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Navires, bateaux et voyages vers l’Au-delà (I)


L’empereur Charlemagne était déjà un vieil homme quand, en 810, il « reçut la nouvelle qu’une flotte de deux cents navires en provenance du Danemark avait accosté en Frise » sur la côte nord de son empire. Les Vikings ravagèrent la région, affrontèrent les Frisons au cours de trois batailles pour finalement obliger les habitants à verser une grosse rançon pour prix de leurs vies. Furieux, l’empereur donna ordre à son armée de se rassembler pour marcher vers le nord afin d’en finir. Charlemagne, lui-même en compagnie de son animal préféré, l’éléphant Abul-Abbas, un cadeau du calife de Bagdad Haroun al-Rashid, se joignit à l’expédition pour venir à bout des pillards norrois. Mauvais présage, l’éléphant mourut subitement après la traversée du Rhin. Endeuillé, l’empereur poursuivit sa route vers le nord, pour y apprendre que « la flotte qui avait ravagé la Frise était repartie chez elle ». La redoutable armée franque avait marché en vain ; il n’y eut jamais de bataille avec les Scandinaves.

Cet incident montre comment les Vikings profitaient de la rapidité de leurs navires pour surgir en masse et sans prévenir, avant de disparaître aussi vite sans prendre le risque d’affronter la puissante armée régulière, bien équipée mais lente, de l’Empire franc. Les chroniqueurs de l’époque soulignent souvent l’effet de surprise des attaques scandinaves, parlant des Vikings « se précipitant », « se jetant sur », ou « faisant irruption » avec leurs bateaux. Des expériences faites avec des navires vikings reconstruits confirment l’impression qu’ils donnent en matière de navigabilité et de rapidité. Le Hedge Ask, une copie moderne du navire d’époque viking, Skuldelev 5, a par exemple navigué à la voile à la vitesse de quinze nœuds et a pu atteindre six nœuds à la rame. D’autres navires vikings reconstruits ont réussi à surmonter des ouragans dans l’Atlantique Nord. Les charpentiers de marine de la Scandinavie du temps des Vikings ont conçu de grands navires qui nous impressionnent encore.

Les contemporains mentionnent souvent le fait que les Vikings arrivent sur des navires : en 851, « trois cent cinquante bateaux entrèrent dans l’estuaire de la Tamise », note l’auteur de la Chronique anglo-saxonne ; en 859, l’archevêque Hincmar de Reims précise que « les pirates danois, par un long détour maritime, cinglèrent entre Espagne et Afrique, puis remontèrent le Rhône » et « ravagèrent plusieurs cités et monastères ». Les Vikings étaient avant tout des marins. Le poète anglo-saxon qui écrivit la Bataille de Maldon souligne ce point vers l’an 1000, quand il met dans la bouche d’un porte-parole des Vikings des mots qualifiant sa bande de guerriers de « hardis gens de la mer » qui pourraient « prendre la mer et vous laisser en paix » si seulement les Anglais acceptaient de verser un tribut substantiel.

Si les Scandinaves du haut Moyen Âge n’avaient pas été d’excellents constructeurs de bateaux, il n’y aurait eu ni Vikings ni temps des Vikings. Mais ils savaient construire des navires rapides et maniables, pouvant transporter un grand nombre de guerriers et naviguer sur l’océan comme remonter les fleuves. En conséquence, les zones de l’Europe qui pouvaient être atteintes par mer ou par un fleuve navigable ont dû endurer leur furie. Les Scandinaves eux-mêmes étaient très conscients des qualités de leurs navires qu’ils célébraient dans leur mythologie, leur poésie, leurs inscriptions runiques et leurs coutumes funéraires. Une croyance largement répandue voulait, par exemple, que l’Au-delà soit plus facile à atteindre en navire, si bien que nombre de Scandinaves – des guerriers vikings mais aussi de pacifiques paysans – étaient inhumés dans une sorte de bateau ou au moins accompagnés par un navire symbolique.

