BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

         MICHEL (Jules-Achille), Officier de Marine

                                 (Givet, 6.3.1821 - Saint-Gilles, Bruxelles, 13.9.1911).


À l'âge de douze ans, Michel fit ses débuts dans la vie comme dessinateur surnuméraire au bureau des Travaux Publics de la ville de Bruxelles. Le 1" décembre 1836, il est admis comme aspirant de 2e classe dans la Marine royale et embarqué à bord d'une canonnière-école de l'Escaut. Le 25 mai 1837, on le retrouve à bord de la Clotilde; ce trois-mâts barque de 380 tonneaux, appartenant à l'armateur anversois Spillaert, avait été nolisé en vue de l'instruction des futurs officiers de marine.

Le 17 juin 1837, la Clotilde appareillait d'Ostende pour les côtes d'Afrique; le voilier était commandé par le lieutenant de vaisseau Nuewens qui avait sous ses ordres 10 officiers de marine, 12 aspirants, 2 administratifs et 40 sous-officiers et matelots. La veille, pour rendre plus solennel le départ de la première tentative de navire école belge, le capitaine-lieutenant Lahure inspecta le bâtiment et fit prêter par le personnel serment de fidélité au pays.

Le voyage fut assez monotone et le commandant faisait régner une discipline de fer afin d'initier les jeunes marins à leur métier. Il fallut lutter contre le vent, les tempêtes et le scorbut et seules les festivités du passage de L'Équateur, le 6 août, rompirent le train de vie coutumier. Le retour eut lieu à Ostende le 2 octobre 1837 ; les officiers durent rallier Anvers par chemin de fer, tandis que le bateau fut conduit sous pavillon neutre jusqu'à la Métropole, car la Hollande ne reconnaissait pas encore le pavillon belge. Michel suivit alors les cours de navigation, d'astronomie et de constructions à l'école navale instituée pour les aspirants de Marine. Ardent à l'étude, avec ses amis Dufour et Jacquot, il obtint l'autorisation de s'engager, à ses frais, à bord du voilier français l'Hydrographe ; le capitaine français Lucas avait organisé ce navire en une école flottante pouvant embarquer environ 75 adolescents.

Des prospectus alléchants annonçaient que le voyage durerait 2 ans et 3 mois ; on ferait escale dans de nombreux ports de l'Atlantique, du Pacifique et de l'Océan Indien. A l'issue du périple, les élèves seraient officiers de marine, ingénieurs, commerçants et diplomates accomplis.

L'Hydrographe quitta Paimbœuf le 24 septembre 1839, ayant à bord une soixantaine d'élèves. Le voyage très mouvementé conduisit les jeunes marins à Lisbonne, Funchal, Ténériffe, Gorée, Pernambouc, Bahia, Rio de Janeiro, La Plata, Montévidéo, puis le détroit de Magellan. Après des semaines de navigation difficile et un échouement de huit jours sur un banc de sable au port de Famine, on longea la côte de Patagonie et, le 23 juin 1840, le navire se brisa sur les rochers, à la sortie du port de Valparaiso.

Au cours du naufrage, Michel et ses compagnons eurent une conduite digne d'éloges; s'étant  procuré quelques hardes, les jeunes gens rentrèrent à Anvers à bord de l'Industrie. De nouvelles déceptions les attendaient.
Michel, qui avait été nommé aspirant de première classe le 1°' avril 1840, fut réintégré dans la flottille belge le 18 janvier 1841.

On sait que d'une façon générale, les politiciens belges de l'époque n'étaient pas très favorables à la Marine royale. Cependant, en 1842, l'État put faire un arrangement avec la firme J.-B. Donnet d'Anvers dont le trois-mâts Macassar de 740 tonneaux put partir en Indonésie avec un équipage composé uniquement de militaires belges payés et nourris aux frais du pays. Le bateau était commandé par le lieutenant de vaisseau Van den Broecke et Michel faisait partie de l'Etat-Major avec le rang d'aspirant de 1ere classe.

