay) et la rive Sud (Trentemoult). Si, de­puis 1822, des vapeurs à passagers naviguent régulièrement dans l'estuaire, les voiliers ne se feront vraiment rares à Nantes qu'après la Première Guerre mondiale — ils se maintiendront un peu plus longtemps à Saint-Nazaire. Plusieurs raisons expliquent ce déclin : la réduction des primes aux distances parcourues, la législation sur les huit heures de travail, qui condamne les équipages nécessairement nombreux des voiliers, le manque de personnel qualifié et la réduction du trafic pendant la guerre 14-18.

Pour charger ou décharger leurs cargaisons, les navires de commerce sont souvent mouillés sur le fleuve, à une dizaine de mètres de la rive, et les débardeurs font le va-et-vient sur des passerelles de fortune, lancées entre le pont et le quai. Alors les "marchands de Nantes" déplorent ces nombreux "jours de planche" nécessaires pour vider ou emplir les cales. Avant l'avènement des grues portuaires, seuls les navires équipés de mâts de charge échappent à ces manutentions interminables. Nombre de grands bâtiments restent aussi au mouillage dans l'estuaire et recourent au batelage, leurs cargaisons étant alors transbordées sur des gabares à voiles et avirons qui les acheminent à Nantes. Des chalands tractés par des remorqueurs ou de larges allèges à faible tirant d'eau font également la navette entre terre et flanc de navire pour transborder les cargaisons des cales des navires jusqu'au quai.

 

Bordé de beaux immeubles XVIIIe, le quai de la Fosse avant les comblements des bras de la Loire. Au pied de la gare de la Bourse s'alignent plusieurs bateaux-lavoirs. Un roquio assurant le passage vient de quitter son ponton d'accostage pour rejoindre Chantenay et Trentemoult. Au premier plan, accostée à la cale de la Petite Hollande — à l'extrémité de l'île Feydeau —, une chaloupe de Noirmoutier est venue débarquer des moules ou des pommes de terre.

 

Mellier, le maire tout puissant de Nantes au début du XVIIIe siècle, puis les architectes-voyers Ceineray et Crucy dans la seconde moitié du siècle, imposent à la grande bourgeoisie du négoce, consentante et flattée, la construction en alignement d'une "façade de ville" monumentale qui suit le fleuve, depuis le Château jusqu'au rocher de Chantenay. A la Fosse se succèdent bientôt les riches hôtels d'armateurs. D'emblée aussi, ce quai est conçu et édifié par les édiles comme un espace de déambulation agréablement boisé. Voué au commerce, il devient une voie d'agrément : les Nantais s'offrent le spectacle de leur propre réussite.

Cet urbanisme, image de l'opulence, conduit à déplacer les chantiers navals. En avril 1732, le maire et les députés de la commune de Nantes dressent un procès-verbal à propos de "cinquante toises entièrement occupées par les constructions de navires depuis le bord de la rivière de Loire jusqu'à vingt pieds ou environ de la distance des maisons". Les élus déplorent "qu'il se trouvait sur ledit terrain trois vaisseaux dont la construction était commencée, lesquels formaient par leur élé­vation, non seulement obstacle à la vue, mais encore opéraient un embarras sur les quais voisins, une difformité et une interruption dans lesdits quais et cales qu'il était nécessaire de continuer, soit pour la décoration de la ville, soit pour l'utilité du public et particulièrement pour le service des magasins situés dans le quartier".

En 1738, l'activité de construction navale sera donc transférée vers l'aval, dans le quartier de la Chézine, aux côtés des entrepôts de la Compagnie des Indes et des salorges de la Ferme Générale. Trente ans plus tard, l'ingénieur Ogée évoque les rangées d'ormeaux qui ornent la pro­menade de la Fosse. Voilà, selon lui, "l'endroit le plus agréable, le plus riche et le plus actif de Nantes, (...) mais ce qui ajoute à l'agrément du quartier, c'est l'admirable vue sur la Loire couverte de navires et de bateaux".

 

Les estacades avant la pierre

Pour répondre à la fois aux besoins des navires de haute mer et à ceux des petites gabares de Loire et des chalands, on imagine au début du XIXe siècle une forme double de quai, avec un palier supérieur, pour les gros tonnages, et une cale en partie basse, immergée lors des crues. De part et d'autre de la plate-forme haute, deux rampes parallèles à la ligne du quai desservent la partie basse. Au milieu du siècle, la Fosse égrène ainsi sept de ces dispositifs mixtes. Ensuite, ces aménagements vont progressivement céder la place à des quais verticaux. Par mesure d'économie, ceux-ci seront d'abord construits en bois. Puis ces estacades seront remplacées, à partir de 1873, par des ouvrages en maçonnerie.