Depuis des siècles, bien avant le début du temps des Vikings, les Scandinaves bâtissaient des navires rapides et élégants. Ceux-ci étaient propulsés à la rame, et non pas par des voiles, mais il s’agissait déjà de formidables navires de guerre. Un exemple bien conservé, construit vers 320 apr. J.-C., a été trouvé à Nydam (dans l’actuel Schleswig-Holstein) au XIXe siècle ; c’est un grand bateau de 23,5 mètres de long et 3,5 de large, capable d’atteindre une grande vitesse quand il est équipé de ses vingt-huit rameurs/guerriers. La menace que représentaient de tels vaisseaux explique pourquoi les foyers de colonisation sur l’île de Gotland, dans la mer Baltique, s’étaient éloignés des côtes bien avant le temps des Vikings. Alors que, dans un premier temps, la distance qui la séparait de la terre la plus proche – une centaine de kilomètres – avait pu protéger l’île d’attaques surprises, le développement des navires de guerre comme celui de Nydam contraignit les habitants à prendre des mesures défensives, dont la principale consista à s’éloigner du rivage5. Même si de grands navires à rames pouvaient facilement atteindre Gotland et d’autres îles proches du continent, ils n’auraient pas été très adaptés pour effectuer des raids en Europe de l’Ouest ou pour gagner l’Islande, les îles Féroé ou les îles Britanniques. Ils n’étaient tout simplement pas conçus pour traverser l’océan. Les longs voyages ne furent possibles que lorsque les constructeurs scandinaves conçurent des navires dotés d’un mât – des bateaux à voile. La raison pour laquelle il a fallu attendre si longtemps avant que les hommes du Nord n’utilisent la voile reste un des grands mystères de la construction navale scandinave. Les Romains étaient venus jusqu’en mer du Nord à bord de navires à voile et des peuples non romains, en Germanie et dans les îles Britanniques, avaient déjà adopté la technique de la voile, ce que les Scandinaves n’ont pas fait avant la fin du VIIIe siècle au moins. C’est seulement vers l’an 800 que les images gravées sur les pierres de Gotland commencent à représenter des navires à voile plutôt qu’à rames. Le plus ancien des navires scandinaves trouvés par les archéologues est celui d’Oseberg, construit en Norvège vers 815-820. Son mât en pin avait été fixé de manière rudimentaire au navire, ce qui suggère que ses constructeurs ne maîtrisaient pas encore parfaitement cette nouvelle technique. Le navire d’Oseberg est également bas – 1,6 mètre de la quille au pont supérieur au milieu des flancs. Il avait un faible tirant d’eau (profondeur sous l’eau) de seulement 80 centimètres, utile pour manœuvrer dans des eaux peu profondes, mais son franc-bord (la distance entre l’eau et le rebord supérieur sur le flanc du navire) était également faible, ce qui signifie que le navire n’était pas très sûr par gros temps. Des voyages expérimentaux avec des copies du navire d’Oseberg ont montré que, s’il était très rapide, il n’était pas facile à contrôler quand le vent soufflait en rafales ou quand sa vitesse dépassait les dix nœuds.

            

          

Vers 900, les constructeurs scandinaves commencèrent à développer deux types de navires : d’une part, des navires de guerre longs et élégants ; de l’autre, des navires de charge, courts et larges en comparaison. Les navires scandinaves pouvaient avoir une capacité de charge impressionnante, comme le navire de 25 mètres datant de 1025 environ trouvé dans le port de Hedeby, qui a certainement transporté une charge de 60 tonnes. Le Skuldelev 1, trouvé près de Roskilde au Danemark, un robuste navire, long d’un peu plus de 16 mètres, adapté à l’océan et qui pouvait emporter une cargaison de 24 tonnes, est typique de ces navires de charge. Plusieurs reconstructions grandeur nature ont montré qu’il pouvait être dirigé facilement par un équipage de cinq à sept marins. Des avirons aidaient aux manœuvres dans les ports ou dans d’autres eaux resserrées, mais on ne s’en servait pas comme moyen de propulsion ; c’était avant tout un bateau à voile.