Le voilier quitta Anvers le 18 juin 1842, croisa au large de Plymouth et se rendit à Singapour ; si le voyage se passa bien au point de vue maritime, il ne fut pas un succès commercial, car les hommes d'affaires belges n'avaient pas osé confier des marchandises intéressantes pour les pays visités. Le Macassar revint au pays après une année d'absence.

Le 31 décembre 1842, le ministre des Affaires étrangères, comte de Briey, avait signé un programme règlement établissant à partir de 1843 un service à voiles régulier entre Anvers, Singapour et Batavia. Aussi, le I1 novembre 1843, le Macassar toujours commandé par Van den Broecke repartit pour Batavia ; Michel était encore du voyage. Le début du périple fut assez mouvementé et ce n'est que vers l'Equateur qu'on trouva le beau temps. Au cap de Bonne-Espérance, la mer devint si houleuse que la vergue du grand perroquet fut brisée ; néanmoins, le détroit de la Sonde fut atteint sans difficulté. Le Macassar arriva à Singapour le 3 avril 1844. Là, des relations d'amitié s'établirent avec les officiers des navires français de la division navale de la mer de Chine. Les commandants français admiraient les efforts des marins belges pour faire connaître au loin les produits de l'industrie de leur pays.

Cependant, les résultats financiers de ces voyages étaient médiocres car, à part le verre à vitres, les autres produits intéressaient peu ces pays lointains. Le Macassar quitta Singapour le 15 avril pour arriver à Manille le 19 mai 1844; il y mouilla jusqu'au 17 juin, puis se rendit à Batavia pour y recueillir l'équipage du navire belge Charles qui avait été pillé et incendié par des pirates près de l'île de Bornéo. Le retour eut lieu à Anvers le 22 novembre 1844.
Après un interim de quelques mois sur une canonnière, Michel fut à nouveau désigné pour participer à bord du Macassar à un voyage en direction de Batavia. Le 22 mai 1845, le trois-mâts partait d'Anvers sous les ordres de I 'enseigne Swarts; malheureusement, les commerçants belges, faisant preuve de manque d'audace et d'imagination, chargèrent le navire avec une cargaison identique à celle des voyages précédents. Ce fait entraîna un séjour de près de deux mois à Manille pour tenter de satisfaire aux exigences des commerçants. Pendant ce long séjour, un typhon mit le navire en péril.

Au retour, le Macassar toucha les rochers et dut se réfugier à Sourabaya pour faire la réparation par la délicate opération d'abattage en carène.

Pendant ce séjour, les nombreux Belges de Java qui n'avaient plus quitté l'île depuis 1830 accueillirent chaleureusement l 'équipage du Macassar.

Mais alors que le bateau était déjà redressé et amarré au quai, un grain le coucha sur le flanc, au point que sa quille émergea ; le navire faillit se perdre, cependant, il se redressa, l'ouragan passé, et fut de retour à Anvers le 3 août 1846.

Le 23 novembre 1846, Michel était promu au grade de lieutenant de vaisseau. Le 21 mars 1847, un arrêté ministériel le désignait pour la Louise-Marie chargée de la surveillance de la pêche en mer du Nord et, ensuite, d'un voyage pour la côte occidentale d'Afrique. Un peu avant ce départ, Michel, en compagnie de l'aspirant Olivier, vint souhaiter bon voyage à l'équipage du Macassar en partance pour Batavia. Olivier, glissant sur le givre, tomba dans l'Escaut; malgré l'obscurité, Michel plongea dans l'eau où le courant charriait des glaçons et sauva son ami d'une mort certaine.

Le voyage à la côte occidentale d'Afrique dura du 17 décembre 1847 au 19 mai 1848; après divers voyages de surveillance de pêche aux îles Feroë et au Doggerbank, Michel passa à la réserve le 29 décembre 1848.

En 1849, un envoyé de la Confédération germanique, le docteur Drakenfeld, bien au courant du marasme de la Marine royale, vint racoler une série d'officiers belges; il fit des propositions à Michel qui les refusa, désirant rester au service de la Belgique.
Rappelé en activité le 20 avril 1849, Michel servit à bord de divers navires faisant du service à la côte d'Europe.

