BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

DOSSIER

 

Le chasseur de mines Narcis nettoie la Baltique

 

Le Soir – Samedi 19 mai 2018

  • Depuis dix jours, les démineurs belges participent à l'opération Open Spirit de l'Otan.
  • Leurs résultats sont supérieurs à ceux des autres pays participants.
  • Ils se préparent à recevoir leurs nouveaux navires.

REPORTAGE - MER BALTIQUE - DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

À fond de cale du Mercuur, un navire de la flotte néerlandaise, une réunion de la plus haute importance se tient. C'est le briefing de commandement de l'opération Open Spirit que l'Otan mène actuellement en mer Baltique. Elle comprend une vingtaine de vaisseaux répartis en quatre groupes. Dans le groupe 1, les Belges, les Néerlandais, les Norvégiens, les Danois et les Estoniens. Leur mis­sion : déminer l'entrée du port de Tallinn. Au cours du briefing, chaque jour, les chefs de chaque département dressent l'état des lieux des forces dont ils disposent. Ce jeudi, la météo est bonne mais des vagues sont annon­cées. Elles pourraient rendre la chasse aux mines un peu plus compliquée. Quant aux effectifs, on déplore deux blessés. L'un a été rapatrié en avion, l'autre est en observation. Rien de bien grave.

Comme les autres bateaux, le Narcis, portant le matricule M923, est actif sur place depuis une dizaine de jours. Fleuron de la marine belge et de la chasse aux mines, il est en fonction depuis 1990 et sera remplacé en 2023 par un chasseur de mines plus mo­derne. Pour l'heure, il remplit parfaitement sa mission, comme l'explique son commandant Dieter Moors. « Depuis que nous sommes arrivés sur place, l'ensemble des chasseurs de mines a re­péré 22 mines ou roquettes, explique-t-il. À nous seuls, nous en comptons 8. Nous en avons déjà fait exploser 3. Cela démontre notre expertise. »

« Néanmoins, ajoute le commandant Pascale Van Leeuwen, il est temps de remplacer les bateaux de cette génération. Les sonars tombent plus souvent en panne, comme les systèmes de re­froidissement. Nous devons aussi surveiller l'utilisation des moteurs qui né­cessitent de plus en plus d'entretien. Et puis, ils sont plus lents que les frégates, ça n'est pas pratique. Et des mines de plus en plus modernes apparaissent. On ne les trouve pas toujours. »

Ce jeudi, le Narcis a pourtant trouvé une mine russe de la Seconde Guerre mondiale. «Elle est assez petite et ne fait que 25 kilos, commente le commandant Moors. C'est un petit robot appelé Remus qui l'a détectée. Les images ont été analysées à bord et nous avons ensuite envoyé un deuxième robot qui a opéré un contact visuel afin de déterminer quel type d'explosif utili­ser pour la faire sauter. »


« Un métier particulier »
Place ensuite aux plongeurs-démineurs. Sur le pont arrière du Narcis, ils préparent une charge de trois kilos de TNT. Ils embarquent ensuite en Zodiac et s'approchent au plus près de l'endroit stratégique. À deux, ils plongent à une quarantaine de mètres de profondeur et fixent la charge sur la mine. Quelques minutes plus tard, ils remontent à la surface et d'un signe de la main signalent que tout va bien.

« Par mesure de sécurité, le Narcis recule de 400 m et pointe son nez en direction de l'explosion pour en subir le moins possible les remous, commente Dieter Moors. Le Zodiac, lui, n'est qu'à une centaine de mètres de la bombe. C'est évidemment plus dangereux pour les plongeurs. » La mine explose. Pas vraiment de vagues, mais la mission est accomplie. Pourtant à distance, le Narcis vibre. Tout le monde peut remonter à bord et la mission peut se poursuivre. Ce vendredi matin, d'ailleurs, c'est une très imposante roquette russe de la Seconde Guerre mondiale pesant 750 kilos qui a connu le même sort.

« Je rêvais d'un métier particulier qui me ferait vivre des choses, commente Didier De Munter, chef des plongeurs. Je suis entré à l'armée en 1993 et j'ai choisi la Marine pour pouvoir voyager et mener une vie différente. Ensuite, on m'a formé aux explosifs et aux mines. J'aime le sport et être dehors. Je suis servi car ce métier, on l'exerce 365 jours par an, peu importent les conditions météo. La peur, on ne la connaît pas. Quand on est sous l'eau, on pense à notre objectif qui est de faire sauter la mine. Ce sont les autres qui ont peur pour nous. Quand on réussit, la mission est accomplie. »

Les chasseurs de mines dont la Bel­gique va se doter à partir de 2023 seront équipés de nouvelles technologies dont le but est de réduire au minium l'intervention humaine par mesure de sécurité. Ça ne fait pas peur au plongeur. « La technologie n'est pas infaillible, estime Didier De Munter. On aura toujours besoin des plongeurs : les mines peuvent se trouver dans des lieux difficilement accessibles ou dans les filets de pêcheurs. »


« Durant trois mois, on partage tout »

Le Narcis poursuit sa route. En che­min, il croise son homologue norvégien, puis le Mercuur. Des signes ami­caux sont échangés. La Marine est une grande famille, comme en témoigne la vie à bord. «Durant trois mois, on partage tout, confirme Christopher, un Carolo qui oeuvre sur le pont du Narcis. On dort à plusieurs dans un espace restreint, mais c'est un choix de vie. Même si la famille manque parfois. Quand on rentre, c'est le dépaysement car les proches nous parlent de choses que l'on n'a pas vécues. Il faut un temps d'adaptation. Ma copine a réus­si à s'y faire, heureusement. »

Enseigne de vaisseau et chef des opérations à bord du Narcis, Lore Vanpoucke est l'une des rares femmes à avoir fait ce choix de vie. Elle est loin de le regretter. « C'est sûr que le milieu est masculin puisque nous ne sommes que trois filles à bord sur 40, dit-elle. Mais ça se passe très bien. J'aime cette vie car chaque jour est différent et nous menons des missions importantes pour le monde. Et puis, grâce à internet, nous ne sommes plus coupés de nos proches. On se contacte quand on veut.