Les constructeurs scandinaves ont également conçu des navires de guerre longs et élégants. Ces « longs navires » étaient équipés de voiles, mais on pouvait aussi faire appel, si on le voulait, à plusieurs dizaines de rameurs. Un navire construit en 985, trouvé dans le port de Hedeby, mesure presque 31 mètres de long sur 2,6 de large. Il pouvait être propulsé par soixante rameurs utilisant trente paires de rames. Des fragments d’un bateau encore plus long, construit après 1025, ont été récemment trouvés ; cette découverte a été faite lorsque le terrain proche du port de Roskilde a été fouillé dans le cadre du projet d’extension du musée des Bateaux vikings, ce qui ne manque pas d’ironie. Sa quille était composée de trois morceaux de bois assemblés mesurant au total 32 mètres, ce qui implique que le navire devait mesurer environ 36 mètres de long. Les sagas du Moyen Âge central évoquent souvent les dimensions, que l’on a parfois jugées exagérées, des plus grands de ces longs navires. Ainsi dans la Heimskringla, un récit historique datant du XIIIe siècle, il est dit que le grand navire d’Olaf Tryggvason, Long Serpent (juste avant l’an 1000), pouvait embarquer soixante-huit rameurs. Les récentes découvertes de longs navires à Roskilde et Hedeby tendent à confirmer ces chiffres.

Les grands chefs du temps des Vikings rivalisaient, à celui qui posséderait le navire de guerre le plus long et le plus magnifiquement décoré, mais des bateaux plus petits pouvaient parfaitement convenir aux raids. Le navire connu sous le nom de Skuldelev 5 mesurait un peu moins de 18 mètres de long et pouvait accueillir 13 paires de rameurs – une taille certainement plus habituelle pour un navire viking.

Le secret de l’excellence des navires du temps des Vikings réside dans leur mode de construction. Depuis des siècles, on utilisait la technique à clins vifs (technique du « bordé premier ») ; la coque faite de planches se recouvrant partiellement, tenues ensemble par des petits rivets, constituait la pièce maîtresse de ce type de navires. L’impression qui s’en dégage est donc celle de petites « marches » entre les planches. Cette technique permet de fabriquer une coque solide et souple, qui était renforcée par l’ajout de barrots et de couples pour maintenir fermement la forme du navire. Un poète écrivant en vieil anglais, racontant la bataille de Brunanburh (937) entre les Anglo-Saxons et les Vikings, semble faire directement allusion au mode de construction typique des navires scandinaves quand il qualifie les navires des envahisseurs comme des nægledcnearr, des « knörr cloués » ou, peut-être, des « knörr à clins ». Le mot norrois knörr désignait un type de navire, sans doute un grand et solide bateau.

Au temps des Vikings, les planches n’étaient pas sciées mais obtenues en fendant des bûches à l’aide de coins et de cognées. Ces planches épousaient donc la fibre du bois, ce qui les rendait plus souples et plus faciles à courber que des planches sciées. Le bois de chêne, solide et souple, était idéal pour construire des bateaux, là où il était disponible, dans le sud de la Scandinavie. Les longs navires de Hedeby et Roskilde, tout comme les prestigieux navires trouvés dans les tombes d’Oseberg et de Gokstad, sont entièrement en chêne, à l’exception des mâts. Dans la poésie scaldique, le mot norrois pour « chêne » est souvent utilisé de manière symbolique pour signifier « navire », comme dans le poème de Sigvat Thordarson célébrant la victoire du roi Olaf Haraldsson sur le chef local Erling Skjalgsson. La guerre mortelle entre ces deux personnages avait commencé quand ce dernier avait « fait lancer le chêne [= navire]8 ». On utilisait aussi du pin, en particulier dans le nord de la Scandinavie, où le chêne ne poussait pas. Les vestiges de navires du temps des Vikings contiennent aussi d’autres essences, par exemple de l’érable et du bouleau.