Par arrêté royal du 21 octobre 1855, un congé fut accordé à Michel qui servit pendant deux ans sur les navires des firmes Spilliaert et Notteboom; par son esprit d'organisation et sa connaissance profonde du métier, il rendit les plus grands services aux armateurs belges et, cela, dans des conditions souvent difficiles.

A partir du 28 septembre 1857, Michel repassa au service de l'Etat et fut nommé lieutenant de vaisseau de 1ère classe le 21 juillet 1860.

A la suite d'une entrevue avec le Duc de Brabant, Michel et l'ingénieur Félix Eloin furent chargés d'explorer I'Océanie en vue d'y créer une e Nouvelle Belgique e quelque part dans les archipels des Nouvelles Hébrides ou des îles Fidji. C'est ce même Eloin qui devint ultérieurement secrétaire de Maximilien 1er, empereur du Mexique.

Quoi qu'il en soit, le 23 février 1861, Eloin et Michel partirent aux frais du Roi pour Melbourne ; Eloin faillit périr en débarquant. C'est un certain Byrne, un aventurier, qui avait lancé l'idée de cette colonie. Il s'était associé avec un ancien diplomate belge, de la Hault, qui avait rédigé une Note sur l'établissement d'une colonie belge dans l'Océan Pacifique. Mais ils furent incapables de réunir les fonds nécessaires et on eut de la peine à reprendre à Byrne les documents relatifs à cette expédition.

Michel et Eloin tentèrent néanmoins de réussir l'entreprise ; les deux hommes quittèrent Sydney le 11 août et y revinrent le 30 novembre 1861 ayant visité les Nouvelles Hébrides, l'archipel des Salomon et la Nouvelle Calédonie. Eloin repéra des mines intéressantes et rédigea un rapport favorable ; mais la tentative échoua. Il y eut trois raisons à I 'échec: par ses faillites antérieures, Byrne ne jouissait d'aucun crédit à Melbourne; de plus, la mission arriva au moment d'une crise économique dans cette ville; enfin, par méconnaissance du monde des affaires d'Australie, les conditions offertes n'étaient pas assez alléchantes pour attirer les industriels et les commerçants.
Les deux envoyés retournèrent en Belgique, ayant quitté Melbourne le 26 décembre 1861.

Le 15 mai 1862, Michel fut attaché à la station d'Ostende. Le 31 juillet 1870, il devint directeur intérimaire de la Marine. Il fut pro­mu capitaine de vaisseau le 1°' septembre 1870 et directeur de la Marine le 25 juillet 1871. Le 14 février 1877, il devint capitaine de vaisseau honoraire. Le 10 octobre 1878, il est nommé membre de la commission d'étude du canal Bruges-Zeebrugge. Inspecteur général le 31 mai 1879, il fut admis à la pension le 30 octobre 1887 et mourut à Saint-Gilles le 13 septembre 1911.

Michel fut un officier de marine exemplaire qui servit au loin le renom du pays et parti­cipa aux efforts d'expansion de la Belgique outre-mer.

Il était porteur des distinctions honorifiques suivantes: Commandeur de l'Ordre de Léopold; Commandeur de l'Ordre du Christ du Portugal; Chevalier de la Légion d'Honneur; Chevalier de l'Ordre du Lion néerlandais; Croix commémorative de la Marine; Médaille commémorative du règne de Léopold II.

 


30 avril 1971. A. Lederer.
Bibliographie: Duchesne A.: L'expédition des volon­taires belges au Mexique 1869/1867. — Leconte L.: Les ancêtres de notre Force navale (Bruxelles, 1952). — Vandewoude E.: L'échec de la tentative de colonisation belge aux Nouvelles Hébrides (L'expansion belge 1831­1865, Mémorial de l'ARSOM, Bruxelles, 1965, p. 361­4a3)

 

 

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