Les premiers quais de pierre sur-plombant la rivière ne font d'ailleurs pas l'unanimité : les commerçants et riverains du quai des Constructions se plaignent de ne plus avoir accès direct à la Loire pour aller y puiser de l'eau. La récrimination vient aussi des propriétaires de chevaux qui ne peuvent plus faire boire leurs bêtes au bord du fleuve. Les blanchisseuses joignent leur voix et leur gouaille à la protestation. Ateliers flottants de blanchisserie, les bateaux-lavoirs jalonnent alors la Fosse : on en compte trente-trois sur la rive urbaine de la Loire en 1810, dont une bonne partie en aval de la Bourse.

La première grue à vapeur est testée à Nantes en 1838. L'engin va révolutionner les usages et les modes de manutention ; dix ans plus tard, le port en compte trois et les demandes d'autorisations nouvelles affluent. Les grues font désormais partie du paysage. Au milieu du siècle, depuis les façades des immeubles. le profil du quai juxtapose une voie charretière dotée de deux trottoirs — partagée par le tram à partir de 1879 —, une ligne de chemin de fer isolée par ses barrières continues, une promenade publique d'une petite dizaine de mètres de large ; bordée d'un mur, puis le quai proprement dit, pavé et en déclivité, dévolu au dépôt des marchandises à l'air libre.
Une belle tentative d'évocation de l'opulence passée du port de Nantes, l'hôtel Durbé, daté de 1756, dresse aujourd'hui encore sa splendide façade ouvragée sur le quai de la Fosse. Le peintre Gobo a représenté des navires en construction au pied de cet immeuble — qu'il a confondu avec l'hôtel de la Compagnie des Indes, quant à lui disparu.

Les grumes de bois sont débitées sur place par des scieurs de long, après avoir été équarries à la grande cognée par des équipes de bûcherons. Les cargaisons non périssables restent sur les cales, en attente de la vente. Les pourparlers des négociants se font sur place. Ce parvis de marchandises colonise régulièrement la promenade auprès du fleuve. Mais en 1881, la décision municipale d'amputer le quai de la moitié de sa largeur enlève à la promenade de la Fosse une grande partie de son charme.

 

Les bruits et les odeurs

La plupart des littérateurs ayant évoqué l'activité du quai de la Fosse ont été particulièrement sensibles aux bruits qu'on y entendait. Dans Nantes la grise, en 1900, Jules Grandjouan écrit ainsi : "Peu à peu l'animation gagne la Fosse déserte, les trains passent frémissants et haletants, dans un fracas qui fait trembler le sol, les camions arrivent et se rangent auprès des wagons poussés sur le quai, et bientôt toute une foule s'agite et remue au milieu des cris et des murmures. (...) Et pendant tout le jour, le bruit de cette cohue est dominé par les appels stridents des machines à vapeur, le grondement des grues qui se hâtent de décharger les navires et, au-dessus encore, comme marquant le rythme et la cadence de toute cette agitation, s'entend le bruit des marteaux des chantiers répercuté par l'écho du fleuve."

Plus humains sont les chants des marins, clairs quand ils sont entonnés du haut des mâtures, plus confus lorsqu'ils émanent d'un équipage éméché qui regagne son bord après une virée réussie. Les bars et maisons closes ont d'ailleurs vite compris — de la musique méca­nique (piano, puis pick-up) à la "musique en conserve" (radio) — le profit qu'ils pouvaient attendre de ces puissants signaux de fête. Aussi, en 1925, un commerçant du 50 quai de la Fosse se plaint-il des "maisons à grosses lanternes" en ces termes : "Chacun des établisse­ments possède un orchestre mécanique agrémenté d'une batterie aussi puissante que possible, ce qui provoque une perturbation et nous empêche de dormir avant minuit en semaine et même avant 2 ou 3 heures du matin le week-end."

Rien n'y fait et, neuf ans après, un locataire du 53, à son tour, dénonce les nuisances d'une "musique excessivement aiguë". "A partir de minuit, affirme-t-il, le tapage devient intolérable car c'est alors des bruits inhumains, consistant en des rires de femmes et d'hommes en démence ou des cris comme si on les assassinait et cela jusqu'à environ 3 heures. Puis â partir de 3 heures il s'agit du bruit du personnel chargé de vider les ordures." Ce­pendant, le cri du cœur sans doute le plus original, c'est cette lettre de lecteur publiée dans l'Ouest-Eclair en 1931 : "Il est temps de réagir contre le vacarme de certains phonographes publics. J'habite précisément au-dessus d'un de ces instruments et depuis ce matin j'ai peut-être entendu cent fois malgré moi : « Pouët-­Pouët. Elle a perdu son pantalon ! »"

La Fosse, c'est aussi le boulevard des odeurs. Vins de Madère en barriques, bœuf et hareng salés en barils alignés comme pour la revue, bois des îles, cassonades — la blanche, dite "sucre terré" ou la grise, aussi nommée "sucre passé' —, coprah, arachides... La houille en vrac livre ses fumets rampants qui se mêlent à ceux du sel. Des relents de rhum et de vin enivrent jusqu'aux mouettes, les senteurs lourdes du goudron et du brai s'exhalent des marmites noires des chantiers navals de Chantenay.