 

        

Avec ce type de navires, les Vikings étaient en bonne position pour attaquer et piller l’Europe. Grâce aux voiles et aux nombreuses paires de rameurs possibles, ils pouvaient aborder un littoral ou les rives d’un grand fleuve sans coup férir et sans avoir été repérés. Le tirant d’eau relativement faible de leurs navires leur permettait de remonter les fleuves puis de les tirer sur la terre ferme. Après le raid, ou s’ils rencontraient une résistance imprévue, les Vikings pouvaient rapidement ramer jusqu’à un endroit sûr, à l’abri des flèches et des épées. Avec leurs plus grands navires, ils n’avaient pas besoin de longer la côte ; ils étaient capables de traverser de grands espaces maritimes comme la mer Baltique, la mer du Nord ou le golfe de Gascogne.

Les voiles carrées n’étaient pas sans présenter de grands risques. Elles sont très efficaces tant que le vent souffle dans la bonne direction. Mais, quand les vents contraires dominent, les bateaux deviennent difficiles à manœuvrer, ce qui est évident si on les compare aux bateaux à voile modernes équipés de gréements bermudiens triangulaires. De plus, les avirons n’étaient pas très utiles en cas de vent contraire, même faible. Néanmoins, les expériences menées avec des bateaux reconstruits par le musée de Roskilde montrent que, lorsqu’il faut zigzaguer contre le vent, les voiles carrées ne sont pas aussi mauvaises qu’on l’avait longtemps pensé. Une version reconstruite du Skuldelev 1 a ainsi été capable de tirer des bords contre le vent dans une mer très difficile et de couvrir trente miles nautiques en 24 heures. Cela donne une vitesse moyenne de seulement 1,3 nœud, mais cela prouve au moins que le navire ne reculait pas en cas de vents contraires.

Voiles gonflées, les Vikings aimaient filer à toute vitesse à bord de leurs impressionnants vaisseaux de guerre au milieu du grincement des planches. Tout chef qui voulait être considéré comme un dirigeant de première importance devait posséder un grand navire prestigieux. Les poètes de cour ont fait l’éloge des navires de leur seigneur. Le scalde Thjodolf Arnorsson a chanté les louanges du long navire du roi Magnus Olafsson de Norvège. Soixante rameurs pouvaient y embarquer et son nom était le Bison. Il était de même taille que le navire trouvé à Hedeby. Son nom est typique des noms de bateaux du temps des Vikings qui font souvent référence à des animaux, et le bison, un animal fort et vigoureux qui a l’habitude de se jeter en avant sans réfléchir, devait être très séduisant. Thjodolf vantait ainsi le Bison et le roi :
Puissant souverain, tu lanças un navire, et [fis] que ce navire à trente bancs glisse à toute allure sur la mer en ce temps-là ; la voile d’entraînement frémissait. Les vents déchaînés n’épargnèrent le mât qui tanguait au-dessus de toi, seigneur ; des guerriers splendides descendirent la toile ornée du haut du mât (= la voile) à Sigtuna.
[ ... ]
Tu utilisas avec courage de longs navires, puissant seigneur de la bataille, tandis que des hommes pilotaient soixante-dix vaisseaux vers l’est. Les virures [= planches de la coque] rugissaient vers le sud ; les voiles hissées haut conversaient avec l’étai ; le chêne au grand mât [= bateau] coupait le bruit ; le Bison plongeait son bastingage courbe.