Mon partenaire le vit très bien. En tout cas, une chose est sûre, je ne changerai pas de vie quand j'aurai des enfants. » La route se poursuit. Le petit robot orange Sea Fox mis à l'eau a repéré une autre mine. C'est le branle-bas de combat.

 

 

FRÉDÉRIC DELEPIERRE

 


ALERTE


« Attention, un avion espion russe »
Alors qu'il navigue en pleine Bal­tique ce jeudi après-midi, le Mercuur connaît un petit pic de tension. Depuis la cabine de commandement, un message d'alerte est lancé : «Attention! Coupez tous vos téléphones. On nous signale un avion espion russe au-dessus de la zone. » Très vite le message passe. Les regards se portent vers le ciel mais finalement aucun avion n'apparaîtra jamais. De telles alertes sont apparemment assez fréquentes dans la zone où les tensions entre pays baltes et Russie ont augmenté ces dernières années. Sans dommage cette fois-ci.

 

 

le commandant «Avec leurs nouveaux navires, nos démineurs seront les leaders»


ENTRETIEN


Depuis ce mois de janvier et pour une durée d'un an, le Belge Peter Ramboer est le commandant de la flottille que l'Otan a déployée dans toutes les mers du nord de l'Europe. Depuis le Mercuur hollandais, il est à la tête de cinq navires, essentiellement des chasseurs de mines, comptant pas moins de 220 hommes et femmes. Des Danois, des Norvégiens, des Hollandais, des Estoniens et bien sûr des Belges qui opèrent sur le Narcis. Pour une dizaine de jours, c'est dans la Baltique, au large de Tallinn que la traque aux mines se mène. Une mission loin d'être terminée.
Pourquoi chasse-t-on encore des mines dans les mers d'Europe à l'heure actuelle ?
Notre travail consiste en deux étapes. Nous avons des exercices qui nous permettent d'être prêts à partir partout dans le monde. En 2011, nous avons dû intervenir en Libye et maintenant, il se pourrait que ce soit au Yémen. Nous sommes toujours prêts. C'est un métier tellement difficile qu'il est bien de pouvoir prendre part à des grands exercices de l'Otan comme celui que nous faisons maintenant. Il reste toujours énormément d'explosifs des deux grands conflits mondiaux dans les mers. Ces derniers mois, nous avons trouvé 23 mines en Norvège. Sur les côtes du Nord de la France, nous avons découvert deux mines russes et sept bombes américaines. Un recensement montre que 80.000 mines stagnent au fond du golfe de Finlande.


Représentent-elles encore un danger ?

Les mines sont vieilles et sont souvent installées très profondément. Elles ne vont pas exploser si un navire passe. Les batteries ne fonctionnent plus et les censeurs sont défectueux. Mais des personnes mal intentionnées peuvent tenter de les extraire pour utiliser l'explosif qu'elles contiennent. Des accidents peuvent aussi survenir. Des pêcheurs ont déjà remonté des mines dans leurs filets. Au contact de l'air, elles ont explosé.


Tout nettoyer n'est pas possible ?

Nous devons mettre des priori­tés où les bateaux passent, où les gens se baignent et où on compte installer des parcs éoliens ou faire passer des câbles sous-marins.


Comment expliquer que le déminage soit une spécialité belge ?

Après la Seconde Guerre mondiale, on a dû se spécialiser pour relancer notre pêche et notre commerce maritime. De­puis, on a continué. Il faut préserver nos acquis car le secteur est en perpétuelle évolution. Utiliser des mines est facile et permet de contrôler très vite une zone maritime. Les débusquer prend du temps, surtout les modernes. Le centre d'excellence de l'Otan se trouve d'ailleurs à Ostende. Ça prouve notre expertise.

Les conditions météo peuvent aussi compliquer les choses?
En mer du Nord, l'eau est très salée, nous n'avons donc pas à faire à des couches différentes comme en Baltique. Ces couches perturbent les ondes de nos sonars.

Les Belges sont parmi les seuls au monde à opérer de jour comme de nuit. Pourquoi ?

Nous sommes parfois plus productifs la nuit car la tempéra­ture est plus basse et nous ne sommes donc pas confrontés à des couches différentes.

La chasse aux mines est en pleine évolution. La Marine va d'ailleurs acquérir de nouveaux navires.

Historiquement, le navire s'approchait au maximum des mines et les hommes allaient à l'eau dans le champ de mines. Maintenant, nous disposons de robots et de na­vires téléguidés qui nous permettent de rester à distance et de réduire les risques. Nos prochains chasseurs seront constitués d'un bateau mère qui sera équipé de robots, de drones, de sonars, etc. Ce seront des boîtes à outils. En fonction du terrain, on enverra un drone en surface ou un robot sous l'eau. De nombreuses marines vont renouveler leur flotte mais nous serons les leaders avec les Hollandais. •


Propos recueillis par F.DE.

 

 

 

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