Habiter à la Fosse

Qui habite le quai de la Fosse ? L'édition de 1834 de l'almanach Les Etrennes de Nantes nous permet de répondre en partie à cette question. On y relève en effet un certain nombre de noms domiciliés "à la Fosse", représentant un joli catalogue de corporations. Bien sûr, cc recensement laisse dans l'ombre tout le petit peuple du quartier, habitants ordinaires, lavandières, simples familles d'ou­vriers journaliers ou de marins.

Parmi les recensés, les professions maritimes sont en nombre : quarante capitaines au long cours, dix-huit armateurs, huit courtiers conducteurs de navires, six fournisseurs de navires, trois magasiniers pour les cargaisons, quatre gréeurs, un marchand de biscuits pour la mer, un assureur maritime, le trésorier des Gens de mer, le capitaine du port. On compte aussi sept chantiers navals à la Piperie et "Chantenai". Le quai s'avère également être un haut lieu de la presse : deux imprimeurs réalisent et publient ici, dans leurs ateliers, quatre des sept journaux mentionnés par l'almanach. Au n°28, Mangin et Brusseuil publient le quotidien La Feuille commerciale de Nantes, L'Ami de la Charte trois fois par semaine, et le bulletin Prix courant des marchandises en gros, le mercredi et le samedi. Au n°2 du quai, Forest édite le quotidien La Loire. Mais on trouve aussi sur le quai l'hôtel des Douanes, la pompe de la 2e compagnie des Sapeurs-pompiers, une école secondaire, et la boîte aux lettres de quartier, chez Mlle Gentes.

 

Outre quatre professeurs et dix officiers d'artillerie et de marine, on dénombre cinq juges et auxiliaires de justice, trois pharmaciens, trois chirurgiens, six médecins et officiers de santé, sans doute pour contrecarrer l'influence pernicieuse des cinq marchands de vin, auxquels on peut adjoindre un marchand de bouchons, sans parler d'une trentaine de cafés et bistrots. À moins que le rôle de contrepoids ne soit dévolu aux trois dames de charité dûment enregistrées sur ces listes. On relève encore une sage-femme, trois agents de change, un magasin de nouveautés, un marchand de toiles, quatre marchands de bois et de planches, deux entrepôts de charbon de terre, neuf boulangers, un chocolatier, sept bouchers, autant d'épiciers, deux horlogers, trois chapeliers, un fabricant de chapeaux de feutre, un magasin d'armes, deux cloutiers et quatre cordonniers...

Autre source précieuse de documentation, l'Almanach administratif et commercial de Nantes et du département de la Loire-Inférieure édité par la librairie-papeterie de Madame Veloppé. L'édition de 1867 nous livre ainsi un instantané des activités professionnelles qui animent alors le quai. On relève, à travers toutes ces adresses, beaucoup de commerces de proximité et de métiers courants que l'on trouve dans tout quartier populeux, mais avec ici une nuance maritime plus prononcée qu'ailleurs. Ainsi, la plupart des compagnies d'assurance concernent les navires, tel épicier fait étalage de sa spécialité de "beurre préparé pour la mer", et la libraire éditri­ce de l'Almanach insiste sur ses cartes marines. Quant aux professions directement liées à l'activité portuaire, elles traduisent de manière irréfutable, par leur fréquence et leur variété, l'importance que revêt le quai de la Fosse pour le grand port d'estuaire qu'est alors Nantes (voir la frise).


Le théâtre des lancements

Baignant la Fosse, le bras principal de la Loire, qui est le "port maritime", a de tout temps constitué une vraie scène de théâtre, notamment lors des mises à l'eau de navires dévalant les cales de lancement des chantiers de la Prairie­au-Duc. Ces jours-là, les ouvriers des chantiers convient la famille, les amis, les voisins à contempler l'oeuvre de plusieurs mois, la glissade vers l'eau de la coque enguirlandée aux couleurs du grand pavois, pavillons bariolés aux airs de fête foraine claquant au vent. Une haie continue se presse alors au bord du quai, tandis que les balcons des immeubles riverains sont aussi courus que les meilleures loges d'un théâtre.