Le roi Magnus était bien sûr fier de son magnifique long navire doté d’un mât qui tanguait, d’une voile ornée, de trente bancs de rameurs occupés par de splendides guerriers. Un long navire vraiment royal comme Bison représentait un investissement considérable, mais il était largement compensé par la puissance et la force militaire qu’il donnait à son propriétaire.

Depuis de nombreuses années, le musée des Bateaux vikings de Roskilde mène des expériences de reconstruction archéologique des navires de sa collection. Ainsi, en 2000-2004, on décida de reconstruire le plus grand d’entre eux, le Skuldelev 2 : celui-ci avait été fabriqué en 1042 près de Dublin en Irlande, mais à la manière scandinave. Un chef norrois installé en Irlande en avait probablement passé commande. Après neuf siècles passés au fond du fjord de Roskilde, on ne possède que 25 % de l’original du navire sous la forme de 1 800 fragments, mais il y a suffisamment de pièces essentielles pour que les chercheurs puissent connaître ses dimensions et son mode de construction. C’était un géant de 30 mètres de long, capable d’embarquer une soixantaine de rameurs.

Pour reconstruire un tel navire, il a fallu 27 000 heures de travail et 150 mètres cubes de bois de chêne. Si on fait l’hypothèse qu’un maître et dix ouvriers ont travaillé sur le Skuldelev 2 original, il leur a fallu sept mois pour venir à bout du chantier, avec l’aide de nombreux ouvriers peu qualifiés pour couper et transporter le bois. Ce calcul inclut seulement le travail du bois. 13 000 heures de travail supplémentaires ont été nécessaires pour forger les clous et les autres pièces en fer, carboniser le bois pour obtenir du goudron (il a fallu 18 mètres cubes de bois de pin dans ce seul but), tresser les cordages, tisser et coudre la voile (en lin ou en laine). En somme, un grand nombre d’hommes et de femmes ont dû travailler quelque 40 000 heures pour construire ce navire et l’équiper. Il est sûr que certaines tâches étaient assurées par les femmes : si l’on prend au sérieux les stéréotypes de la littérature médiévale, elles devaient tisser la voile. Le scalde Ottar le Noir parle, par exemple, de « la voile filée par les femmes » quand il fait l’éloge du navire de son roi au début du XIe siècle. Celui qui a fait construire le long navire Skuldelev 2 disposait donc de très importantes ressources en termes à la fois de force de travail et de matières premières.

Les chercheurs estiment que la voile du Skudelev 2 mesurait environ 120 mètres carrés, alors que celle du Skudelev 1, un navire de charge construit vers 1030, capable de voguer sur l’océan, devait faire approximativement 90 mètres carrés. Au temps des Vikings, elles étaient en lin ou en laine. En 1999, le musée de Roskilde a fabriqué une grande voile en laine dans le cadre de la reconstruction du navire Skudelev 1 (appelée Ottar). Il a fallu filer très soigneusement la laine de deux cents moutons de race norvégienne traditionnelle, puis la tisser de manière serrée pour que le tissu résiste face au vent. La voile a ensuite été teinte en ocre et enduite de graisse de crin de cheval et de suif de bœuf pour la rendre encore plus solide et résistante au vent. Pour le gréement, à titre expérimental, le musée a tressé une corde à l’aide de crin de cheval, de chanvre et d’écorce de tilleul. Au temps des Vikings, des charpentiers gréaient aussi les navires avec de la peau de morse tressée, ce qui donnait des cordes solides et très résistantes. Quand, à la fin du IXe siècle, le chef de guerre norvégien et marchand Ottar rendit visite au roi Alfred de Wessex, ils parlèrent du morse, qui selon Ottar était une sorte de baleine « beaucoup plus petite que les autres baleines : elle n’a pas plus de sept aunes de long ». Ottar chassait les morses pour l’ivoire fin de leurs défenses et de plus, dit-il, « leur peau était très bonne pour les cordages de navires ».

 

A SUIVRE

 

 

 

 

 

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