Devant la foule des curieux, un essaim de petites barques, bercé par le fil de la Loire, attend le moment d'aller repêcher à l'épuisette les morceaux de suif qui flotteront sur l'eau, après avoir été expulsés de la rampe de lancement au passage de la coque du navire. Ces mains avides des "pêcheurs de suif", leurs efforts et leurs embarcations font aussi partie de la représentation. Il arrive également parfois que le spectacle soit pimenté par quelque coup de théâtre. Comme ce jour de 1925 où l'un des quatre cargos commandés par la compagnie des Chargeurs réunis aux Ateliers et chantiers de la Loire a refusé obstinément de dé­valer la pente ; il est resté suspendu, le temps d'une marée, au beau milieu de sa cale de lancement. Véritable "suspense" !

 

Débardeurs, gabariers et portefaix

Trois corporations se partagent le transport des marchandises sur l'eau et sur les quais : les débardeurs, les gabariers et les portefaix.

Qu'on les appelle arrimeurs, débardeurs ou boucaniers, les dockers sont de rudes gaillards, muscles saillants et mine dessalée. Ils ont la tête coiffée d'un "capuron" taillé dans un sac de toile pour se protéger de la charge, et portent souvent leurs outils de travail à la main : des crocs dont la forme varie selon la cargaison à se coltiner, madriers, balles de pâte à papier, sacs... En 1916, la corporation compte provisoirement un membre exceptionnel :
Jacques Vaché, inspirateur à son insu du surréalisme. André Breton raconte qu'à sa sortie de l'hôpital militaire où il vient de le rencontrer, Vaché, le dandy nantais, "s'était fait embaucher comme débardeur pour décharger du charbon de Loire". Et il ajoute qu'il "passait l'après-midi dans les bouges du port".

Quant aux gabariers, ils œuvrent sur le fleuve, évoluant parmi les pinardiers et les charbonniers, au milieu des coups de sifflets et des grincements des grues. Les portefaix enfin ont le monopole du transport de la marchandise du quai à l'entrepôt. Tous ces brasseurs de fardeaux à dos d'homme appartiennent à des ligues informelles, auxquelles ils versent un droit d'entrée pour protéger leurs privilèges.

Ces groupes manifestent parfois leur mauvaise humeur, comme en 1735, quand la présence des portefaix, mariniers et gabariers avait été interdite dans les locaux de la bourse des marchands, afin que leur conversation bruyante et vulgaire ne trouble pas les conciliabules d'affaires et autres propos feutrés de leurs patrons, qui se réunissaient  aussi en ce lieu pour y lire les gazettes et échanger les nouvelles du jour, du monde et du temps.

Contre cet apartheid social, et après que l'un des leurs ait été expulsé, les hommes des quais se mutineront. Le 17 août 1735, tous les mariniers et gabariers font irruption à l'intérieur de la Bourse et lacèrent les affiches leur en interdisant l'entrée. On fait donner la milice pour ramener l'ordre, mais seuls deux gabariers sont arrêtés et jetés au cachot.


Buvons le vin et la vie à grands pots...

Une quarantaine de cabaretiers, aubergistes, gargotiers et autres débitants de vins et liqueurs gèrent la ligne quasi ininterrompue des cafés de la Fosse, sœur maritime en cela de la rue ouvrière des chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire. En un ou deux zigzags, on passe d'un comptoir à l'autre : c'est à peine si la scène change entre le café de l'Océan et celui du Roulis, entre le café des Caboteurs et celui des Paquebots. Au milieu du brouhaha, des fumées, des appels à renouveler les consommations — le marin noir­moutrin ajoute, montrant son verre : "Les mouettes ont pied !" —, on dresse le palmarès des capitaines peau-de-vache, des escales arrosées, des nourritures exotiques — "As-tu rôti de l'albatros ?" —, mais ce sont encore les évocations attendries des libations à bord qui l'emportent !

La dure traversée hauturière, dont les réelles difficultés sont pudiquement tues, se résume ainsi à des débats sur "la goutte bien tassée", le "pinard" et le mythique "boujaron" (ration de rhum accordée par le capitaine aux grandes occasions), distribués à bord des trois ou quatre-mâts. On boit, on boit encore et, même si, faraud, on entonne à tue-tête la chanson Le bon vin m'endort, l'amour me réveille, au bordel, on reste souvent au rez-de-chaussée, pour continuer de boire !

Alcooliques donc les marins ? Non, et ce sont les scandales mêmes qu'ils causent qui en témoignent ! Malgré l'assertion prétentieuse "Petit navire, grande cale" de certains, ils ne "tiennent" pas l'alcool : le commandant Aubin souligne à juste titre que leur constitution n'est pas toujours solide et que surtout le voyage en mer correspond à une longue période d'abstinence forcée qui les fragilise... Aussi, est-ce sur le compte du traître muscadet qu'il faut mettre cet enchevêtrement de grands marins blonds scandinaves, écroulés au milieu des éclats du magasin de lingerie féminine qu'ils ont voulu contempler de trop près !

 

A suivre

 

 

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